Droit des contratsÉtude juridique

Sanction de l’inexécution du contrat: la faculté de remplacement du créancier

Mis à jour le 5 octobre 202610 min de lecture

L’essentiel sur la faculté de remplacement

Lorsqu’un débiteur n’exécute pas l’obligation à laquelle il s’est engagé, le créancier n’est pas condamné à attendre indéfiniment une exécution qui tarde — ni contraint de saisir systématiquement le juge pour y être contraint. Le droit lui offre une voie plus directe : se procurer ailleurs, auprès d’un tiers, la prestation promise, puis en réclamer le coût au débiteur défaillant. C’est cette voie que l’on désigne sous le nom de faculté de remplacement.

Le siège de ce mécanisme est l’article 1222 du Code civil, issu de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats. Son apport décisif tient en une libéralisation : là où le droit antérieur subordonnait l’opération à une autorisation préalable du juge, le texte permet désormais au créancier d’agir de sa propre initiative — après mise en demeure, dans un délai et à un coût raisonnables — le contrôle du juge étant relégué a posteriori, au stade du remboursement.

Reste que cette autonomie nouvelle n’est pas absolue. L’article 1222 articule un principe — la faculté discrétionnaire de remplacement — et une exception qui réintroduit le juge en amont, lorsqu’il s’agit de détruire ce qui a été irrégulièrement fait. C’est cette tension, et le régime précis qui en résulte, que les développements qui suivent entendent éclairer.

Définition

Faculté de remplacement — Prérogative reconnue au créancier d’une obligation de faire inexécutée de faire accomplir cette obligation par un tiers, aux frais du débiteur défaillant, après mise en demeure restée vaine. Elle constitue une modalité de l’exécution en nature : le créancier obtient non des dommages-intérêts compensatoires, mais le résultat même qui lui avait été promis.

Texte applicable C. civ., art. 1222 — en vigueur

« Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou, sur autorisation préalable du juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin.
Il peut aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ou à cette destruction. »

À l’analyse, cette disposition octroie au créancier une alternative : au lieu de poursuivre l’exécution forcée de l’obligation, il peut faire exécuter lui-même celle-ci — ou détruire ce qui a été mal exécuté — après mise en demeure du débiteur, et solliciter ensuite de ce dernier le remboursement des sommes exposées à cette fin.

Ce mécanisme, que l’on appelle la faculté de remplacement, n’est pas nouveau : il reprend en substance les anciens articles 1143 et 1144 du Code civil, dont il modernise la rédaction sans en bouleverser l’économie.

L’ordonnance du 10 février 2016 innove néanmoins en abandonnant l’exigence d’une autorisation judiciaire préalable à l’exercice de cette faculté — sauf à ce qu’il s’agisse de détruire ce qui a été fait en violation d’une obligation contractuelle.

L’article 1222 du Code civil doit ainsi être lu comme posant un principe, lequel principe est assorti d’une exception.

I) Principe : la faculté discrétionnaire de remplacement

Grande nouveauté introduite par la réforme du droit des obligations, l’article 1222 du Code civil facilite la faculté de remplacement par le créancier lui-même, puisqu’il supprime l’exigence d’une autorisation judiciaire préalable pour faire procéder à l’exécution de l’obligation — le contrôle du juge n’intervenant qu’a posteriori, en cas de refus du débiteur de payer ou de contestation de sa part.

En somme, la faculté de remplacement conférée au créancier lui permet de solliciter les services d’un tiers afin qu’il exécute lui-même l’obligation de faire qui incombait au débiteur défaillant.

L’article 1222 précise qu’en pareille circonstance, le créancier peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin.

==> Domaine

La faculté de remplacement dont est titulaire le créancier peut être exercée pour toutes les obligations de faire, dès lors que le résultat recherché et prévu dans le contrat peut être atteint.

Son domaine naturel d’élection est celui des obligations de fournir un bien mobilier. Ainsi, l’acheteur qui n’a pas été livré de la chose convenue peut exiger qu’elle lui soit fournie par un tiers, en cas de manquement du vendeur à son obligation de délivrance.

L’exercice de la faculté de remplacement est également admis en matière de contrat d’entreprise. La jurisprudence admet régulièrement, en ce sens, que le maître d’ouvrage puisse faire réaliser les travaux convenus par une entreprise autre que celle à qui le marché avait initialement été confié.

Il en va de même pour le preneur qui, en cas d’inaction de son bailleur, peut solliciter les services d’un tiers pour que soient effectuées les réparations nécessaires à la jouissance paisible de la chose louée.

Exemple

Un maître d’ouvrage commande à une entreprise la réfection d’une toiture pour un prix convenu de 18 000 €. L’entreprise, mise en demeure, laisse passer plusieurs semaines sans intervenir alors que les infiltrations s’aggravent. Le maître d’ouvrage confie les travaux à une seconde entreprise, qui les réalise pour 19 500 €. Sur le fondement de l’article 1222, il pourra réclamer au débiteur défaillant le remboursement des sommes exposées — le coût demeurant raisonnable au regard du prix initialement stipulé. Si, en revanche, la seconde entreprise avait facturé 40 000 €, le caractère manifestement disproportionné de la dépense exposerait le créancier à n’en obtenir qu’un remboursement partiel.

==> Conditions

L’exercice de la faculté de remplacement conférée au créancier est subordonné à la réunion de trois conditions cumulatives.

