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	<title>obligation au rapport &#8211; Gdroit</title>
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		<title>Opérations de partage: le rapport des dettes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Aurélien Bamdé]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Mar 2025 19:23:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[==&#62;Définition Le rapport des dettes s’analyse en un mécanisme d’attribution propre aux opérations de partage, offrant un mode simplifié de règlement des dettes d’un indivisaire envers l’indivision. Son fonctionnement repose sur un principe simple : lorsqu’un copartageant est débiteur d’une créance à l’égard de la masse partageable, cette créance lui est allouée au moment du partage. [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Définition</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes s’analyse en un mécanisme d’attribution propre aux opérations de partage, offrant un mode simplifié de règlement des dettes d’un indivisaire envers l’indivision. Son fonctionnement repose sur un principe simple : lorsqu’un copartageant est débiteur d’une créance à l’égard de la masse partageable, cette créance lui est allouée au moment du partage. L’extinction de la dette s’opère alors par confusion, sans qu’aucun paiement effectif ne soit requis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Derrière cette mécanique se dessine une quête d’efficacité et d’équilibre. Le rapport des dettes permet d’assurer l’équilibre du partage en intégrant les créances des copartageants dans la répartition des lots. Ce faisant, il évite que la dette demeure impayée en raison d’une insolvabilité ultérieure du débiteur et protège ainsi les intérêts des autres indivisaires. Son champ d’application excède de loin les seules indivisions successorales : il s’étend à toute opération de partage, qu’elle soit d’origine successorale, post-communautaire ou conventionnelle, affirmant ainsi sa vocation à garantir l’harmonie des répartitions patrimoniales.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Terminologie</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le Code civil ne fait plus expressément mention du « </span><i><span style="font-weight: 400;">rapport des dettes</span></i><span style="font-weight: 400;"> », bien qu’il en organise le régime. L’article 825 du Code civil distingue désormais « </span><i><span style="font-weight: 400;">les valeurs soumises à rapport ou réduction</span></i><span style="font-weight: 400;"> » et « </span><i><span style="font-weight: 400;">les dettes des copartageants envers le défunt ou envers l’indivision</span></i><span style="font-weight: 400;"> », attestant ainsi du maintien du mécanisme sans en reprendre la qualification d’origine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Historiquement, la notion de « </span><i><span style="font-weight: 400;">rapport des dettes</span></i><span style="font-weight: 400;"> » trouve son origine dans celle du rapport des libéralités. Sous l’Ancien droit, ces deux mécanismes étaient confondus : l’héritier gratifié en avancement de part devait être comptable des biens reçus, tout comme l’héritier débiteur d’une somme prêtée par le défunt devait en répondre à l’égard de ses copartageants. Cette parenté conceptuelle explique pourquoi l’ancien article 829 du Code civil réunissait, dans un même énoncé, le rapport des libéralités et le rapport des dettes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, cette assimilation était juridiquement discutable. Alors que le rapport des libéralités vise à réintégrer des avantages consentis à un successible pour rétablir l’égalité des vocations successorales, le rapport des dettes repose sur une autre logique : il permet d’assurer l’égalité effective du partage en prévenant les risques d’impayés. Les fonds empruntés ne sont pas « rapportés » à proprement parler à la masse partageable, mais leur non-remboursement est compensé par une allocation spécifique dans la répartition des biens. Le rapport des dettes, contrairement au rapport des libéralités, n’a donc jamais vocation à reconstituer la masse partageable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Evolution</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes puise ses racines dans l’Ancien droit coutumier, qui, par une association fondée davantage sur une intuition que sur une distinction rigoureuse des concepts, l’avait rapproché du rapport des libéralités. La doctrine classique illustre cette confusion, Pothier affirmant avec emphase que « </span><i><span style="font-weight: 400;">le rapport est dû des sommes prêtées également comme des sommes données</span></i><span style="font-weight: 400;"> »</span><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette assimilation s’explique par la nature des prêts familiaux, souvent consentis sans formalisation rigoureuse, rendant délicate la distinction entre une véritable intention libérale et une créance exigible. La jurisprudence des Parlements, dès 1564, attestait déjà de l’existence de ce mécanisme destiné à intégrer les dettes des héritiers dans l’égalisation du partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dès cette époque, l’idée selon laquelle l’acquittement de la dette pouvait être différé jusqu’au partage s’imposa. Le créancier successoral n’était plus contraint de réclamer immédiatement le remboursement du prêt, mais bénéficiait d’un mécanisme d’imputation permettant d’intégrer la créance dans l’opération de partage, assurant ainsi la continuité du patrimoine et évitant les aléas du recouvrement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La codification napoléonienne hérita de cette conception et traduisit cette approche dans son article 829, aujourd’hui abrogé, qui énonçait que « </span><i><span style="font-weight: 400;">chaque cohéritier fait rapport à la masse [&#8230;] des dons qui lui sont faits, et des sommes dont il est débiteur</span></i><span style="font-weight: 400;"> ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En consacrant ainsi une même terminologie pour des obligations pourtant distinctes, le Code civil de 1804 perpétua une confusion déjà manifeste sous l’Ancien droit. Cette assimilation fut rapidement source d’incertitudes quant à la qualification juridique du rapport des dettes. Assimiler un prêt impayé à une libéralité revenait à occulter la différence essentielle entre une transmission patrimoniale consentie à titre gratuit et une dette issue d’un engagement contractuel.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La doctrine releva rapidement la faiblesse de cette approche, certains auteurs s’interrogeant sur l’opportunité d’un tel rapprochement, tandis que la jurisprudence s’attacha à rétablir une distinction plus rigoureuse. Il ne s’agissait pas d’assurer une restitution à la masse successorale, comme c’est le cas pour le rapport des libéralités, mais bien d’intégrer la dette dans la répartition des lots. L’objectif n’était donc pas tant de reconstituer la masse partageable que de garantir l’égalité concrète du partage en neutralisant les effets de la dette sur les attributions respectives des copartageants.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Il fallut attendre la réforme des successions opérée par la loi n° 2006-728 du 23 juin 2006, entrée en vigueur le 1?? janvier 2007, pour que le rapport des dettes fût enfin doté d’un régime juridique propre, dissocié du rapport des libéralités.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Désormais intégré aux articles 864 à 867 du Code civil, il relève de la section III du chapitre VIII consacré au partage, au sein des dispositions relatives au paiement des dettes. Cette réforme ne se contente pas de formaliser des pratiques antérieures ; elle consacre le rapport des dettes comme un mécanisme autonome, clairement distingué des autres formes de rapport, en particulier du rapport des libéralités.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si la réforme n’a pas expressément nommé cette institution, elle en a néanmoins consacré l’essence en le dotant d’un régime spécifique, fondé sur l’allotissement du copartageant débiteur et l’extinction de sa dette par confusion (C. civ., art. 864, al. 2). Loin d’être une modalité du rapport des libéralités, il constitue désormais un mode simplifié de règlement des dettes d’un indivisaire envers l’indivision, évitant tout versement monétaire et garantissant aux copartageants la préservation de leurs droits sans craindre l’insolvabilité de l’un d’entre eux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dès lors, la distinction entre le rapport des dettes et le rapport des libéralités est pleinement consacrée. Tandis que le rapport des libéralités vise à rétablir l’égalité des vocations successorales en réintégrant fictivement à la masse les avantages consentis par le défunt, le rapport des dettes relève d’une logique d’imputation et d’extinction par allotissement. La confusion originelle entre ces deux mécanismes a cédé la place à une approche plus rigoureuse, permettant d’appréhender le rapport des dettes comme une véritable technique de partage, indépendante de toute notion de donation ou de restitution patrimoniale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Nature juridique</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes s’analyse avant tout en une opération de partage, qualification affirmée de longue date par la jurisprudence et désormais consacrée par l’article 864, alinéa 1?? du Code civil (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007038663" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 30 juin 1998, n° 96-13.313</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Il ne s’agit ni d’un paiement au sens strict, ni d’une compensation, mais d’un mécanisme spécifique d’attribution destiné à neutraliser les créances détenues par la masse partageable sur l’un des copartageants.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Loin de se réduire à un simple règlement de créance, le rapport des dettes repose sur une logique d’imputation patrimoniale. Lorsqu’un copartageant est débiteur d’une somme envers l’indivision, la créance est intégrée dans son lot lors du partage. Ainsi, à due concurrence de ses droits dans la masse, le débiteur est alloti de la créance dont il est redevable. Ce mécanisme présente une double fonction : il évite à l’indivision d’être exposée au risque d’une insolvabilité future et assure une répartition des biens plus équitable entre les copartageants. En effet, plutôt que de contraindre le débiteur à procéder à un paiement effectif, la dette est absorbée dans l’attribution des lots, préservant ainsi l’équilibre du partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Loin d’un paiement stricto sensu, qui supposerait une extinction de la dette par l’exécution d’une obligation monétaire (art. 1342 C. civ.), le rapport des dettes se réalise en moins prenant, c’est-à-dire par imputation sur la part revenant au copartageant débiteur (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007032830" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 29 juin 1994, n° 92-15.253</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). La dette ne disparaît donc pas par règlement, mais par confusion, le copartageant étant simultanément débiteur et créancier. Ce phénomène évite tout flux financier et simplifie les opérations de liquidation. Il ne peut d’ailleurs y avoir confusion qu’à hauteur des droits du débiteur dans la masse : si le montant de la dette excède la part successorale du copartageant, celui-ci demeure tenu au paiement du solde (art. 864, al. C. civ.).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes présente une vertu cardinale : la garantie de l’égalité des copartageants. En attribuant au débiteur la créance existant contre lui, ce mécanisme préserve les autres copartageants d’un éventuel défaut de paiement. Sans lui, ces derniers pourraient se retrouver créanciers d’une dette non honorée, exposés aux aléas d’une éventuelle insolvabilité et à la concurrence des créanciers personnels du débiteur. Le rapport des dettes pallie ce risque en procédant à une affectation immédiate de la créance, la convertissant en une simple réduction des droits du débiteur dans la masse partageable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En ce sens, il constitue une alternative bien plus protectrice qu’un règlement classique, qui exigerait une action en recouvrement potentiellement infructueuse. Il permet ainsi d’assurer une égalité concrète des lots, chaque copartageant recevant une valeur équivalente, sans qu’aucun d’entre eux n’ait à supporter la charge d’une créance douteuse.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’analyse juridique du rapport des dettes montre qu’il s’agit bien d’un mode d’allotissement propre aux opérations de partage, et non d’une modalité de paiement des obligations du copartageant. Contrairement à la compensation, qui suppose l’extinction réciproque de créances entre deux parties (art. 1347 C. civ.), le rapport des dettes intervient dans le cadre de l’indivision, où les droits des copartageants ne s’analysent pas en créances, mais en quotes-parts indivises d’un patrimoine commun (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. civ., 11 janv. 1937</span></i><span style="font-weight: 400;">). Dès lors, il n’y a pas extinction de la dette par voie de compensation, mais absorption de celle-ci par l’affectation du bien au sein du partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette spécificité explique son autonomie par rapport aux autres mécanismes de règlement. Il ne s’agit ni d’un paiement au sens du droit des obligations, ni d’une compensation entre droits personnels, mais d’une technique d’équilibrage des lots, visant à assurer l’égalité des attributions en tenant compte des dettes existant au sein de la masse.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><strong>Distinctions</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes constitue une opération de partage autonome, qui se distingue à la fois du paiement et de la compensation. Il ne repose pas sur une remise de fonds, mais sur une extinction par confusion, laquelle résulte de l’allotissement du débiteur lors du partage. Il protège ainsi les copartageants en évitant qu’ils ne deviennent créanciers personnels du débiteur et en les mettant à l’abri du risque d’insolvabilité. Ce mécanisme garantit également un partage équilibré, sans nécessiter de mobilisation de liquidités ou d’exécution forcée d’une créance.</span><b></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Rapport des dettes et paiement</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’une des particularités du rapport des dettes réside dans son effet extinctif.