Les effets de l'action en répétition de l'indu
Restitution à la charge de l'accipiens, modulation selon la bonne foi et correctif de la faute du solvens — régime refondu par la réforme du droit des obligations de 2016.
L'obligation de restitution incombant à l'accipiens
Tout paiement dépourvu de cause juridique engendre, au profit de celui qui l'a effectué, un droit à récupérer la valeur transférée. L'accipiens se retrouve ainsi débiteur d'une obligation de restitution dont le contenu varie selon la nature de la chose reçue, la manière dont elle a été utilisée et, au premier chef, l'état de conscience dans lequel le récipiendaire se trouvait lors de la perception. La réforme opérée par l'ordonnance du 10 février 2016 a organisé un chapitre autonome — les articles 1352 et suivants du Code civil — gouvernant l'ensemble du régime des restitutions, auquel renvoie l'article 1302-3.
Principe — Le traitement préalable des impenses
Avant d'aborder le quantum de la restitution proprement dite, il convient de régler le sort des impenses, c'est-à-dire des dépenses engagées par l'accipiens pour le bien indûment reçu. Deux catégories méritent attention : les dépenses de conservation, remboursables intégralement, et les dépenses d'amélioration, remboursables dans la seule mesure de la plus-value effectivement constatée au moment où la restitution intervient.
Il appartient au solvens qui récupère le bien de rembourser à l'accipiens les dépenses nécessaires à sa conservation, ainsi que celles qui en ont augmenté la valeur, dans la limite de la plus-value appréciée au jour de la restitution. Cette règle est indifférente à la bonne ou mauvaise foi : elle garantit que le solvens ne s'approprie pas indûment les efforts et les investissements de celui qui a détenu le bien.
La logique de cette disposition est celle d'un équilibre bilans : la restitution ne saurait être un instrument d'enrichissement pour le solvens. Partant, la nature objective de la règle — indifférente à la bonne ou mauvaise foi — protège l'accipiens contre les conséquences financières d'une détention dont il n'était pas responsable de la survenance.
L'influence déterminante de la bonne ou mauvaise foi
L'accipiens est de bonne foi lorsqu'au moment de percevoir le paiement, il ignorait tout du caractère non dû de ce qu'il recevait. La bonne foi est présumée en application de l'article 2274 du Code civil : il incombe au solvens de renverser cette présomption. Par ailleurs, l'appréciation de la bonne ou mauvaise foi s'effectue en se plaçant du seul côté de l'accipiens — l'état d'esprit du solvens étant, à ce stade, sans pertinence.
La mauvaise foi est constituée dès lors que l'accipiens savait ne pas être créancier de la prestation reçue. Elle peut également résulter de la connaissance d'une contestation en cours : ainsi, l'accipiens qui perçoit des sommes litigieuses tout en ayant connaissance du différend ne peut se prévaloir d'une quelconque ignorance. Quoi qu'il en soit, ni la bonne foi ni la mauvaise foi ne dispensent de restituer : la répétition est due dans tous les cas, et l'exigence d'un préjudice personnel du solvens est inopérante.
Le législateur ménage une faveur à qui a détenu le bien dans la croyance légitime d'en être propriétaire :
- Intérêts, fruits et valeur de jouissance : exigibles seulement à compter du jour de l'introduction de la demande (art. 1352-7)
- Chose vendue : seul le prix encaissé lors de l'aliénation est restitué (art. 1352-2, al. 1er)
- Chose aliénée à titre gratuit : aucune restitution n'est due
- Dégradation sans faute personnelle : exonération de l'obligation de compenser (art. 1352-1)
Quiconque a reçu en sachant ne pas y avoir droit supporte un régime nettement plus sévère :
- Intérêts, fruits et valeur de jouissance : rétroactivement dus depuis la date même du paiement indu
- Chose vendue : si la valeur réelle excède le prix de cession, c'est cette valeur — au jour de la restitution — qui s'impose (art. 1352-2, al. 2)
- Dommages-intérêts complémentaires : possibles en sus du principal si un préjudice distinct est démontré
- Transmission aux héritiers : la mauvaise foi se perpétue dans la ligne successorale
Il appartient de préciser que l'accipiens initialement de bonne foi bascule en mauvaise foi au moment précis où il prend connaissance du caractère indu. Cette prise de conscience peut procéder d'une sommation de payer qui lui est adressée ou, à défaut de mise en demeure formelle, de la connaissance qu'il acquiert de l'instance judiciaire engagée par le solvens. Dès cet instant, les accessoires lui deviennent comptables.
