Comment un assureur peut-il accepter de couvrir un risque qu’il ne connaît pas ? La question paraît élémentaire, et pourtant elle commande tout le mécanisme de la formation du contrat d’assurance. Parce que le risque — objet même de la garantie — est par nature invisible à celui qui s’engage à le couvrir, l’assureur dépend, pour l’apprécier, des informations que lui transmet le candidat à l’assurance. La déclaration des risques n’est donc pas une formalité préalable : elle est la condition technique sans laquelle l’aléa ne peut être ni mesuré, ni tarifé, ni accepté.
Le droit positif en tire les conséquences. L’article L. 113-2, 2° du Code des assurances met à la charge du preneur d’assurance l’obligation de déclarer, lors de la conclusion du contrat, l’ensemble des circonstances connues de lui qui sont de nature à faire apprécier par l’assureur les risques qu’il prend en charge. Loin d’être un simple échange documentaire, cette déclaration constitue le socle informationnel sur lequel reposent l’évaluation du risque, la fixation de la prime et l’étendue de la couverture.
L’enjeu est considérable : une déclaration inexacte ou incomplète n’affecte pas seulement la relation entre les parties, elle fragilise l’équilibre actuariel de la mutualité tout entière. C’est pourquoi la déclaration des risques se présente comme une étape véritablement indispensable du processus de formation du contrat — celle par laquelle l’aléa entre dans le champ contractuel et devient assurable.
I) La déclaration des risques, contrepartie de la garantie
La formation du contrat d’assurance repose sur un échange d’informations destiné à garantir l’équilibre des engagements souscrits par les parties. Cet échange n’est pas unilatéral : il implique une participation active de chacun, afin de permettre une rencontre véritable des volontés autour d’un objet aussi évolutif que le risque. Si les textes récents ont souligné, à juste titre, l’importance des obligations d’information pesant sur l’assureur, il ne faut pas perdre de vue que l’efficacité même du contrat repose d’abord sur les déclarations du preneur d’assurance, seul véritable dépositaire des éléments constitutifs du risque qu’il entend faire garantir.
Obligation, pesant sur le preneur d’assurance, de porter à la connaissance de l’assureur, lors de la conclusion du contrat, l’ensemble des circonstances connues de lui qui sont de nature à faire apprécier le risque qu’il demande de couvrir. Elle conditionne l’appréciation de l’opportunité de garantir, la fixation de la prime et la détermination de l’étendue de la garantie.
À cet égard, le droit positif consacre une obligation de déclaration à la charge de l’assuré, prévue à l’article L. 113-2, 2° du Code des assurances. Cette obligation ne se réduit ni à une formalité, ni à une simple étape procédurale dans la souscription du contrat : elle constitue la contrepartie directe de l’engagement de couverture pris par l’assureur. Ce dernier ne peut apprécier l’opportunité de garantir un risque, ni fixer le montant de la prime et les modalités de la garantie, sans disposer d’informations précises, loyales et complètes sur la situation qu’on lui demande de couvrir. Loin d’être secondaire, l’obligation de déclaration constitue ainsi une condition essentielle de validité et d’équilibre du contrat.
II) Le fondement : bonne foi et devoir de sincérité
Cette exigence trouve son fondement dans le principe de bonne foi, qui irrigue l’ensemble du droit des assurances — uberrima fides, la plus parfaite bonne foi, selon la formule classique. Contrairement au droit commun, où le silence peut, dans certaines circonstances, être tenu pour stratégique et légitime, le droit des assurances repose sur une logique inverse : l’omission volontaire ou même négligente de certains éléments peut vicier le consentement de l’assureur et compromettre la loyauté du lien contractuel. L’assuré n’est pas seulement invité à répondre aux questions qu’on lui pose ; il est tenu d’éclairer l’assureur sur tout fait de nature à influencer l’évaluation du risque. Le silence, en assurance, peut être fautif.
Un automobiliste sollicite une garantie en taisant deux sinistres responsables survenus dans les douze mois précédents. Tarifée sur la foi d’un profil sans antécédent, la prime annuelle est fixée à 600 € ; au regard du risque réel, elle aurait dû s’élever à 950 €. L’inexactitude porte ici sur un élément déterminant de l’appréciation du risque : elle altère l’équilibre voulu par l’assureur dès la conclusion du contrat et peut justifier, selon que la mauvaise foi est ou non établie, la nullité du contrat ou une réduction proportionnelle de l’indemnité.
III) Le questionnaire, support et non mesure de l'obligation
C’est pour favoriser cette transparence que la pratique a généralisé l’usage du questionnaire de déclaration des risques, par lequel l’assureur encadre les informations attendues. Ce dispositif, certes utile pour sécuriser les échanges, ne délimite cependant pas à lui seul l’étendue de l’obligation déclarative. L’assuré reste tenu, dans le périmètre tracé par l’assureur, de révéler avec exactitude les éléments pertinents pour l’appréciation du risque. Le formulaire n’en constitue que le support : c’est le principe de sincérité qui en commande la portée.
IV) Une obligation qui se prolonge : l'aggravation du risque
Surtout, cette obligation ne s’épuise pas à la formation du contrat. Parce que l’assurance est un contrat à exécution successive, les données initiales peuvent évoluer, et avec elles, la nature du risque garanti. D’où l’existence d’une obligation complémentaire, prévue à l’article L. 113-2, 3° du Code des assurances : celle de déclarer à l’assureur, en cours de contrat, les circonstances nouvelles qui ont pour conséquence d’aggraver les risques ou d’en créer de nouveaux. Le législateur a ainsi expressément encadré cette dimension temporelle, en étendant l’obligation de déclaration au-delà de la conclusion du contrat, et en assortissant son manquement de sanctions.
V) Une asymétrie assumée au cœur du mécanisme assurantiel
Il en résulte une asymétrie assumée : le preneur d’assurance, précisément parce qu’il sollicite la protection d’un risque qu’il connaît mieux que son assureur, est tenu à un devoir actif de coopération. Ce devoir n’est pas accessoire. Il est au cœur du mécanisme assurantiel. Loin d’être un simple droit à l’information, comme en droit de la consommation, l’obligation de renseignement devient pour l’assuré une obligation déterminante, à la fois fondement du consentement de l’assureur, gage de loyauté contractuelle, et condition de stabilité du régime de garantie. Toute omission ou inexactitude altère l’équilibre du contrat et compromet le fonctionnement même de la mutualisation des risques.