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Contrairement au paiement, qui suppose l’exécution d’une obligation par le transfert d’une somme d’argent ou d’un bien, le rapport des dettes entraîne l’extinction de l’obligation par l’effet de la confusion.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette extinction intervient lorsque le copartageant débiteur est alloti de la créance existant contre lui. Dès lors, il cumule les qualités de créancier et de débiteur sur une même tête, ce qui provoque automatiquement l’extinction de la dette, sans qu’aucun règlement effectif ne soit nécessaire.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Il ne s’agit donc pas d’un paiement au sens des articles 1342 et suivants du Code civil, mais d’une technique de liquidation propre au partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’intérêt pratique de cette distinction est essentiel. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Le copartageant débiteur n’a pas à mobiliser de liquidités pour s’acquitter de sa dette, ce qui lui évite de fragiliser son patrimoine ou de vendre des actifs prématurément. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette neutralisation de la dette par le jeu des attributions permet également de préserver l’égalité entre copartageants. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Chacun reçoit un lot d’une valeur nette équivalente, sans qu’aucun d’eux ne se retrouve créancier personnel d’un autre, situation qui pourrait engendrer des difficultés en cas d’insolvabilité. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes évite ainsi aux copartageants de se soumettre à la loi du concours, qui leur serait défavorable face aux autres créanciers du débiteur.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, la confusion n’opère qu’à due concurrence des droits du débiteur dans l’indivision. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Lorsque la dette excède la valeur des biens qui lui sont attribués, le surplus demeure exigible et doit être réglé selon les règles classiques du paiement.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’article 864, alinéa 2 du Code civil précise en ce sens que l’extinction de l’obligation ne joue qu’à hauteur des droits du copartageant dans la masse partageable.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Un exemple permet d’illustrer l’efficacité du mécanisme :</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Imaginons une indivision dans laquelle trois héritiers, A, B et C, se partagent un patrimoine composé d’un immeuble d’une valeur de 300 000 euros et d’une créance de 90 000 euros contre A, résultant d’un prêt consenti par le défunt.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Si le partage se faisait sans rapport des dettes, la masse partageable serait de 390 000 euros, chaque héritier ayant vocation à recevoir 130 000 euros. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">A recevrait 100 000 euros en biens et resterait redevable d’une somme de 30 000 euros envers ses cohéritiers.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">B et C recevraient 100 000 euros en biens et deviendraient chacun créanciers de A à hauteur de 15 000 euros.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Or, si A est insolvable, B et C pourraient ne jamais récupérer leur créance, ce qui compromettrait l’égalité du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Avec le rapport des dettes, la créance de 90 000 euros est réintégrée dans la masse partageable, portant l’actif successoral à 390 000 euros. A est alloti de l’immeuble pour 210 000 euros ainsi que de la créance de 90 000 euros contre lui-même. B et C reçoivent chacun 90 000 euros en biens et 15 000 euros en numéraire. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">La créance est ainsi éteinte par confusion, sans qu’aucun mouvement financier ne soit nécessaire.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’égalité des copartageants est préservée, et B et C ne courent aucun risque lié à l’insolvabilité de A.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Rapport des dettes et compensation</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Il serait tentant de rapprocher le rapport des dettes d’une compensation, en considérant que la dette du copartageant pourrait s’éteindre par l’effet d’une compensation avec ses droits dans la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette analyse a cependant été rejetée par la jurisprudence (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007012801" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 14 déc. 1983, n°82-14.725</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">La compensation suppose l’existence de créances réciproques, chacune des parties devant être simultanément créancière et débitrice de l’autre.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Or, cette condition fait défaut dans le rapport des dettes.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Le droit du copartageant sur l’indivision est un droit réel, tandis que la dette qu’il doit à l’indivision est une obligation personnelle.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">La différence de nature entre ces droits interdit toute extinction par compensation.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Contrairement à la compensation, qui opère de plein droit dès que les créances deviennent exigibles, le rapport des dettes n’intervient qu’au stade du partage et par le biais de l’allotissement.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’extinction de la dette ne découle donc pas d’un simple jeu d’écritures, mais d’une réorganisation patrimoniale propre aux opérations liquidatives.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Si le rapport des dettes était assimilé à une compensation, l’extinction de l’obligation interviendrait automatiquement au jour de l’ouverture de la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Une telle analyse viendrait perturber l’équilibre du partage, en faisant disparaître la dette avant même la composition des lots.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Or, l’article 864 du Code civil prévoit expressément que l’extinction ne se produit que lors du partage, et seulement dans la limite des droits du copartageant dans la masse.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette approche garantit que la dette est bien prise en compte dans les attributions finales et qu’elle ne fausse pas la répartition entre héritiers.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, si le rapport des dettes ne peut être assimilé à une compensation, il n’exclut pas pour autant qu’une compensation puisse intervenir en amont, dans le cadre du compte d’indivision (art. 867 C. civ.).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Lorsqu’un indivisaire est à la fois débiteur et créancier de l’indivision, il peut obtenir une compensation partielle entre ses créances et dettes avant la liquidation finale.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette opération demeure cependant distincte du rapport des dettes proprement dit, qui relève d’un mécanisme de liquidation et non d’une extinction par jeu de créances réciproques.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">La réforme du 23 juin 2006, entrée en vigueur le 1er janvier 2007, a consacré cette autonomie en intégrant le rapport des dettes dans les règles propres au partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Il s’agit désormais du mode de règlement de droit commun des dettes entre copartageants, garantissant un équilibre liquidatif sans interférence avec les règles du droit des obligations.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<p><b>I) <span style="text-decoration: underline;">Conditions</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes, en tant qu’opération de partage, repose sur un ensemble de conditions précises qui en définissent le domaine d’application. Deux éléments fondamentaux doivent être réunis : l’existence d’un copartageant débiteur et la présence d’une créance inscrite à l’actif de la masse partageable. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>A) </b><span style="text-decoration: underline;"><b>Conditions relatives au débiteur</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Qualités de copartageant et débiteur</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>En premier lieu</i></b><span style="font-weight: 400;">, seuls les indivisaires appelés à concourir au partage peuvent être assujettis au rapport des dettes. Cette exigence, qui puise sa source dans l’article 864 du Code civil, implique que l’intéressé soit doté d’une vocation à se voir attribuer une fraction d’une masse indivise. Aussi, dès lors qu’un indivisaire prend part au partage, ses droits sur la masse doivent être ajustés à due concurrence des obligations qu’il a contractées envers celle-ci.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’application du rapport des dettes ne se limite pas aux seules successions. Elle s’étend aux partages de communauté, notamment lorsque la dissolution du régime matrimonial impose un règlement des créances entre les époux (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007430525" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 2 oct. 2001, n°99-11.375</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Elle concerne également les indivisions conventionnelles, lorsque plusieurs indivisaires mettent fin à leur indivision et procèdent au partage des biens. De même, elle intervient dans le cadre du partage consécutif à la dissolution d’une société, lorsque les associés doivent se répartir les actifs indivis subsistants (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. civ., 8 févr. 1882</span></i><span style="font-weight: 400;">). Dans chacune de ces hypothèses, la qualité de copartageant implique l’intégration au mécanisme d’allotissement des dettes, indépendamment de l’origine de la masse à partager.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En matière successorale, cette règle signifie que le titre en vertu duquel un successeur vient au partage est indifférent. Qu’il soit héritier ab intestat, légataire universel ou institué contractuel, il est soumis au rapport des dettes, dès lors qu’il participe à la répartition de la succession. En revanche, le légataire à titre particulier échappe à cette obligation, puisqu’il n’a pas vocation à prendre part à l’indivision successorale (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007494454" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 6 déc. 2005, n°01-12.038</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Cette règle illustre la distinction fondamentale entre le rapport des dettes et le rapport des libéralités. Contrairement à ce dernier, qui ne concerne que les héritiers présomptifs gratifiés, le rapport des dettes vise l’ensemble des copartageants dès lors qu’ils remplissent les conditions requises.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>En second lieu</i></b><span style="font-weight: 400;">, au-delà de la condition de copartageant, le rapport des dettes suppose également que l’indivisaire concerné soit débiteur d’une créance comprise dans la masse partageable. Cette dette peut avoir une origine diverse. Elle peut résulter d’une obligation contractée à l’égard du de cujus de son vivant, auquel cas elle est transmise à la succession et doit être réglée lors du partage. Elle peut également être née postérieurement à l’ouverture de la succession, lorsque l’indivisaire est tenu envers l’indivision en raison d’une obligation née durant la gestion des biens indivis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’indivisaire peut ainsi être débiteur de la masse successorale lorsqu’il a bénéficié d’un prêt consenti par le de cujus et demeuré impayé au jour du décès. Il peut aussi avoir perçu des fonds en vertu d’une procuration sur les comptes du défunt, dont il reste comptable envers la succession. De même, il peut être tenu au paiement d’une indemnité d’occupation lorsqu’il a joui privativement d’un bien indivis sans indemniser ses cohéritiers. Enfin, il peut être redevable envers la masse indivise s’il a perçu des revenus générés par un bien indivis sans les reverser à l’indivision ou si, en sa qualité d’administrateur des biens indivis, il a commis des fautes de gestion ayant causé un préjudice au patrimoine partagé.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes impose donc une stricte corrélation entre la qualité d’indivisaire appelé au partage et l’existence d’une dette à l’égard de la masse. Il vise à garantir que les créances détenues par la masse sur un copartageant ne puissent être éludées au moment de la répartition des biens. Dès lors que l’indivisaire concerné remplit ces deux conditions, il ne peut se soustraire à cette obligation et voit ses dettes imputées sur sa part.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’exclusion des héritiers renonçants et indignes</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’héritier qui renonce à la succession est réputé n’avoir jamais été héritier (art. 805 C. civ.). Cette fiction juridique le soustrait de plein droit aux opérations de partage et, par voie de conséquence, au mécanisme du rapport des dettes. Néanmoins, cette exclusion ne saurait anéantir l’obligation qui lui incombe : sa dette demeure et doit être exécutée selon les principes du droit commun (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. civ., 8 août 1895</span></i><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Il en va de même pour l’héritier déclaré indigne, dont la déchéance des droits successoraux entraîne l’éviction pure et simple du partage. Dès lors qu’il ne revêt pas la qualité de copartageant, il échappe au rapport des dettes. Toutefois, l’indignité ne purge en rien l’obligation préexistante : la créance qui pèse sur lui conserve son plein effet et demeure exigible selon les voies de droit ordinaires.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ces exclusions s’inscrivent dans la logique inhérente au rapport des dettes, lequel est intrinsèquement lié à la participation au partage. Le renonçant et l’indigne, étrangers à l’indivision successorale, ne sauraient être astreints aux ajustements opérés lors de la répartition. Ils demeurent tenus de s’acquitter de leurs obligations, mais hors du cadre liquidatif, selon les règles de droit commun.