Illustrations jurisprudentielles de la mauvaise foi
Les juges du fond apprécient souverainement la mauvaise foi selon les circonstances propres à chaque affaire. La jurisprudence offre une casuistique abondante ; en voici les principaux jalons :
Conformément à la règle le mort saisit le vif, les héritiers sont tenus d'assumer la situation juridique de leur auteur : bonne foi et mauvaise foi se transmettent dans la succession. L'héritier d'un accipiens de mauvaise foi ne peut ainsi invoquer sa propre ignorance pour prétendre au traitement favorable réservé à l'accipiens de bonne foi.
Les modalités concrètes d'exécution de la restitution
L'article 1352 du Code civil pose le cadre général : il appartient à celui qui restitue de rendre la chose elle-même lorsque cela est possible, ou sa valeur dans le cas contraire. Pour les corps certains, la restitution s'opère à l'identique ; pour les choses de genre, seule leur individualisation préalable permettrait une restitution en nature — à défaut, c'est l'équivalent monétaire qui prévaut. Le versement d'une somme d'argent à titre de paiement indu relève, quant à lui, d'une restitution en valeur, le débiteur devant rendre le montant nominal reçu, l'érosion monétaire étant absorbée par l'accipiens faute d'indexation.
Tableau synoptique des modalités de restitution
| Situation | Bonne foi de l'accipiens | Mauvaise foi de l'accipiens | Texte applicable |
|---|---|---|---|
| Chose en nature conservée | Restitution en nature ; exonéré si dégradation sans faute personnelle | Restitution + compensation intégrale des dégradations | Art. 1352 / 1352-1 |
| Chose vendue par l'accipiens | Seul le prix encaissé lors de la cession est restitué | Valeur réelle au jour de la restitution si elle excède le prix de cession | Art. 1352-2 |
| Chose aliénée à titre gratuit | Aucune restitution due | Valeur estimée au jour de la restitution | Art. 1352-2, al. 1er |
| Somme d'argent | Montant nominal + intérêts légaux et taxes acquittées, à compter de la demande | Montant nominal + intérêts légaux à compter de la date du paiement originel | Art. 1352-6 / 1352-7 |
| Prestation de service | Restitution en valeur appréciée à la date à laquelle la prestation a été fournie (art. 1352-8) | Art. 1352-8 | |
| Incapable (mineur / majeur protégé) | Restitution limitée au profit effectivement retiré de l'acte au moment de l'exercice de l'action (art. 1352-4) | Art. 1352-4 | |
Point de départ des intérêts : le flux chronologique selon la bonne foi
Naissance de l'obligation de restitution à la charge de l'accipiens. Le solvens est fondé à agir sans avoir à justifier d'un quelconque préjudice propre.
Deux régimes s'ouvrent selon que l'accipiens ignorait ou non le caractère non dû de ce qu'il percevait au moment de la réception.
Les intérêts légaux, fruits perçus et valeur de jouissance ne sont exigibles qu'à partir du jour de l'introduction de l'action (art. 1352-7). L'accipiens, constitué de mauvaise foi par la demande, en devient débiteur à cet instant précis.
Les intérêts courent de plein droit à compter de la réception originelle, dispensant le solvens d'une mise en demeure préalable. Ils ne peuvent cependant remonter au-delà de cette date de perception.