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>La représentation successorale</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La représentation successorale soulève une interrogation quant à l’application du rapport des dettes. Ce mécanisme, en vertu des articles 752 et 753 du Code civil, permet à un héritier de venir au partage en représentation d’un prédécédé, d’un indigne ou d’un renonçant. Dès lors, une question se pose : le représentant doit-il être tenu d’alloter, dans le partage, les dettes contractées par celui qu’il remplace ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Deux positions doctrinales s’affrontent :</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>D’un côté</i></b><span style="font-weight: 400;">, une lecture rigoureuse du principe du partage par souche pourrait conduire à imposer au représentant les obligations du représenté, en ce compris celles relevant du rapport des dettes. Cette approche repose sur l’idée que la représentation est une fiction juridique assurant la continuité des souches successorales. En venant au partage à la place de son auteur, le représentant se substituerait à lui non seulement dans ses droits, mais également dans ses charges, de sorte qu’il devrait se voir alloti des créances existant contre le représenté.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>D’un autre côté</i></b><span style="font-weight: 400;">, une analyse plus nuancée conduit à rejeter cette automaticité. Le représentant n’est pas personnellement débiteur des créances contractées par le représenté ; il ne s’est jamais directement engagé à leur paiement et ne saurait en répondre à titre propre. Or, le rapport des dettes trouve son fondement dans le principe de la confusion des qualités de créancier et de débiteur, laquelle suppose que ces deux qualités soient réunies en une seule et même personne. Cette condition fait défaut dans l’hypothèse du représentant, qui n’a jamais contracté la dette initiale. Dès lors, celle-ci ne saurait s’éteindre par l’effet du rapport et devrait être traitée selon les mécanismes de droit commun.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’adoption de cette seconde solution a pour corollaire de concentrer le risque d’insolvabilité sur la souche successorale du représenté. Le représentant, bien que juridiquement étranger à la dette initiale, pourrait se voir grevé d’une obligation dont il n’est pas l’auteur, ce qui poserait un problème d’équité entre les copartageants. Une telle situation pourrait s’avérer particulièrement délicate dans l’hypothèse où la dette du représenté serait significative et excéderait les droits successoraux du représentant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En l’état du droit positif, aucune disposition ne tranche expressément cette question. Contrairement au rapport des libéralités, où l’article 843 du Code civil impose au représentant d’alloter, dans le partage, les donations reçues par le représenté, aucune règle équivalente n’a été consacrée pour le rapport des dettes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dès lors, par prudence, il semble opportun de considérer que le successeur venant par représentation ne saurait, en principe, être tenu au rapport des dettes contractées par le représenté, sauf à ce qu’il en devienne lui-même débiteur par transmission du passif. Une clarification législative s’avérerait bienvenue afin de garantir une application homogène de ce mécanisme et d’écarter toute divergence d’interprétation susceptible d’engendrer des iniquités successorales.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>B) </b><span style="text-decoration: underline;"><b>Conditions relatives aux dettes</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le mécanisme du rapport des dettes, consacré par l’article 864 du Code civil, vise à assurer l’équité entre les copartageants en imposant à celui d’entre eux qui est débiteur d’une créance comprise dans la masse partageable d’en être alloti à due concurrence de ses droits. Cette règle, qui relève de la technique liquidative des successions et des indivisions, repose sur l’idée que les dettes d’un indivisaire à l’égard de la masse successorale doivent être régularisées au moment du partage, afin d’éviter que certains copartageants ne soient avantagés ou que l’actif partageable ne se trouve minoré au détriment des autres.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, pour que le rapport des dettes puisse être mis en œuvre, certaines conditions doivent être réunies, tant en ce qui concerne l’origine de la dette que ses caractéristiques intrinsèques. Si le Code civil ne dresse pas une liste exhaustive des dettes concernées, la jurisprudence et la doctrine ont progressivement dégagé les principes directeurs qui en gouvernent l’application.</span><b></b></p>
<p><b>1. <span style="text-decoration: underline;">L’origine des dettes rapportables</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 864 du Code civil ne distingue pas selon l’origine ou la nature de la dette. Ainsi, le rapport des dettes peut indifféremment concerner des obligations d’origine contractuelle, légale, quasi-contractuelle, délictuelle ou quasi-délictuelle (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007007817" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 11 juin 1981, n°80-11.177</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). La jurisprudence a admis que cette règle s’applique aux dettes résultant de l’annulation d’un acte juridique consacrant ainsi l’idée que le rapport des dettes constitue un mécanisme de régularisation des obligations entre copartageants, indépendamment du fait générateur de la créance.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’essentiel est que la dette trouve sa source dans les relations entre le débiteur et la masse partageable. Ainsi, toute obligation née entre le de cujus et un héritier peut être rapportée, de même que celles contractées entre un indivisaire et l’indivision successorale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Les dettes les plus fréquemment concernées par le rapport sont celles que l’héritier a contractées envers le défunt de son vivant. Il en va ainsi des prêts consentis par le de cujus et non remboursés à son décès, des avances sur héritage, ou encore des créances résultant d’une convention conclue avec le défunt. Ces créances figurent à l’actif de la succession et, en raison de l’absence d’effet extinctif du décès du créancier, elles doivent être réglées par le débiteur avant la répartition du patrimoine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Un exemple marquant est celui des retraits effectués par un héritier grâce à une procuration sur les comptes du défunt. Si ces fonds ont été utilisés à titre personnel, l’héritier devra les rapporter à la succession (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007041329/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 2 févr. 1999, n°96-21.460</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Toutefois, si les sommes prélevées l’ont été dans l’intérêt du de cujus, la dette ne sera pas soumise au rapport, la charge de la preuve incombant alors au mandataire (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007034471" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 21 nov. 1995, n°93-21.162</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes s’applique également aux obligations nées après l’ouverture de la succession, dès lors qu’elles résultent des relations entre l’indivisaire et la masse successorale. Ainsi, les sommes ou fruits encaissés par un indivisaire pour le compte de l’indivision doivent être restitués lors du partage (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. req. 23 avr. 1898</span></i><span style="font-weight: 400;">). Il en va de même des indemnités d’occupation dues par l’indivisaire jouissant privativement d’un bien indivis (</span><i><span style="font-weight: 400;">CA Angers, 2 sept. 1991</span></i><span style="font-weight: 400;">) ou des sommes correspondant à des détériorations du bien indivis causées par un cohéritier (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. req. 17 nov. 1885</span></i><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans le même sens, il a été jugé par la Cour de cassation dans un arrêt du 19 octobre 1983 que l’indivisaire qui administre un bien dépendant de la succession sans en rendre compte peut être contraint de rétablir dans la masse partageable la valeur du bien ainsi appréhendé (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007012321" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 19 oct. 1983, n°82-13.329</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En l’espèce, un héritier avait été désigné pour assurer l’administration provisoire d’un cabinet de conseil juridique et d’administrateur de biens dépendant de la succession. Or, il est apparu que cet indivisaire, exerçant lui-même une activité similaire, avait confondu ses propres opérations avec celles du cabinet hérité, sans tenir de comptabilité distincte ni produire de comptes de gestion. Cette confusion a conduit les juges du fond à constater l’impossibilité d’établir la consistance exacte des éléments du cabinet subsistant au jour du partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Se fondant sur les conclusions d’un expert, la cour d’appel a estimé que la seule manière de préserver l’égalité du partage était de retenir la valeur du cabinet au jour du décès, soit 120 000 francs, et de mettre cette somme à la charge de l’indivisaire en cause, avec intérêts au taux légal courant depuis l’ouverture de la succession.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La Cour de cassation a validé cette décision en considérant que l’héritier avait appréhendé cet élément d’actif dans sa consistance au jour du décès et que, faute de justification sur son usage et son état au moment du partage, il devait en restituer la valeur à l’indivision. Elle a ainsi confirmé la condamnation de l’intéressé à rétablir dans la masse successorale l’équivalent de la valeur du cabinet litigieux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cet arrêt illustre de manière particulièrement rigoureuse l’exigence de transparence et de reddition de comptes incombant à tout indivisaire ayant assumé la gestion d’un bien commun. Il consacre la règle selon laquelle l’indivisaire qui fait sien, sans autorisation ni justification, un élément du patrimoine successoral doit en restituer la valeur à la masse, afin de garantir le principe d’égalité entre copartageants.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Enfin, le rapport des dettes trouve également à s’appliquer lorsque la succession a payé à un tiers une dette incombant normalement à un cohéritier. Tel est l&#8217;enseignement qui peut être retiré d’un arrêt rendu par la Cour de cassation le 26 mars 1974 (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000006991380" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ. 26 mars 1974, n°72-13.132</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En l’espèce, un professionnel libéral était décédé en laissant pour héritiers sa veuve et ses trois enfants. L’un d’eux, ultérieurement placé en règlement judiciaire, était débiteur envers un tiers d’une somme correspondant à des détournements de fonds. Afin d’éviter des poursuites, le défunt s’était porté caution de cette dette. Après le décès, le créancier avait exercé un recours contre les héritiers, ce qui avait conduit la succession à s’acquitter de la dette et à se subroger dans les droits du créancier initial.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Les juges du fond avaient estimé que cette créance devait être rapportée à la masse successorale, dans la mesure où la succession s’était substituée au créancier initial. Confirmant cette solution, la Cour de cassation a jugé que, dès lors qu’une dette contractée par un héritier envers un tiers avait été acquittée par l’indivision, elle constituait une créance de cette dernière contre le débiteur initial et devait être réglée selon le mécanisme du rapport des dettes. L’arrêt relevait également que l’héritier débiteur avait bénéficié des éléments essentiels de la succession, ce qui justifiait encore davantage l’imputation de cette dette sur ses droits dans le partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, la Cour de cassation a opéré une distinction essentielle en censurant partiellement la décision d’appel. Elle a rappelé que, conformément aux articles 829 et 830 du Code civil, seules les dettes ayant un lien direct avec l’indivision successorale peuvent être rapportées à la masse. Dès lors, elle a annulé l’arrêt en ce qu’il avait également inclus dans le rapport des dettes une somme avancée à l’héritier débiteur par son frère, ainsi que d’autres paiements effectués en sa faveur. Selon la Haute juridiction, ces créances résultaient de relations purement personnelles entre copartageants et ne pouvaient dès lors être soumises au mécanisme du rapport des dettes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cet arrêt illustre ainsi une double exigence : d’une part, le rapport des dettes s’applique lorsque l’indivision s’est substituée au créancier initial en s’acquittant d’une dette due par un cohéritier ; d’autre part, seules les dettes directement liées à l’indivision successorale peuvent être prises en compte, à l’exclusion de celles nées de rapports strictement personnels entre copartageants et dépourvues de tout lien avec l’indivision successorale.</span><b></b></p>
<p><b>2. <span style="text-decoration: underline;">Les caractères des dettes rapportables</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes répond à une logique de justice distributive qui impose que les obligations pesant sur un copartageant soient traitées dans le cadre du partage, indépendamment de leur échéance. C’est en ce sens que l’article 864 du Code civil prévoit expressément que la dette n’a pas besoin d’être exigible au jour de l’ouverture de la succession pour être soumise au rapport. Ce principe, consacré de longue date par la jurisprudence (V. par ex. </span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. civ. 28 févr. 1866</span></i><span style="font-weight: 400;">), vise à neutraliser l’effet des délais de paiement et à empêcher qu’un indivisaire ne bénéficie d’un avantage indu du seul fait d’un report d’exigibilité. Dès lors qu’une dette est juridiquement constituée, sa prise en compte dans le partage s’impose afin d’éviter que la répartition du patrimoine successoral ne soit faussée par des échéances différées.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette règle repose sur l’idée que le rapport des dettes ne saurait être conditionné par des facteurs contingents tenant à la structure de l’obligation. Une créance à terme, dès lors qu’elle est certaine et que son montant est déterminé, peut ainsi être allotie au copartageant débiteur sans qu’il soit nécessaire d’attendre son exigibilité. À défaut, on introduirait une iniquité entre les indivisaires, certains étant artificiellement exonérés de leur obligation simplement en raison d’un décalage temporel. Cette approche trouve une confirmation dans la jurisprudence, qui s’attache davantage à la certitude et à la liquidité de la dette qu’à son exigibilité immédiate.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, pour être rapportable, la dette doit nécessairement présenter un caractère certain et liquide. À défaut, son allotissement au copartageant débiteur compromettrait l’égalité du partage et introduirait une source d’insécurité juridique. La Cour de cassation l’a rappelé dès 1885 (Cass. req. 17 nov. 1885), en posant comme condition que l’obligation soit clairement établie, tant dans son principe que dans son montant. Une dette dont l’existence serait litigieuse, ou dont l’évaluation resterait à faire, ne saurait faire l’objet d’un rapport, sous peine de grever un indivisaire d’une charge indéterminée, ce qui heurterait frontalement l’exigence de prévisibilité inhérente au partage successoral.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Néanmoins, cette exigence n’est pas absolue et connaît certains tempéraments. Ainsi, les dettes affectées d’une condition suspensive peuvent être rapportées dès lors que la créance existe en germe et que l’éventualité de son exigibilité future est suffisamment caractérisée. La cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 18 mars 2003, a admis cette possibilité, reconnaissant que la prise en compte anticipée d’une dette conditionnelle pouvait se justifier lorsque les circonstances permettaient d’en prévoir raisonnablement l’issue. Une telle solution s’inscrit dans la logique du rapport des dettes, qui tend à assurer une répartition équilibrée des charges entre les copartageants et à éviter qu’un indivisaire ne soit favorisé en raison d’une contingence juridique.</span><b></b></p>
<p><b>3. <span style="text-decoration: underline;">Compensation des dettes rapportables avec les créances contre la masse partageable</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le mécanisme du rapport des dettes, consacré par l’article 864 du Code civil, s’inscrit dans une logique d’équité en imposant à tout copartageant débiteur d’une obligation envers la masse partageable d’en supporter l’imputation lors du partage. Toutefois, ce principe ne saurait aboutir à ce qu’un copartageant débiteur soit contraint d’allotir l’intégralité de sa dette sans prise en compte des créances qu’il détient sur l’indivision. L’article 867 du Code civil prévoit ainsi que, dans une telle hypothèse, la dette ne sera rapportée qu’à concurrence du solde restant dû après compensation. Dès lors, seules les dettes excédant les créances réciproques du copartageant sur la masse partageable donnent lieu à un allotissement, évitant ainsi qu’un indivisaire se voie artificiellement grevé d’une obligation sans prise en compte des flux financiers inverses.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ce mécanisme repose sur le principe de la compensation légale, défini aux articles 1347 et suivants du Code civil, qui permet l’extinction réciproque de dettes connexes entre deux parties lorsque plusieurs conditions sont réunies. L’application de ce dispositif dans le cadre du rapport des dettes implique ainsi de s’assurer de l’existence de créances réciproques entre le copartageant et la masse indivise.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>D’abord</i></b><span style="font-weight: 400;">, les obligations en présence doivent être certaines, liquides et exigibles. La compensation ne saurait se concevoir sur la base d’une créance incertaine, contestée ou encore en cours de liquidation, sous peine de rompre l’équilibre du partage et d’introduire un facteur d’instabilité dans la détermination des droits des copartageants. Seules les créances dont la consistance est juridiquement établie et dont l’échéance est acquise peuvent ainsi donner lieu à une imputation compensatoire.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Ensuite</i></b><span style="font-weight: 400;">, l’identité des parties doit être caractérisée. La dette dont le copartageant est tenu envers l’indivision doit trouver son pendant dans une créance qu’il détient à l’encontre de cette même masse. Il ne saurait être question d’opérer une compensation entre des obligations relevant de rapports strictement personnels entre indivisaires, sans lien direct avec la masse partageable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Enfin</i></b><span style="font-weight: 400;">, la compensation doit s’exercer exclusivement sur des créances et dettes attachées à l’indivision, et non sur des obligations étrangères au partage. La jurisprudence veille à préserver cette stricte imputation, excluant notamment les créances personnelles des indivisaires de l’assiette du mécanisme compensatoire (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000036780064" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 28 mars 2018, n° 17-14.104</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Lorsque ces conditions sont réunies, la compensation s’opère automatiquement et préalablement à l’allotissement du copartageant. Dès lors, seul le solde restant dû après imputation réciproque est pris en compte dans le partage, assurant ainsi une répartition plus juste des charges successorales.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 867 du Code civil trouve à s’appliquer dans diverses situations où un copartageant, tout en étant débiteur envers l’indivision, dispose également d’une créance sur cette dernière.</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><b><i>Le règlement des charges indivises</i></b><span style="font-weight: 400;"> : lorsqu’un indivisaire a avancé des fonds pour acquitter des dépenses grevant l’indivision, telles que la taxe foncière, les charges de copropriété ou encore les frais d’entretien du bien indivis, il bénéficie d’une créance en retour. Si, parallèlement, il est tenu de rapporter une dette à l’indivision, la compensation s’opérera entre ces flux financiers, et seul l’éventuel solde restant dû après imputation donnera lieu à allotissement.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><b><i>Les améliorations apportées au bien indivis</i></b><span style="font-weight: 400;"> : l’indivisaire qui a financé des travaux d’amélioration d’un bien indivis peut prétendre à une créance compensatoire en raison de la plus-value générée. Si, en parallèle, il est redevable d’une indemnité d’occupation en raison d’un usage privatif du bien, la compensation interviendra avant toute répartition, prévenant ainsi un double prélèvement qui altérerait l’équilibre du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><b><i>Les avances consenties entre copartageants</i></b><span style="font-weight: 400;"> : lorsque l’un des indivisaires a avancé des sommes aux autres copartageants afin de faciliter la gestion de l’indivision, ces créances croisées peuvent également faire l’objet d’une compensation, dès lors qu’elles relèvent directement du compte d’indivision.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En pratique, les notaires procèdent souvent à l’établissement de comptes d’indivision permettant d’enregistrer ces créances et dettes et d’aboutir à un solde net avant le partage. Toutefois, contrairement au compte de récompenses en matière de régimes matrimoniaux (art. 1468 et 1470 C. civ.), ce compte demeure une simple faculté et ne constitue pas une exigence impérative.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si le mécanisme de la compensation permet un partage de la masse indivise plus équitable, elle ne saurait s’appliquer sans restriction.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">D’une part, les règles de prescription propres à chaque créance ou dette demeurent indépendantes du processus compensatoire. Contrairement à ce qu’avait jugé à tort une cour d’appel, la prescription d’une créance du copartageant ne peut être suspendue jusqu’au partage, ainsi que l’a rappelé la Cour de cassation dans son arrêt du 28 mars 2018 (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000036780064" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 28 mars 2018, n° 17-14.104</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). L’application de l’article 2224 du Code civil impose ainsi de veiller à ce que les droits des indivisaires ne se trouvent pas indûment prorogés par l’effet de la compensation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">D’autre part, la compensation ne s’impose que si ses conditions sont réunies, et ne peut être invoquée sur des créances incertaines ou encore soumises à des conditions suspensives non réalisées. Ainsi, la seule perspective d’une créance future ne saurait justifier une imputation immédiate, la jurisprudence ayant exclu une telle anticipation en matière de partage successoral.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Enfin, la compensation ne modifie pas l’ordre des allotissements et ne confère aucun droit préférentiel à l’indivisaire qui l’invoque. Elle permet seulement de garantir que son obligation nette, après imputation réciproque, soit équitablement répartie dans l’opération de partage.</span><b></b></p>
<p><b>4. <span style="text-decoration: underline;">Preuve des dettes rapportables</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes, en ce qu’il constitue une modalité d’allotissement spécifique lors du partage, suppose que la dette invoquée contre un copartageant soit préalablement établie dans son principe et dans son montant. Cette exigence découle de la nécessité d’assurer une parfaite égalité entre les indivisaires et de prévenir toute imputation arbitraire d’une obligation sur l’un d’entre eux. Dès lors, la charge de la preuve repose naturellement sur celui qui sollicite le rapport de la dette.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La jurisprudence a admis que cette preuve peut être apportée par tous moyens (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. civ. 24 juill. 1918</span></i><span style="font-weight: 400;">). Ce principe se justifie par la diversité des origines des dettes rapportables, qui peuvent découler d’actes contractuels, de quasi-contrats, d’obligations légales ou encore d’engagements informels entre le défunt et l’héritier concerné. Ainsi, la preuve d’une dette susceptible d’être alloti dans le partage peut résulter de documents écrits, d’attestations, d’éléments comptables ou encore d’un faisceau d’indices suffisamment précis et concordants permettant d’établir l’existence de l’obligation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, lorsque la dette provient de mouvements financiers opérés sur les comptes du défunt, la charge de la preuve connaît un aménagement. En présence de retraits effectués par un héritier mandataire disposant d’une procuration bancaire, il incombe à ce dernier de justifier l’usage des fonds prélevés. La Cour de cassation a fermement consacré cette règle dans un arrêt du 2 février 1999, précisant que le mandataire, tenu de rendre compte de sa gestion, doit démontrer que les sommes perçues ont été employées conformément aux intérêts du défunt et qu’elles ne constituent pas une dette susceptible d’être rapportée (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007041329/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 2 févr. 1999, n°96-21.460</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Ce renversement de la charge de la preuve s’explique par le devoir de transparence qui pèse sur le mandataire, lequel ne peut se contenter d’un simple silence ou d’un défaut de justification de la part des autres héritiers pour éluder ses responsabilités.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En outre, les juges du fond exercent un contrôle strict sur ces prélèvements, notamment lorsque leur montant excède les besoins habituels du défunt ou qu’ils ont été effectués dans des circonstances suspectes, en particulier à l’approche du décès. À défaut d’explication convaincante du mandataire, ces retraits peuvent être assimilés à des dettes rapportables, et leur imputation s’effectue alors sur sa part successorale.</span><b></b></p>
<p><b>5. <span style="text-decoration: underline;">Prescription des dettes rapportables</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le jeu du rapport des dettes trouve une limite dans l’effet de la prescription extinctive. Une dette qui s’est éteinte par l’effet de la prescription au jour du décès du défunt ne peut plus être imputée sur la part successorale de l’héritier débiteur, faute d’existence juridique. La Cour de cassation a réaffirmé ce principe dans un arrêt du 12 février 2020, précisant que le rapport ne peut porter que sur des obligations encore valides au moment du partage (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000041620370/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ. 12 févr. 2020, n°18-23.573</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’extinction de la dette par prescription obéit aux règles de droit commun et s’apprécie selon la nature de l’obligation concernée. Depuis la réforme opérée par la loi du 17 juin 2008, le délai de prescription de droit commun est fixé à cinq ans (art. 2224 C. civ.), ce qui peut conduire à une extinction rapide des créances lorsque celles-ci n’ont pas fait l’objet de réclamations régulières. Dans la pratique successorale, cette brièveté du délai peut entraîner la perte du recours contre un copartageant débiteur si aucune reconnaissance de dette ou interruption de la prescription n’est intervenue avant le décès du créancier.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, la prescription n’opère pas toujours une extinction pure et simple de la dette. Lorsque le créancier successoral – en l’occurrence, le défunt – s’est abstenu de réclamer le paiement, cette inaction peut être interprétée comme une volonté implicite de renoncer à son droit. En pareille hypothèse, la remise de dette constitue une libéralité indirecte, soumise aux règles du rapport des libéralités. L’article 843 du Code civil impose en effet aux héritiers gratifiés de rapporter à la succession les avantages qu’ils ont reçus du défunt pour assurer l’égalité entre les copartageants. Ainsi, si la remise de dette est jugée intentionnelle et gratuite, elle ne relève plus du rapport des dettes, mais de celui des libéralités, modifiant en conséquence le mode de règlement de l’indivision.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Enfin, la charge de la preuve de la prescription repose sur le copartageant débiteur. Celui qui entend se prévaloir de l’extinction de sa dette doit démontrer que le délai applicable était écoulé à la date du décès du défunt. En cas de contestation, la prescription ne sera opposable que si l’héritier débiteur parvient à établir qu’aucun acte interruptif ou suspensif n’a été accompli dans l’intervalle. À défaut, la dette reste due et peut faire l’objet d’un allotissement dans le partage.</span></p>