Lorsque l'accipiens a perçu les sommes en exécution d'une décision de justice revêtue de l'exécutoire, les intérêts moratoires ne courent qu'à compter de la notification de la décision réformatrice ou infirmative, valant mise en demeure (Cass. ass. plén., 3 mars 1995).
Il incombe aux juges de rechercher dans quelle mesure la prestation a profité à l'incapable pour fixer l'étendue de sa dette. Quiconque prête une somme à un mineur sans observer les formalités protectrices ne saurait en exiger la restitution intégrale si les fonds n'ont pas tourné à l'entier profit de l'incapable. La réduction proportionnelle au profit retiré constitue ainsi une protection procédurale propre à la situation de vulnérabilité.
Il résulte du régime des restitutions que l'annulation d'une convention d'ouverture de compte courant entraîne la restitution des sommes correspondant au solde du compte, à l'exclusion de tous autres frais et intérêts conventionnels. L'annulation de la convention-cadre produit ainsi un effet restitutoire limité au seul solde comptable, sans extension aux accessoires contractuels.
Synthèse : L'obligation de restitution est absolue dans son principe mais graduée dans son contenu selon la bonne ou mauvaise foi de l'accipiens. À suivre : l'accipiens n'est pas seul mis en cause — la faute du solvens peut, en retour, réduire ou même effacer sa propre dette de restitution.
L'incidence de la faute du solvens sur le droit à répétition
L'article 1302-3, alinéa 2, du Code civil attribue désormais au juge le pouvoir d'atténuer l'obligation restitutoire lorsque la démarche erronée du solvens a elle-même contribué à la survenance du paiement indu. Cette règle positive marque l'aboutissement d'une longue évolution prétorienne qui avait progressivement dégagé le rôle correctif de la faute dans le mécanisme restitutoire.
Principe — Indifférence de la faute à la recevabilité de l'action
La jurisprudence est ferme sur un point : la faute commise par le solvens lors du paiement — même constitutive de négligence caractérisée — ne constitue pas un obstacle d'ordre procédural permettant de déclarer son action irrecevable. L'article 1302-1 du Code civil consacre cette solution. Il en va différemment, toutefois, de la faute volontaire ou de la faute pénale : un paiement accompli en pleine connaissance de cause peut être assimilé à une libéralité déguisée, susceptible de priver le solvens de son droit à répétition.
À noter : la doctrine s'interroge sur le point de savoir si une erreur tellement inexcusable de la part du solvens qu'elle peut être regardée comme un paiement fait en connaissance de cause devrait constituer une véritable obstacle de procédure privant le solvens de son droit à répétition. La Cour de cassation n'a pas encore tranché cette question de manière générale.
La faute comme facteur de réduction ou d'extinction de la dette de restitution
La faute du solvens peut, en revanche, engager sa responsabilité civile envers l'accipiens dès lors que celui-ci justifie d'un préjudice causalement lié à cette faute. Il appartient alors à l'accipiens de former une action incidente en indemnisation sur le fondement de l'article 1240 du Code civil, et la compensation entre la dette de restitution et celle née de la responsabilité opère de plein droit.
La compensation ne peut jamais éteindre totalement la dette de restitution. Il n'appartient pas à l'accipiens de conserver l'intégralité des sommes auxquelles il n'avait aucun droit : la faute de l'organisme ne saurait conduire qu'à une diminution proportionnelle de la somme à rembourser, en contrepartie du dommage effectivement subi par l'accipiens.
Ce parallélisme est voulu : le Conseil d'État adopte la même approche — quelle que soit la gravité de la faute administrative, la répétition des sommes indûment versées n'est jamais totalement écartée, l'accipiens ne pouvant lui-même être tenu pour exempt de toute responsabilité.
Lorsque ni l'une ni l'autre des parties n'est un organisme chargé de service public, la compensation peut éteindre intégralement la dette de restitution si le montant du préjudice causé par la faute équivaut à cette dette. L'accipiens se trouve alors exonéré de toute restitution.