<p><b>II) <span style="text-decoration: underline;">Mise en œuvre</span></b></p>
<p style="text-align: justify;"><b>A) <span style="text-decoration: underline;">Le moment d’exécution du rapport des dettes</span></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes, qui constitue un mécanisme essentiel à l’équilibre des opérations de partage, se distingue par une exécution qui varie selon le moment où intervient son règlement. Tant que l’indivision subsiste, le rapport demeure une simple faculté, laissée à la discrétion du copartageant débiteur. Mais dès lors que le partage devient effectif, il se transforme en une obligation impérative, s’imposant à lui de plein droit.</span><b></b></p>
<p><b>1. <span style="text-decoration: underline;">Avant le partage : un règlement facultatif</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Durant l’indivision, le copartageant débiteur n’est nullement contraint de procéder immédiatement au rapport de sa dette. Il jouit de la faculté d’en différer l’exécution, repoussant ainsi son règlement au moment du partage. Cette prérogative, désormais érigée en principe par l’article 865, alinéa 1??, du Code civil, trouve son fondement dans une jurisprudence bien établie, qui avait déjà consacré l’impossibilité, pour les créanciers de l’indivision, d’exiger un paiement anticipé des dettes rapportables (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007021554" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 31 janv. 1989, n° 87-11.829</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, ce principe ne saurait revêtir un caractère absolu, certaines dettes échappant au report d’exigibilité. Tel est le cas des créances relatives aux biens indivis, qui doivent être acquittées sans délai. Ainsi, lorsqu’un indivisaire est redevable d’une indemnité d’occupation en raison d’une jouissance privative (art. 815-9, al. 2 C. civ.), du produit net de la gestion d’un bien indivis (art. 815-12 C. civ.) ou encore des fruits et revenus indivis qu’il aurait perçus sans y être fondé (art. 815-10 C. civ.), ces dettes ne sauraient faire l’objet d’un sursis. L’article 865 du Code civil opère ainsi un cantonnement du principe général, en soumettant ces créances au régime de l’exigibilité immédiate (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000043473463" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 14 avr. 2021, n°19-21.313</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">D’un point de vue pratique, cette dualité de régime influe directement sur la gestion patrimoniale des indivisaires. Tant que l’indivision perdure, le copartageant débiteur dispose d’une marge de manœuvre : il peut soit s’acquitter immédiatement de sa dette, soit en différer le règlement jusqu’au partage. Cette latitude lui permet d’adapter son choix en fonction de sa situation financière, des contraintes économiques et des perspectives patrimoniales qui s’offrent à lui.</span></p>
<p><b>2. <span style="text-decoration: underline;">Au moment du partage : un règlement obligatoire</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si le copartageant débiteur a pu repousser l’exécution de sa dette tant que durait l’indivision, ce choix n’est plus envisageable une fois venu le temps du partage. L’article 864 du Code civil prévoit en effet que, lorsque le partage intervient, la dette doit impérativement être rapportée et intégrée aux opérations de liquidation. Dès lors, l’imputation devient automatique et aucun refus n’est possible.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette exécution forcée du rapport peut s’opérer sous trois formes distinctes :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Le rapport en moins prenant, qui constitue la règle de principe : la dette est imputée directement sur la part du copartageant débiteur, réduisant ainsi l’actif qui lui revient.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Le prélèvement sur la masse partageable, notamment lorsque l’imputation directe est impossible ou insuffisante.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’allotissement spécifique, qui consiste à attribuer au copartageant débiteur un lot correspondant à sa dette, lorsque l’équilibre du partage l’exige.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La jurisprudence a rappelé que cette obligation s’impose même lorsque la dette excède la part successorale du copartageant débiteur (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007012801" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ., 14 déc. 1983, n°82-14.725</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Dans ce cas, le solde restant dû demeure à la charge du débiteur, qui devra s’en acquitter selon les modalités prévues initialement par l’obligation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>B) </b><span style="text-decoration: underline;"><b>Les modalités d’exécution du rapport des dettes</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes répond à un régime spécifique visant à assurer l’équilibre entre les héritiers lors du partage successoral. Consacré par l’article 864 du Code civil, il repose sur le mécanisme du rapport en moins prenant, permettant à l’héritier débiteur d’être alloti de la créance dont il est redevable à due concurrence de ses droits dans la succession. Cette technique favorise un règlement simplifié des dettes successorales tout en évitant la nécessité d’un remboursement immédiat. Toutefois, plusieurs ajustements peuvent être nécessaires en fonction de la situation des copartageants et de la composition de la masse successorale.</span><b></b></p>
<p><b>1. <span style="text-decoration: underline;">Le principe du rapport en moins prenant</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Lorsqu’un copartageant est débiteur envers l’indivision, la créance existant contre lui est intégrée dans la masse partageable et lui est allouée lors du partage. Ce mécanisme, qualifié de rapport en moins prenant, obéit à une logique comptable permettant au copartageant débiteur d’être rempli de ses droits à hauteur de sa dette tout en évitant un paiement immédiat (art. 864, al. 1</span><span style="font-weight: 400;">er</span><span style="font-weight: 400;"> C. civ.).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>a.</b> <span style="text-decoration: underline;"><b>Imputation de la dette dans la masse successorale</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 864, alinéa 1??, du Code civil prévoit que lorsque la masse partageable comprend une créance à l’encontre d’un copartageant, celui-ci en est alloti dans le partage à concurrence de ses droits dans la masse. Ce mécanisme repose sur une opération purement comptable, dans laquelle la dette du copartageant vient diminuer sa part successorale, sans nécessiter de transfert de fonds.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ce mode de règlement présente plusieurs avantages :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Il évite d’exiger un paiement immédiat du copartageant débiteur, ce qui pourrait parfois s’avérer difficile.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Il simplifie le partage en intégrant la créance à la masse successorale, assurant une répartition équilibrée entre les héritiers.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Il permet l’extinction automatique de la dette par confusion, évitant ainsi toute contestation ultérieure.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’application de ce mécanisme peut être aisément comprise à travers un exemple chiffré.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Supposons une succession dans laquelle :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’actif successoral net s’élève à 400 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Deux héritiers, A et B, héritent à parts égales, soit 200 000 € chacun.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A est débiteur de la succession à hauteur de 50 000 € (par exemple, en raison d’un prêt que lui avait consenti le défunt).</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Afin d’intégrer la dette dans la succession, on ajoute la créance de 50 000 € à l’actif successoral pour obtenir la masse partageable :</span></p>
<p style="text-align: center;"><b>Masse partageable = 400 000 € + 50 000 € = 450 000 €</b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, la masse à partager entre les deux héritiers est portée à 450 000 €, soit 225 000 € chacun.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Allotissement de l’héritier débiteur A</i></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A reçoit en priorité la créance dont il est débiteur : 50 000 € sont ainsi imputés sur ses droits successoraux.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Ce montant s’éteint par confusion, conformément à l’article 864, alinéa 1??, du Code civil.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Son droit successoral s’élevant à 225 000 €, il lui reste encore 175 000 € à recevoir en biens ou en liquidités.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Attribution de l’héritier B</i></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’héritier B, non débiteur, se voit attribuer 225 000 € en biens ou en liquidités, correspondant intégralement à sa part successorale.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">A l’analyse, l’imputation de la dette dans la masse partageable repose sur une opération équilibrée qui ne crée aucun enrichissement injustifié au profit des héritiers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En effet, l’effet immédiat de cette technique est l’extinction de la dette de l’héritier débiteur. L’article 864, alinéa 1??, du Code civil précise expressément que la dette s’éteint par confusion dès lors qu’elle est allouée à l’héritier débiteur. Il s’agit d’un mécanisme proche de la confusion des qualités de créancier et de débiteur (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 26 déc. 1960)</span></i><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, A ne devra plus rien à la succession, et aucun paiement effectif n’est exigé. La dette est purement et simplement absorbée par l’imputation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’un des principaux intérêts de l’imputation de la dette est qu’elle évite toute liquidation forcée des biens successoraux.</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Si l’héritier débiteur était tenu de rembourser immédiatement sa dette en numéraire, il pourrait être contraint de vendre des actifs (notamment un bien immobilier familial).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">En procédant par imputation, on maintient la stabilité de l’actif successoral et on préserve l’unité des biens indivis.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans notre exemple, A ne subit aucun appauvrissement immédiat, et B n’a pas à attendre un remboursement qui pourrait s’avérer incertain.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En imputant la dette sur la part successorale de A, la répartition demeure strictement équitable :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A perçoit bien 225 000 € en valeur, mais cette somme inclut les 50 000 € de dette dont il était redevable.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">B ne subit aucune perte et reçoit sa part intégrale de 225 000 €.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><b>b.</b> <span style="text-decoration: underline;"><b>Limite de l’imputation : l’obligation de paiement du solde</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’insuffisance de la créance détenue contre l’indivision pour éteindre la dette du copartageant</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si la dette du copartageant excède ses droits dans l’indivision, l’imputation ne suffit plus à assurer son extinction intégrale. L’article 864, alinéa 2, du Code civil prévoit ainsi que le copartageant reste tenu du paiement du solde, selon les conditions initiales de l’obligation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Prenons une hypothèse où l’héritier A est redevable d’une somme plus importante :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’actif successoral est toujours de 400 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A est débiteur de 250 000 € envers la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">La masse partageable, incluant cette créance, est de 650 000 €, soit 325 000 € de droits pour chaque héritier.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Conséquence du dépassement de la part successorale</i></b><b> :</b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A reçoit en priorité la créance existant contre lui à hauteur de 325 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Cependant, sa dette s’élève à 250 000 €, ce qui dépasse ses droits successoraux (225 000 €).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’imputation opère à hauteur de 225 000 €, mais il reste un solde de 25 000 € à payer.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’héritier débiteur devra donc s’acquitter du reliquat auprès des cohéritiers, dans les conditions et délais initialement attachés à l’obligation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’incidence de l’insuffisance de la créance détenue contre l’indivision sur le droit au partage</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Pour mémoire, l’article 815 du Code civil énonce le principe selon lequel « </span><i><span style="font-weight: 400;">nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision</span></i><span style="font-weight: 400;"> », consacrant ainsi le droit pour tout indivisaire de provoquer le partage à tout moment. Toutefois, lorsque l’un des héritiers se trouve débiteur à l’égard de la succession et que l’allotissement de sa dette épuise intégralement ses droits dans la masse successorale, se pose la question de savoir s’il demeure en mesure d’exercer ce droit.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans un arrêt du 14 décembre 1983, la Cour de cassation a semblé exclure cette faculté pour un héritier dont la dette excédait sa part successorale (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007012801" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ. 