Question doctrinale : les dommages-intérêts alloués à l'accipiens pourraient-ils excéder le montant de la dette de restitution et se révéler supérieurs à celle-ci ? Aucune règle technique de la responsabilité civile ne l'interdit en théorie, dès lors que le préjudice subi est supérieur à la somme devant être restituée — mais la jurisprudence n'a pas encore eu à trancher ce point.
Une banque avait omis de notifier à une mandataire la révocation de la procuration, puis payé des chèques qu'elle avait néanmoins émis. La Cour de cassation a jugé qu'il appartenait au juge de caractériser le préjudice subi par cette mandataire qui, se croyant légitimement habilitée, avait engagé les fonds pour ses besoins essentiels — ouvrant ainsi la voie à une compensation susceptible d'absorber la dette de restitution.
Lorsqu'un tiers a, par sa propre faute, contribué à placer l'accipiens en situation de mauvaise foi — tel un employeur qui fournit des documents erronés permettant à un salarié de percevoir des prestations sociales indues —, la condamnation à rembourser peut être prononcée in solidum à l'encontre de l'accipiens et du tiers coresponsable. Le solvens dispose ainsi d'un recours contre les deux fautifs.
Des juges du fond ont retenu que l'accipiens ayant disposé librement de fonds pendant une période prolongée a tiré de cette disponibilité un avantage de trésorerie qui peut compenser le préjudice qu'il invoque. Ainsi, refusant de réduire le montant de la répétition, une cour d'appel a estimé que l'avantage retiré de quatre années de trésorerie gratuite absorbait tout préjudice allégué — solution attestant de l'attention que les juges portent à la situation concrète respective des parties.
Applications sectorielles : fiscalité, droit social et droit bancaire
Trois domaines ont forgé une jurisprudence particulièrement dense sur le rôle de la faute dans la modulation de la restitution. Les solutions retenues révèlent des logiques propres à chacun d'eux, reflétant des considérations d'intérêt général ou de nature institutionnelle qui nuancent l'application du régime de droit commun. Il convient de préciser d'emblée que la faute du solvens ne prive pas celui-ci de son droit à recouvrer les sommes indûment versées.
En matière fiscale
En cas d'admission d'une réclamation consécutive à un redressement fiscal, le contribuable ne peut prétendre à des dommages-intérêts : son droit se limite aux intérêts moratoires prévus à l'article L. 208. Une action en responsabilité de l'État fondée sur le droit commun demeure néanmoins envisageable, mais la démonstration d'une faute lourde de l'administration s'impose, eu égard aux difficultés particulières d'appréciation que rencontrent les agents chargés du contrôle fiscal.
La dimension du droit de l'Union européenne vient complexifier l'analyse : toute taxe perçue en violation du droit de l'Union donne lieu, en principe, à restitution pure, sous la réserve que la taxe n'ait pas été répercutée sur d'autres opérateurs économiques. La responsabilité de l'État normateur peut, par ailleurs, être mise en œuvre pour obtenir une réparation complémentaire.
En droit des prestations sociales : des hésitations jurisprudentielles surmontées
La chambre sociale de la Cour de cassation s'est montrée hésitante sur l'incidence de la faute des caisses, oscillant entre l'indifférence totale à cette faute et une exigence de faute grossière ou de préjudice anormal pour engager la responsabilité de l'organisme. L'évolution chronologique ci-dessous en rend compte :
| Période | Position de la Cour de cassation | Portée |
|---|---|---|
| 1965 (ch. soc.) | La faute des caisses est indifférente au droit à répétition | Principe initial — favorable aux organismes |
| 1968 (dissidence) | La négligence constitue un obstacle à l'action | Revirement isolé, non consolidé |
| 1971–1981 (retour) | Retour au principe : même une faute grave ne suffit pas à interdire la répétition — la caisse reste fondée à réclamer le remboursement | Courant majoritaire et constant |
| 1981–1986 | La responsabilité de l'organisme n'est engagée qu'en présence d'une faute d'une gravité manifeste ou d'un préjudice dépassant les inconvénients inhérents à toute restitution | Seuil élevé protégeant les caisses |
| 1995–1996 (évolution) | Toute faute de la caisse causant un préjudice à l'assuré engage sa responsabilité, indépendamment de la gravité ou du caractère anormal du préjudice | Alignement sur le droit commun de la responsabilité |
L'indifférence de la faute à la recevabilité de l'action repose sur une considération pratique : traiter rapidement des milliers de dossiers de prestations vitales impose aux caisses un rythme qui rend impossible un examen approfondi de chaque situation individuelle. Cette contrainte opérationnelle bénéficie à la grande majorité des assurés ; les inconvénients qu'elle génère ponctuellement doivent néanmoins être réparés lorsqu'ils excèdent ce que l'on peut raisonnablement attendre d'une restitution ordinaire.