14 déc. 1983, n°82-14.725</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). En l’espèce, un défunt laissait à sa succession plusieurs enfants et une veuve usufruitière. L’un des héritiers, ayant été placé en règlement judiciaire, voyait son syndic solliciter le partage de la succession ainsi que la licitation des immeubles indivis. Or, il apparaissait que d’importantes sommes avaient été versées par le défunt et son épouse pour acquitter certaines dettes de cet héritier, créant ainsi une dette rapportable excédant largement ses droits successoraux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La cour d’appel, statuant sur cette demande de partage, avait relevé que la dette rapportable dépassait très largement la part successorale de l’héritier débiteur. Dès lors, elle avait rejeté la demande en partage et en licitation, en estimant que cet héritier, n’ayant plus de droits résiduels dans la succession après imputation de sa dette, ne pouvait plus prétendre à une quelconque attribution et, partant, ne disposait plus du droit d’agir en partage.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La Cour de cassation valide cette solution et affirme que, lorsqu’un héritier est débiteur envers la succession d’une somme supérieure à sa part successorale, il ne peut lui être fait dans le partage aucune attribution. Dans ces conditions, ses créanciers personnels, agissant par voie oblique, ne sauraient avoir plus de droits que lui. En d’autres termes, non seulement l’héritier ne peut plus prétendre au partage, mais ses créanciers, qui n’ont vocation qu’à exercer par subrogation les droits de leur débiteur, ne peuvent davantage provoquer ce partage pour tenter d’en tirer profit.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La portée de cet arrêt ne saurait cependant être interprétée de manière absolue. Il convient en effet de distinguer l’existence du droit au partage et l’intérêt à agir dans un tel cadre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">D’un point de vue strictement juridique, l’héritier demeure indivisaire tant que le partage n’a pas été réalisé. Il conserve donc, en principe, son droit de provoquer le partage, indépendamment de sa situation patrimoniale. De surcroît, le rapport des dettes est lui-même une opération de partage, et lui refuser ce droit reviendrait à priver l’héritier débiteur d’un mode de règlement favorable de son obligation.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cependant, l’arrêt du 14 décembre 1983 met en lumière une limite tenant à l’absence d’intérêt à agir en partage. Dès lors que l’héritier débiteur ne dispose plus d’aucun droit réel dans la masse successorale, le partage devient, pour lui, une opération dénuée d’effet : il ne saurait obtenir une attribution en biens ou en valeur, et ses créanciers ne pourraient espérer recouvrer une quelconque somme via cette voie. En ce sens, l’arrêt ne nie pas tant un droit abstrait au partage qu’il ne sanctionne une situation où l’héritier n’a rien à revendiquer dans l’indivision.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, l’héritier débiteur peut en principe provoquer le partage, mais lorsque sa dette excède intégralement ses droits successoraux, cette faculté devient théorique et privée d’objet. Son intérêt à agir disparaît dès lors que son allotissement par imputation épuise la totalité de ses droits dans la succession.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’autre enseignement majeur de cette décision réside dans l’impossibilité, pour les créanciers personnels de l’héritier débiteur, d’exercer l’action en partage par voie oblique (art. 1341-1 C. civ.).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’action oblique, qui permet aux créanciers d’un débiteur inactif d’exercer ses droits afin de préserver leur gage, suppose que ce dernier dispose encore d’un droit effectif à faire valoir. Or, en l’absence de tout droit résiduel dans la succession après imputation de sa dette, le partage ne saurait produire pour l’héritier débiteur aucun effet utile. Dès lors, ses créanciers personnels ne sauraient obtenir, par l’exercice d’une action oblique, plus de droits que leur débiteur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans l’arrêt du 14 décembre 1983, la Cour de cassation a expressément refusé aux créanciers d’un héritier débiteur la possibilité de provoquer le partage, au motif que ce dernier ne disposait plus d’aucun droit patrimonial dans la succession.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Il ne s’agit donc pas d’une interdiction de principe d’agir en partage pour un créancier oblique, mais d’une conséquence logique de l’absorption totale des droits successoraux par l’imputation de la dette. Le partage, dans une telle configuration, est dépourvu de substance, puisqu’aucune attribution ne peut être réalisée au profit du débiteur, et, par voie de conséquence, au bénéfice de ses créanciers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’équilibre successoral repose ainsi sur un double constat :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Le partage suppose une répartition effective de l’actif indivis entre les héritiers, ce qui implique que chacun conserve des droits dans la masse successorale.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Lorsqu’un héritier voit ses droits totalement absorbés par l’imputation de sa dette, il ne peut prétendre à aucune attribution et ne peut, en conséquence, procurer à ses créanciers aucune valeur issue de la succession.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans ce contexte, la Cour de cassation veille à éviter toute instrumentalisation de l’action en partage à des fins purement opportunistes. Le partage ne saurait être imposé aux cohéritiers dans un but purement artificiel, dès lors qu’il ne produirait aucun effet utile pour l’héritier débiteur et, par ricochet, pour ses créanciers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Imaginons une succession comprenant :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Un actif net de 500 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Une dette rapportable de 300 000 €, dont l’héritier A est redevable.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Une masse partageable portée à 800 000 € après intégration de cette créance (500 000 € + 300 000 €).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Deux héritiers, A et B, disposant chacun, en théorie, de 400 000 € de droits successoraux.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dans cette configuration :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’imputation en moins prenant absorbe les 400 000 € de droits de A, qui se trouve donc totalement privé de toute attribution effective dans la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Ses créanciers personnels tentent alors d’exercer son droit au partage par voie oblique, espérant recouvrer des fonds sur la masse successorale.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, comme A n’a plus aucun droit résiduel dans l’indivision, le partage ne leur apporterait rien.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Dès lors, en application de l’arrêt du 14 décembre 1983, ces créanciers ne peuvent obtenir le partage, car ils ne sauraient revendiquer plus de droits que leur débiteur. L’action oblique, qui vise normalement à pallier l’inertie du débiteur, se heurte ici à l’absence même de droit à faire valoir.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En refusant aux créanciers personnels de l’héritier débiteur la possibilité d’agir en partage, la Cour de cassation préserve la stabilité des opérations successorales. Une solution inverse aurait conduit à une immixtion excessive des créanciers dans le règlement des successions, au mépris des droits des autres cohéritiers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ce mécanisme permet ainsi d’éviter deux écueils majeurs :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’exploitation opportuniste du droit au partage par des créanciers extérieurs à la succession, qui chercheraient à imposer un partage sans que leur débiteur puisse en tirer le moindre bénéfice.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">L’instabilité successorale, qui pourrait résulter d’actions répétées des créanciers tentant de forcer un partage alors même qu’aucune valeur n’est recouvrable pour eux.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La portée de cet arrêt est donc claire : le droit au partage est un droit successoral attaché à la qualité d’héritier, et non un outil à la disposition des créanciers pour forcer un partage dénué d’objet. Dès lors que l’imputation de la dette épuise totalement les droits successoraux de l’héritier concerné, le partage perd toute finalité économique et ne peut être sollicité ni par lui, ni par ses créanciers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>c. </b><span style="text-decoration: underline;"><b>Cas particulier des créances croisées entre copartageants</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 867 du Code civil prévoit que le mécanisme de la compensation joue lorsque le copartageant débiteur dispose lui-même d’une créance à faire valoir contre la succession. Avant toute imputation, un solde est établi, permettant d’opérer une neutralisation partielle des dettes et créances respectives.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Imaginons que A soit à la fois débiteur et créancier de la succession :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A doit 50 000 € à la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">A détient aussi une créance de 20 000 € contre la succession (par exemple, une somme qu’il avait avancée pour payer les frais funéraires).</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Mise en œuvre de la compensation :</i></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">La créance de 20 000 € est déduite de la dette de 50 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Après compensation, A ne doit plus que 30 000 € à la succession.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Cette somme sera alors intégrée dans la masse partageable et imputée sur ses droits successoraux.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Grâce à cette compensation préalable, A évite une double imputation, ce qui garantit une neutralité économique et une répartition fidèle à la réalité des obligations respectives.</span></p>
<p><b>2. <span style="text-decoration: underline;">L’alternative au rapport en moins prenant : les prélèvements</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si le rapport en moins prenant demeure la méthode privilégiée pour assurer l’exécution du rapport des dettes, il n’est pas toujours réalisable. En particulier, dans le cadre d’un partage judiciaire impliquant un tirage au sort des lots, l’attribution de la créance au copartageant débiteur devient impossible (art. 826 C. civ.). Dans une telle configuration, il est alors nécessaire d’avoir recours à une méthode alternative, celle des prélèvements, qui permet de rétablir l’égalité entre les copartageants tout en assurant la répartition des biens successoraux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Contrairement au rapport en moins prenant, qui repose sur une imputation directe de la dette au sein du lot du débiteur, la technique des prélèvements repose sur une logique inverse : ce sont les autres héritiers qui prélèvent, sur la masse successorale, une valeur équivalente au montant de la dette rapportable avant toute répartition.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En d’autres termes, au lieu d’attribuer la créance au copartageant débiteur et de réduire son lot en conséquence, les cohéritiers non débiteurs effectuent un prélèvement compensatoire, ce qui diminue d’autant l’actif successoral disponible pour être partagé. Ce mécanisme permet ainsi d’intégrer la dette au processus de partage sans avoir à l’allouer directement au débiteur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Imaginons une succession comprenant les éléments suivants :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Un immeuble évalué à 300 000 € ;</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Des liquidités s’élevant à 60 000 € ;</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Une dette rapportable de 40 000 €, dont l’héritier A est débiteur.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En raison d’un désaccord entre les cohéritiers, le partage ne peut être réalisé à l’amiable et doit être effectué judiciairement par tirage au sort des lots. Or, dans ce cadre, l’imputation directe de la dette au sein du lot de A devient impossible, car un tel mécanisme supposerait que A puisse être alloti précisément du lot contenant la créance, ce qui n’est pas garanti lors d’un tirage au sort.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Solution retenue : le prélèvement compensatoire</i></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Masse successorale initiale : 360 000 € (300 000 € + 60 000 €).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Prélèvement compensatoire réalisé par B : 40 000 €.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Masse résiduelle à partager : 320 000 € (360 000 € – 40 000 €).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Droits de chaque héritier après prélèvement : 160 000 € chacun.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Constitution de deux lots équivalents à 160 000 € chacun, permettant ainsi le tirage au sort, conformément aux règles du partage judiciaire.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, la dette de A a bien été neutralisée au sein de la succession, sans qu’il soit nécessaire de lui en allouer directement la charge. L’équilibre successoral est maintenu, chaque cohéritier recevant sa juste part, tandis que l’incertitude liée au tirage au sort est évitée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si le prélèvement constitue une solution technique efficace, il demeure rarement mis en œuvre en raison des nombreux inconvénients qu’il présente.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le premier écueil de cette méthode tient à son effet réducteur sur l’actif successoral. En effet, en permettant aux cohéritiers non débiteurs d’opérer un prélèvement compensatoire, la technique diminue la masse des biens à partager, ce qui peut engendrer des difficultés de répartition.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><b><i>Exemple</i></b></span><b><i> :</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si la succession comprend un bien immobilier d’une valeur de 300 000 € et des liquidités de 60 000 €, un prélèvement de 40 000 € sur la masse successorale réduit la part disponible, risquant ainsi d’entraîner la vente forcée du bien pour assurer une égalité entre les héritiers.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En comparaison, le rapport en moins prenant évite cette difficulté en maintenant l’intégralité de la masse successorale intacte, puisque la dette est imputée directement sur le lot du débiteur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le prélèvement suppose nécessairement :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Une évaluation précise des biens successoraux afin de déterminer la valeur exacte du prélèvement compensatoire.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Un accord entre les héritiers sur la méthode de compensation.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Or, en pratique, la valorisation des biens peut être contestée, notamment lorsque la succession comporte des actifs immobiliers, dont la valeur fluctue selon les conditions du marché. L’absence de consensus sur le bien sur lequel doit porter le prélèvement risque alors de prolonger inutilement le règlement successoral.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><b><i>Illustration</i></b></span><b> :</b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si la succession comprend deux immeubles d’une valeur estimée à 150 000 € chacun, un héritier pourrait contester l’attribution d’un immeuble entier en compensation du prélèvement, au motif que sa valeur réelle excède le montant de la dette rapportable.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le prélèvement modifie l’équilibre initialement prévu par les règles successorales, en créant un déséquilibre dans la répartition des biens.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, un héritier bénéficiant du prélèvement pourrait recevoir des biens de moindre valeur ou se voir contraint d’accepter un bien qu’il ne souhaitait pas initialement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">De plus, cette méthode introduit un risque de contentieux, les héritiers pouvant contester le bien-fondé du prélèvement ou la modalité de répartition des biens résiduels.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><b>C) </b><span style="text-decoration: underline;"><b>L’effet de l’exécution du rapport des dettes</b></span></p>