Il est jugé de manière constante que le retraité qui attire lui-même l'attention de la caisse sur l'erreur lui octroyant des arrérages supérieurs à ce à quoi il a droit ne peut, pour autant, être totalement dispensé de restitution. La compensation entre créances ne saurait conduire à effacer intégralement la dette de remboursement lorsque le solvens est un organisme de sécurité sociale, quand bien même la faute de la caisse serait avérée.
En droit bancaire : l'exigence d'une faute lourde pour faire échec à la répétition
Quand un établissement de crédit commet une erreur techniquement compréhensible — telle que le crédit erroné d'un compte en raison de la ressemblance entre deux comptes traitant simultanément des titres de même nature —, sa faute, dépourvue du caractère grave ou lourd, ne prive pas la banque du bénéfice de l'action en répétition, même si l'anomalie était théoriquement décelable par l'accipiens.
En revanche, lorsque la banque s'est affranchie des précautions les plus élémentaires de prudence ou a laissé courir des délais qui s'imposaient à elle avant d'agir, sa faute lourde lui interdit d'exercer l'action en répétition. La négligence grave est ainsi sanctionnée par la perte du droit à récupérer les sommes indûment versées.
Régime spécifique du bail rural (art. L. 411-74 C. rur. pêche marit.)
Il appartient au bailleur qui perçoit indûment des sommes à l'occasion d'un changement d'exploitant de les restituer lorsque le montant encaissé a excédé la valeur vénale de plus de 10 %. L'action en répétition exercée contre le bailleur demeure recevable pendant toute la durée du bail initial et des renouvellements qui lui font suite. La Cour de cassation a précisé en 2023 que cette action est soumise au délai de prescription de droit commun lorsqu'elle est dirigée contre d'autres personnes que le bailleur. S'agissant d'une infraction intentionnelle, la démonstration d'une contrainte exercée et d'une intention délictuelle est requise (Cass. 3e civ., 8 juin 2023).
Les mécanismes de recouvrement des sommes indûment versées aux professionnels de santé par les caisses — notamment en cas de facturation d'actes non effectués — n'excluent pas que ces organismes exercent parallèlement une action en réparation sur le fondement des infractions pénales commises (dont l'escroquerie). Ce cumul entre l'action en répétition de l'indu et l'action civile tirée de l'infraction illustre la complémentarité entre le mécanisme restitutoire et la voie de la responsabilité délictuelle d'origine pénale.
Le bilan à retenir
Les effets de l'action en répétition de l'indu s'articulent autour de deux axes complémentaires : d'une part, une obligation de restitution à la charge de l'accipiens, dont l'intensité est modulée par la bonne ou mauvaise foi de ce dernier ; d'autre part, un mécanisme correctif fondé sur la faute du solvens, qui peut — en dehors des organismes publics — aller jusqu'à éteindre la dette de restitution par voie de compensation.
- La restitution est due dans tous les cas — la bonne foi ne supprime pas l'obligation mais en atténue le contenu
- Les impenses de conservation et d'amélioration sont remboursables à l'accipiens, quelle que soit sa bonne ou mauvaise foi (art. 1352-5)
- Les intérêts, fruits et valeur de jouissance sont dus depuis le paiement (mauvaise foi) ou depuis la demande seulement (bonne foi) — art. 1352-7
- L'accipiens de bonne foi qui a vendu ne restitue que le prix ; celui de mauvaise foi doit la valeur réelle si elle est supérieure — art. 1352-2
- La prestation de service restituée en valeur est appréciée à la date à laquelle elle a été fournie (art. 1352-8)
- La bonne et mauvaise foi se transmettent aux héritiers de l'accipiens décédé
- La faute du solvens n'est pas une fin de non-recevoir mais peut réduire ou, hors organisme public, éteindre la restitution par compensation
- En droit social, la compensation est limitée à une réduction partielle — jamais une extinction totale
- En droit bancaire, seule une faute lourde prive la banque de son action ; une faute excusable ne produit pas cet effet
- En cas de décision de justice exécutoire, les intérêts moratoires ne courent qu'à compter de la notification de la décision réformatrice (Cass. ass. plén., 3 mars 1995)
- La condamnation in solidum est possible lorsqu'un tiers, par sa faute, a contribué à placer l'accipiens en situation de mauvaise foi
Situation : Une caisse d'assurance maladie verse pendant dix-huit mois des indemnités journalières surévaluées en raison d'une erreur de calcul de sa propre part. L'assuré, ignorant tout de cette erreur, dépense intégralement ces sommes pour ses besoins courants. Deux ans après, la caisse engage une action en répétition.
Solution : La caisse est recevable à agir malgré sa propre faute — celle-ci ne constitue pas une fin de non-recevoir. L'assuré, de bonne foi, ne doit les intérêts qu'à compter de la date de la demande. Sa demande reconventionnelle en dommages-intérêts peut aboutir à une réduction partielle du montant à rembourser, mais non à une extinction totale, la caisse étant un organisme de sécurité sociale. Par ailleurs, le tribunal recherchera si le délai de dix-huit mois et la trésorerie dont l'assuré a profité compensent partiellement le préjudice invoqué.
Les textes cités
Le texte en vigueur de chaque disposition citée, tel qu’il se lit au 5 octobre 2026. 3 dispositions ont connu des rédactions antérieures : elles sont données, datées, et ce qui les sépare du texte actuel est souligné. Lorsqu’une rédaction a été reprise sous un autre numéro, ou dans un autre code, la destination est nommée.
Article 1240 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Le paiement Tout fait quelconque de bonne foi l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui qui est en possession de la créance est valable, encore que le possesseur en soit par la suite évincé. faute duquel il est arrivé à le réparer.
Article 1302 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution. La restitution n'est pas admise à l'égard des obligations naturelles qui ont été volontairement acquittées.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Lorsque le corps certain et déterminé qui était l'objet de l'obligation vient à périr, est mis hors du commerce, ou se perd de manière qu'on en ignore absolument l'existence, l'obligation est éteinte si la chose a péri ou a été perdue sans la faute du débiteur et avant qu'il fût en demeure. Lors même que le débiteur est en demeure, et s'il ne s'est pas chargé des cas fortuits, l'obligation est éteinte dans le cas où la chose fût également périe chez le créancier si elle lui eût été livrée. Le débiteur est tenu de prouver le cas fortuit qu'il allègue. De quelque manière que la chose volée ait péri ou ait été perdue, sa perte ne dispense pas celui qui l'a soustraite, de la restitution du prix.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 1302-1 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû doit le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu.
Article 1302-3 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
La restitution est soumise aux règles fixées aux articles 1352 à 1352-9. Elle peut être réduite si le paiement procède d'une faute.