<p><b>1. <span style="text-decoration: underline;">L’impact sur la masse partageable</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’exécution du rapport des dettes entraîne une modification immédiate de la composition de la masse partageable. Conformément à l’article 864, alinéa 1??, du Code civil, lorsque la succession comprend une créance à l’encontre de l’un des héritiers, cette créance est réintégrée dans la masse successorale et attribuée au débiteur à concurrence de ses droits. Cette réintégration a une incidence purement comptable : elle majore artificiellement l’actif successoral sans pour autant entraîner un apport effectif de fonds.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’objectif du mécanisme est double :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><b><i>Préserver l’égalité entre les cohéritiers</i></b><span style="font-weight: 400;"> en évitant qu’un héritier débiteur bénéficie d’un avantage indu en ne rapportant pas les sommes dont il a profité.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><b><i>Empêcher un appauvrissement de la succession</i></b><span style="font-weight: 400;"> qui résulterait d’un remboursement immédiat, lequel pourrait imposer une cession forcée de biens successoraux.</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cependant, il convient de noter que cette intégration comptable ne modifie pas la consistance des biens à partager. Elle se traduit par une augmentation arithmétique de la masse successorale, sans affecter la composition physique du patrimoine, sauf lorsque le solde de la dette excède les droits de l’héritier débiteur, auquel cas celui-ci demeure redevable du reliquat envers la succession.</span></p>
<p><b>2. <span style="text-decoration: underline;">L’application du principe du nominalisme monétaire</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le rapport des dettes est soumis au principe du nominalisme monétaire, consacré à l’article 1895 du Code civil, selon lequel « </span><i><span style="font-weight: 400;">l&#8217;obligation qui résulte d&#8217;un prêt en argent n&#8217;est toujours que de la somme énoncée au contrat</span></i><span style="font-weight: 400;"> ». </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, lorsqu’un copartageant est débiteur envers l’indivision, il ne doit rapporter que le montant nominal de sa dette, sans réévaluation en fonction de l’évolution monétaire ou de la valeur du bien acquis grâce aux fonds empruntés. Ce principe, consacré par la jurisprudence, a été renforcé par la loi du 23 juin 2006, qui a clairement distingué le rapport des dettes du rapport des libéralités.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’application du nominalisme monétaire dans le rapport des dettes entre copartageants</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Bien que le nominalisme monétaire soit une règle de droit commun en matière d’obligations pécuniaires, il revêt une importance particulière dans le cadre de l’indivision. Lorsqu’un copartageant a une dette envers l’indivision, celle-ci doit être intégrée dans la masse partageable pour son montant nominal, sans que sa valeur puisse être réajustée en fonction d’événements postérieurs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La réforme du 23 juin 2006 a permis de clarifier cette règle. Sous l’ancien régime, l’article 869 du Code civil prévoyait que le rapport d’une somme d’argent devait s’effectuer pour son montant nominal, sauf si cette somme avait servi à l’acquisition d’un bien. Dans ce cas, le rapport devait être effectué pour la valeur du bien acquis au jour du partage. Ce mécanisme, qui s’appliquait au rapport des libéralités, avait un temps été étendu au rapport des dettes, générant une confusion entre ces deux notions (</span><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ. 18 janv. 1989</span></i><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Désormais, avec la suppression de l’ancien article 869 et son remplacement par l’article 860-1 du Code civil, seul le rapport des libéralités est susceptible de faire l’objet d’une revalorisation en fonction de la valeur du bien acquis grâce à la somme rapportable. Le rapport des dettes, quant à lui, demeure exclusivement régi par le nominalisme monétaire. Ainsi, même si les fonds empruntés ont permis d’acquérir un bien dont la valeur a fortement évolué, le copartageant débiteur n’est tenu de rapporter que la somme nominale de la dette initiale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La jurisprudence a confirmé l’application stricte du nominalisme monétaire au rapport des dettes à l’occasion d’un arrêt de principe rendu par la première chambre civile de la Cour de cassation le 29 juin 1994 (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007032830" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 29 juin 1994, n°92-15.253</span></i></a><span style="font-weight: 400;">). Cet arrêt a définitivement écarté l’application de l’ancien article 869 du Code civil, qui régissait le rapport des libéralités, au rapport des dettes entre copartageants. Désormais, aucune revalorisation des dettes rapportables n’est admise, quelle que soit la destination des fonds empruntés.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’affaire soumise à la Haute juridiction illustre parfaitement cette nouvelle règle. Il s’agissait d’un prêt d’un million de francs consenti par un père à son fils pour l’acquisition d’un immeuble. Après le décès du prêteur, l’indivision successorale se retrouvait créancière de cette somme. Un litige s’éleva entre les cohéritiers quant aux modalités de rapport de cette dette : fallait-il l’imputer pour son montant nominal, ou devait-on, par analogie avec le rapport des libéralités d’argent, tenir compte de la valeur actuelle du bien acquis grâce aux fonds prêtés ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La cour d’appel avait retenu que l’indivision était créancière de la somme nominale d’un million de francs, correspondant au montant initial du prêt, sans revalorisation. La Cour de cassation a censuré cette décision en affirmant que « </span><i><span style="font-weight: 400;">si le rapport des dettes prévu par l’article 829 du Code civil n&#8217;est qu&#8217;une technique de règlement qui n&#8217;obéit pas aux règles de l&#8217;article 869 du même Code, lequel concerne exclusivement le rapport des libéralités, le cohéritier débiteur n&#8217;en doit pas moins réaliser le rapport de sa dette en moins prenant, par imputation sur sa part, et non en effectuer le paiement</span></i><span style="font-weight: 400;"> ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Deux enseignements peuvent être tirés de cette décision :</span><b></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Premier enseignement</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Contrairement aux libéralités, dont le rapport peut être effectué en valeur, le rapport des dettes se fait uniquement pour son montant nominal.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’ancien article 869 du Code civil, qui prévoyait une exception pour les libéralités ayant servi à financer l’acquisition d’un bien, ne saurait s’appliquer aux dettes.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Second enseignement</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’héritier ou le copartageant débiteur ne doit pas effectuer un paiement, mais uniquement une imputation sur sa part dans l’indivision, à hauteur de la dette existante.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En d’autres termes, quelle que soit la finalité du prêt, celui-ci demeure soumis au principe du nominalisme monétaire. Ainsi, quand bien même l’immeuble acquis grâce aux fonds empruntés aurait vu sa valeur évoluer entre le moment du prêt et celui du partage, cette fluctuation ne saurait être prise en compte. La dette demeure rapportable pour son montant nominal, et non pour la valeur du bien acquis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Par cette décision, la Cour de cassation a ainsi confirmé une jurisprudence constante, refusant toute assimilation entre prêt et libéralité, et affirmant que le rapport des dettes constitue une opération purement comptable, déconnectée de la variation de valeur des biens acquis grâce aux sommes prêtées.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’exclusion de l’application du valorisme monétaire dans le rapport des dettes entre copartageants</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’indépendance du rapport des dettes à l’égard du rapport des libéralités s’explique par leur nature fondamentalement distincte. Tandis que le rapport des libéralités tend à rétablir l’égalité entre les copartageants en tenant compte de la valeur réelle des biens transmis, le rapport des dettes repose exclusivement sur une logique comptable. Il ne poursuit d’autre finalité que l’intégration des créances existantes contre l’un des copartageants dans la masse partageable, sans altérer la consistance des biens à répartir.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’application du nominalisme monétaire à cette opération se justifie par plusieurs considérations. Tout d’abord, une dette ne saurait être assimilée à un avantage consenti à titre gratuit. Alors qu’une libéralité modifie de manière définitive la structure patrimoniale du gratifié, en augmentant son patrimoine sans contrepartie, une dette crée une obligation de remboursement, qui empêche de la considérer comme une libéralité. Il serait donc incohérent de soumettre ces deux mécanismes à une même règle d’évaluation, d’autant que le rapport des libéralités répond à une finalité d’équité entre les copartageants, tandis que le rapport des dettes vise simplement à organiser la répartition des droits successoraux ou indivis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le principe du nominalisme monétaire trouve également sa justification dans le fait que le copartageant débiteur conserve toujours la possibilité de s’exécuter par un paiement volontaire avant le partage. Tant que l’indivision subsiste, il peut solder sa dette en numéraire, ce qui lui permet de ne pas être alloti de sa créance dans le partage. Dès lors, il serait illogique que le montant de la dette rapportable varie selon qu’elle est réglée par paiement ou par imputation. Cette analyse a d’ailleurs été confirmée par la jurisprudence, qui a rappelé que la dette rapportable ne peut être réévaluée et qu’elle doit être imputée à son montant nominal, conformément au principe du nominalisme monétaire (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007370153" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1?? civ. 13 janv. 1998, n°96-11.688</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Enfin, l’application stricte de ce principe implique que, même si les fonds empruntés ont été utilisés pour acquérir un bien dont la valeur a fortement évolué depuis l’octroi du prêt, le copartageant débiteur ne saurait être tenu de rapporter une somme supérieure à celle qu’il a initialement reçue. Peu importe l’appréciation ou la dépréciation éventuelle de l’actif financé, la dette demeure évaluée à sa valeur nominale, sans prise en compte de la destination des fonds. C’est ainsi que le rapport des dettes s’affirme comme une opération purement comptable, déconnectée de toute logique de réajustement patrimonial entre les copartageants.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’exception des dettes de valeur</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Si le principe du nominalisme monétaire constitue la règle générale en matière de rapport des dettes, certaines créances échappent par nature à cette logique et doivent être évaluées selon d’autres critères. Il s’agit de dettes dont l’objet présente une variabilité intrinsèque, qu’il s’agisse de leur libellé en monnaie étrangère, de leur indexation sur un indice ou encore de leur exécution en nature. Ces situations dérogatoires illustrent les limites du nominalisme monétaire et la nécessité d’adopter une approche plus souple pour garantir une évaluation conforme à la réalité économique du partage.</span><b></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Les dettes libellées en devises étrangères</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Lorsqu’une dette rapportable est contractée en monnaie étrangère, son évaluation ne saurait s’opérer en appliquant rigoureusement le nominalisme monétaire, sous peine d’introduire un décalage significatif entre la valeur initiale de l’obligation et son montant actualisé au moment du partage. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Il est en effet admis que le règlement d’une telle dette doit tenir compte du taux de change en vigueur au jour du partage, et non de celui applicable au jour de la naissance de l’obligation.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette solution a été consacrée par la jurisprudence, notamment par un arrêt du 10 juin 1976 aux termes duquel la Cour de cassation a jugé qu’une dette libellée en dollars devait être évaluée à la date de son règlement et non à sa valeur en francs français au moment de son octroi (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000006996773" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ. 10 juin 1976, n°75-10.798</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, un copartageant débiteur d’une somme en monnaie étrangère ne rapportera pas nécessairement l’équivalent en euros de ce qu’il devait lors de la naissance de l’obligation, mais la somme convertie sur la base du taux de change applicable au jour du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette exception se justifie par la nature fluctuante des devises, dont la valeur est susceptible d’évoluer de manière significative entre la date de contraction de la dette et celle de son règlement. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">En fixant l’évaluation au jour du partage, la jurisprudence entend assurer une équivalence économique entre les parties, en prenant en compte la réalité monétaire du moment où la dette est effectivement apurée.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Les dettes indexées</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Certaines dettes rapportables sont assorties d’une clause d’indexation, prévoyant une revalorisation automatique en fonction d’un indice de référence, tel que l’inflation, le coût de la construction ou un indice sectoriel spécifique.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Dans ces cas, l’application stricte du nominalisme monétaire serait contraire à la volonté des parties et à la nature même de l’obligation, qui a vocation à évoluer dans le temps afin de refléter une valeur actualisée.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, lorsqu’un copartageant est tenu de rapporter une dette indexée, son montant sera nécessairement ajusté en fonction de l’indice applicable au jour du partage. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Loin d’être une remise en cause du principe du nominalisme monétaire, cette exception trouve son fondement dans la nature même de l’engagement souscrit, qui implique une réévaluation systématique et contractuellement prévue.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’application de cette règle se rencontre fréquemment dans les dettes résultant de contrats de prêt assortis d’une clause de révision du taux d’intérêt ou d’obligations financières indexées sur des indices économiques.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Dans ces hypothèses, le copartageant débiteur ne pourra rapporter sa dette qu’à hauteur de son montant réévalué, conformément aux conditions initiales de l’obligation.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Les obligations de restitution en nature</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Enfin, certaines dettes rapportables ne peuvent être réduites à une simple somme d’argent et impliquent une restitution en nature.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Il en va ainsi lorsque l’obligation porte sur un bien déterminé, tel qu’un objet d’art, des titres financiers ou un actif dont la valeur intrinsèque est fluctuante.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Dans ces cas, le principe du nominalisme monétaire cède nécessairement le pas au valorisme, l’évaluation devant tenir compte de la valeur réelle du bien au jour du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Prenons l’exemple d’un copartageant ayant reçu en prêt une collection de tableaux, dont il est tenu de restituer l’équivalent patrimonial lors du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Si ces œuvres ont vu leur valeur s’accroître de manière significative au fil des années, la dette ne pourra être évaluée à hauteur de la somme nominale initialement convenue.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’évaluation devra s’opérer en fonction de la valeur vénale des œuvres au jour du partage, afin d’assurer un règlement conforme à la consistance réelle de la masse successorale.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">De même, lorsqu’un copartageant est tenu de restituer des titres financiers ou des actifs soumis à une fluctuation de valeur, l’évaluation doit nécessairement tenir compte de la cotation en vigueur au moment du partage.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">L’application stricte du nominalisme monétaire conduirait à des distorsions manifestes, en obligeant le débiteur à rapporter une somme sans lien avec la valeur actuelle du bien concerné.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ces exceptions, bien que résultant de cas très spécifiques, révèlent que le nominalisme monétaire n’est pas une règle absolue et qu’il peut céder dans certaines situations où l’évaluation monétaire stricte ne reflète pas la réalité patrimoniale du partage. Toutefois, ces tempéraments concernent uniquement des dettes dont l’objet présente une variabilité intrinsèque, et ne remettent aucunement en cause l’application du principe du nominalisme monétaire aux dettes de sommes d’argent.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">En définitive, si les dettes libellées en devises étrangères, les obligations indexées et les restitutions en nature échappent au nominalisme monétaire, ce principe joue pour toutes les dettes strictement pécuniaires, qui restent soumises aux dispositions de l’article 1895 du Code civil. C’est ainsi que le droit positif maintient une distinction nette entre les dettes de sommes d’argent, qui restent évaluées à leur valeur nominale, et les dettes de valeur, dont l’évaluation doit tenir compte des fluctuations affectant leur objet.</span><b></b></p>
<p><b>3. <span style="text-decoration: underline;">La production d’intérêts sur les dettes rapportables</span></b><b></b></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 866 du Code civil instaure un régime autonome régissant la production d’intérêts sur les dettes rapportables. Il s’agit d’une évolution notable, car, sous l’empire du droit antérieur, la jurisprudence appliquait de manière indifférenciée aux dettes et aux libéralités rapportables les règles de l’article 856 du Code civil, lequel prévoit que les fruits des choses sujettes à rapport sont dus à compter de l’ouverture de la succession. Désormais, les dettes rapportables obéissent à des règles propres, qui tiennent compte de leur origine et de leur nature.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Une production d’intérêts de plein droit, au taux légal ou conventionnel</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’alinéa premier de l’article 866 du Code civil dispose que les dettes rapportables produisent intérêt au taux légal, sauf stipulation contraire. Il en résulte que, même si l’obligation initiale n’était pas productrice d’intérêts avant l’ouverture de la succession, elle le devient de plein droit dès lors qu’elle est soumise au mécanisme du rapport.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette solution, appliquée de façon constante par la jurisprudence (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007419500/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 15 mai 2001, n°99-10.286</span></i></a><span style="font-weight: 400;">), a été expressément consacrée par le législateur. Les intérêts sont dus sans qu’une mise en demeure soit nécessaire, ce qui distingue ces obligations des dettes civiles ordinaires.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, les coïndivisaires conservent la faculté de convenir d’un taux distinct du taux légal, sous réserve du respect des limites fixées par les règles relatives au taux d’usure. Ainsi, si le de cujus avait prévu contractuellement un taux d’intérêt supérieur ou inférieur au taux légal pour la dette concernée, cette stipulation demeure applicable, conformément au principe de la force obligatoire du contrat.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>Le point de départ des intérêts</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">L’article 866 du Code civil distingue selon que la dette rapportable est née avant la constitution de l’indivision ou qu’elle est survenue en cours d’indivision.</span><b></b></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Les dettes préexistantes à l’indivision</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Lorsque la dette existait avant l’ouverture de l’indivision – que celle-ci résulte d’un décès, d’un divorce, d’une dissolution de PACS ou de la cessation d’une indivision conventionnelle – les intérêts commencent à courir dès la constitution de l’indivision.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette règle assure la continuité du régime juridique des créances détenues contre un copartageant et s’inscrit dans la lignée des solutions jurisprudentielles antérieures, qui admettaient déjà que les créances préexistantes à l’indivision produisent intérêts dès le jour de la naissance de celle-ci (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007466439" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ, 8 juin 2004, n°01-15.044</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, un indivisaire débiteur d’une somme envers l’indivision au jour de sa constitution ne peut différer le cours des intérêts : la dette est réputée immédiatement exigible à l’égard des autres copartageants, ce qui justifie l’application du taux légal dès la naissance de l’indivision.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li aria-level="1"><b>Les dettes nées en cours d’indivision</b></li>
</ul>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="list-style-type: none;">
<ul>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Lorsque la dette naît après la constitution de l’indivision, les intérêts ne courent qu’à compter du jour où elle devient exigible. </span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Cette solution, désormais consacrée par l’article 866 du Code civil, rompt avec la jurisprudence antérieure, qui, dans certains cas, admettait que les intérêts puissent courir dès la constitution de l’indivision, même lorsque la dette lui était postérieure (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007052707" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 5 avr. 2005, n°01-12.810 et 01-15.367</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Désormais, le texte met fin à cette incertitude en retenant une règle claire et sécurisante : tant qu’une dette contractée par un indivisaire dans le cadre de l’indivision n’est pas exigible, elle ne produit pas d’intérêts.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="2"><span style="font-weight: 400;">Ce principe permet d’éviter qu’un copartageant se voie imposer des intérêts moratoires alors même qu’il n’a pas encore été mis en demeure d’exécuter son obligation.</span></li>
</ul>
</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Il peut être observé que lorsque le montant de la dette n’est pas déterminé au jour de la constitution de l’indivision, les intérêts ne peuvent courir qu’à compter de la fixation de son montant. Ce principe, dégagé par la jurisprudence (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007018140" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 27 janv. 1987, n°85-15.336</span></i></a><span style="font-weight: 400;">), repose sur une considération de bon sens : il serait manifestement inéquitable d’exiger des intérêts sur une obligation dont l’assiette demeure indéterminée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Cette règle trouve notamment à s’appliquer dans les situations où le montant de la dette fait l’objet d’une contestation entre copartageants ou lorsque son évaluation nécessite un processus préalable (par exemple, lorsqu’il s’agit d’une dette de valeur liée à un actif dont la valorisation est fluctuante). Dans ces hypothèses, les intérêts ne commencent à courir qu’à compter du moment où la dette est définitivement liquidée, en cohérence avec la nature indemnitaire des intérêts moratoires.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’anatocisme</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Le mécanisme de l’anatocisme – c’est-à-dire la capitalisation des intérêts pour produire eux-mêmes des intérêts – est admis dans le cadre du rapport des dettes. Cette solution trouve son fondement dans l’ancien article 1154 du Code civil (devenu l’article 1343-2), ainsi que dans une jurisprudence bien établie (</span><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000007012515" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Cass. 1</span></i><i><span style="font-weight: 400;">ère</span></i><i><span style="font-weight: 400;"> civ., 19 oct. 1983, n° 82-11.982</span></i></a><span style="font-weight: 400;">).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Toutefois, l’anatocisme ne saurait s’appliquer automatiquement. Il suppose :</span></p>
<ul style="text-align: justify;">
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Que les intérêts soient dus pendant au moins une année entière avant de pouvoir être capitalisés.</span></li>
<li style="font-weight: 400;" aria-level="1"><span style="font-weight: 400;">Qu’une demande expresse soit formulée par l’un des copartageants pour obtenir la capitalisation des intérêts (Civ. 1??, 23 mars 1994, n° 92-13.345).</span></li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Ainsi, bien que le rapport des dettes puisse donner lieu à une production d’intérêts capitalisables, leur accumulation reste strictement encadrée et soumise à des conditions précises.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">==&gt;</span><span style="text-decoration: underline;"><b>L’assiette des intérêts</b></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Enfin, l’assiette des intérêts doit être précisément définie. Toutes les dettes rapportables ne produisent pas nécessairement intérêts sur l’intégralité de leur montant. Seules les sommes excédant les droits du copartageant débiteur dans la masse indivise génèrent des intérêts.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">La jurisprudence a confirmé cette solution en jugeant que seules les dettes restant exigibles après imputation sur les droits dans l’indivision sont productives d’intérêts (CA Paris, 23 oct. 1986).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-weight: 400;">Autrement dit, lorsqu’un copartageant est débiteur envers l’indivision, la compensation entre sa dette et ses droits indivis s’opère en priorité. Ce n’est qu’à hauteur du solde demeurant exigible après compensation que des intérêts seront dus. Cette règle vise à éviter qu’un copartageant, bien que débiteur, ne soit excessivement pénalisé par une accumulation d’intérêts sur une dette qui, pour partie, s’impute naturellement sur ses droits dans l’indivision.</span></p>
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