Article 1352 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
La restitution d'une chose autre que d'une somme d'argent a lieu en nature ou, lorsque cela est impossible, en valeur, estimée au jour de la restitution.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016La présomption légale dispense de toute preuve celui au profit duquel elle existe. Nulle preuve n'est admise contre la présomption de la loi, lorsque, sur le fondement de cette présomption, elle annule certains actes ou dénie l'action en justice, à moins qu'elle n'ait réservé la preuve contraire et sauf ce qui sera dit sur le serment et l'aveu judiciaires.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 1352-1 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Celui qui restitue la chose répond des dégradations et détériorations qui en ont diminué la valeur, à moins qu'il ne soit de bonne foi et que celles-ci ne soient pas dues à sa faute.
Article 1352-2 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Celui qui l'ayant reçue de bonne foi a vendu la chose ne doit restituer que le prix de la vente. S'il l'a reçue de mauvaise foi, il en doit la valeur au jour de la restitution lorsqu'elle est supérieure au prix.
Article 1352-4 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2018
Les restitutions dues par un mineur non émancipé ou par un majeur protégé sont réduites à hauteur du profit qu'il a retiré de l'acte annulé.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er octobre 2016 au 1er octobre 2018Les restitutions dues à par un mineur non émancipé ou à par un majeur protégé sont réduites à proportion hauteur du profit qu'il a retiré de l'acte annulé.
Article 1352-5 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Pour fixer le montant des restitutions, il est tenu compte à celui qui doit restituer des dépenses nécessaires à la conservation de la chose et de celles qui en ont augmenté la valeur, dans la limite de la plus-value estimée au jour de la restitution.
Article 1352-6 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
La restitution d'une somme d'argent inclut les intérêts au taux légal et les taxes acquittées entre les mains de celui qui l'a reçue.
Article 1352-7 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Celui qui a reçu de mauvaise foi doit les intérêts, les fruits qu'il a perçus ou la valeur de la jouissance à compter du paiement. Celui qui a reçu de bonne foi ne les doit qu'à compter du jour de la demande.
Article 1352-8 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
La restitution d'une prestation de service a lieu en valeur. Celle-ci est appréciée à la date à laquelle elle a été fournie.
Article 2274 du code civilen vigueur depuis le 19 juin 2008
La bonne foi est toujours présumée, et c'est à celui qui allègue la mauvaise foi à la prouver.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 21 mars 1804 au 19 juin 2008La prescription, dans les cas ci-dessus, a lieu, quoiqu'il y ait eu continuation de fournitures, livraisons, services bonne foi est toujours présumée, et travaux. Elle ne cesse de courir que lorsqu'il y a eu compte arrêté, cédule ou obligation, ou citation en justice non périmée. c'est à celui qui allègue la mauvaise foi à la prouver.
Article L207 du livre des procédures fiscalesen vigueur depuis le 1er janvier 1982
Lorsqu'une réclamation contentieuse est admise en totalité ou en partie, le contribuable ne peut prétendre à des dommages-intérêts ou à des indemnités quelconques, à l'exception des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208.
Pour aller plus loin
Les ouvrages de référence sur les questions que traite cette étude.
Pour aborder la matière
- Droit des obligations 2027. 19e éd.Stéphanie Porchy-Simon · Dalloz
- Droit des obligations 2026. 29e éd.Laetitia Tranchant · Dalloz
- L'essentiel du droit des obligationsCorinne Renault-Brahinsky · Gualino
Les ouvrages de référence
- Droit civil Les obligations. 13e éd.François Terré · Dalloz
- Droit des obligationsPhilippe Malaurie · LGDJ
- Droit civil. Les obligations. 19e éd. - L'acte juridiqueJacques Flour · Sirey
- Réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligationsOlivier Deshayes · LexisNexis
- Droit des obligationsPhilippe Delebecque · LexisNexis
- Le nouveau droit des obligations - Commentaire théorique et pratique dans l'ordre du Code civilGaël Chantepie · Dalloz
- Droit civil. Les obligations. 15e éd. - Le fait juridique - Tome 2Jacques Flour · Sirey
Le code
Le vocabulaire juridique
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