  • Première condition : la mise en demeure du débiteur
    • La faculté de remplacement ne peut être exercée par le créancier qu’à la condition que le débiteur ait été mis en demeure de s’exécuter.
    • Il s’agit de le prévenir du risque auquel il s’expose en cas d’inaction : devoir supporter le coût de la prestation fournie par un tiers.
    • La mise en demeure que le créancier adresse au débiteur doit répondre aux exigences énoncées aux articles 1344 et suivants du Code civil.
  • Deuxième condition : l’observation d’un délai raisonnable
    • La faculté de remplacement ne pourra être envisagée qu’à la condition que le créancier ait laissé s’écouler un délai raisonnable entre la date d’échéance de l’obligation et la sollicitation d’un tiers — ne serait-ce que parce qu’il a l’obligation d’adresser, au préalable, une mise en demeure.
    • Le débiteur doit en effet disposer du temps nécessaire pour régulariser sa situation.
    • Reste à déterminer ce que l’on doit entendre par délai raisonnable.
    • Sans doute doit-on considérer que ce délai commence à courir à compter de la mise en demeure du débiteur.
    • Quant à son quantum, il conviendra de prendre en compte tout autant les impératifs du créancier que la situation du débiteur.
  • Troisième condition : le respect d’un coût raisonnable
    • Dernière condition à remplir pour que le créancier soit fondé à exercer la faculté de remplacement que lui octroie l’article 1222 : le coût de l’intervention du tiers doit être raisonnable.
    • L’appréciation de ce caractère raisonnable devra se faire au regard du montant de la prestation stipulée dans le contrat.
    • L’intervention du tiers ne devra pas, en d’autres termes, engendrer des frais disproportionnés eu égard à l’obligation à laquelle s’était initialement engagé le débiteur.

II) Exception : l’exigence d’une autorisation judiciaire

Dans le cadre de l’exercice de la faculté de remplacement, l’obtention d’une autorisation judiciaire est exigée dans deux cas.

==> La destruction de ce qui a été fait en violation d’une obligation contractuelle

Si l’ordonnance du 10 février 2016 a supprimé l’exigence d’une autorisation judiciaire préalable pour faire procéder par un tiers à l’exécution de l’obligation inexécutée, elle maintient en revanche la nécessité d’une autorisation pour obtenir la destruction de ce qui a été réalisé en contravention de l’obligation — compte tenu du caractère irrémédiable d’une telle destruction et afin de prévenir les abus de la part du créancier.

Reprenant les termes de l’ancien article 1144 du Code civil, le second alinéa de l’article 1222 oblige ainsi le créancier à saisir le juge lorsqu’il s’agit de faire détruire ce qui a été fait en violation d’une disposition contractuelle.

Le texte ajoute que le créancier peut « demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin ».

Reste que c’est au juge, dans cette hypothèse, qu’il reviendra de trancher : autoriser ou refuser l’intervention d’un tiers.

==> Le versement d’une avance sur frais exposés

Le second alinéa de l’article 1222 du Code civil complète le dispositif encadrant la faculté de remplacement en permettant au créancier de solliciter la condamnation du débiteur à faire l’avance des sommes nécessaires à l’exécution ou à la destruction en cause.

Ainsi, lorsque le créancier ne souhaite pas supporter temporairement le coût de l’intervention du tiers dans l’attente d’être remboursé par le débiteur, il n’aura d’autre choix que de saisir le juge.

Cette faculté de réclamer une avance vaut tant lorsqu’il s’agit, pour le créancier, d’exercer sa faculté de remplacement, que lorsqu’il s’agit de faire détruire ce qui a été fait en violation d’une obligation contractuelle.

Les textes cités

Le texte en vigueur de chaque disposition citée, tel qu’il se lit au 5 octobre 2026. 2 dispositions ont connu des rédactions antérieures : elles sont données, datées, et ce qui les sépare du texte actuel est souligné. Lorsqu’une rédaction a été reprise sous un autre numéro, ou dans un autre code, la destination est nommée.

Article 1143 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2018

Il y a également violence lorsqu'une partie, abusant de l'état de dépendance dans lequel se trouve son cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu'il n'aurait pas souscrit en l'absence d'une telle contrainte et en tire un avantage manifestement excessif.

1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné

Du 1er octobre 2016 au 1er octobre 2018Il y a également violence lorsqu'une partie, abusant de l'état de dépendance dans lequel se trouve son cocontractant, cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu'il n'aurait pas souscrit en l'absence d'une telle contrainte et en tire un avantage manifestement excessif.

Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel

Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Néanmoins, le créancier a le droit de demander que ce qui aurait été fait par contravention à l'engagement soit détruit ; et il peut se faire autoriser à le détruire aux dépens du débiteur, sans préjudice des dommages et intérêts s'il y a lieu.

Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.

Article 1144 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016

Le délai de l'action en nullité ne court, en cas d'erreur ou de dol, que du jour où ils ont été découverts et, en cas de violence, que du jour où elle a cessé.

1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné

Du 21 mars 1804 au 1er août 1992Le créancier peut aussi, délai de l'action en nullité ne court, en cas d'inexécution, être autorisé à faire exécuter lui-même l'obligation aux dépens d'erreur ou de dol, que du débiteur. jour où ils ont été découverts et, en cas de violence, que du jour où elle a cessé.

Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel

Du 1er août 1992 au 1er octobre 2016Le créancier peut aussi, en cas d'inexécution, être autorisé à faire exécuter lui-même l'obligation aux dépens du débiteur. Celui-ci peut être condamné à faire l'avance des sommes nécessaires à cette exécution.

Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.

Article 1222 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016

Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l'obligation ou, sur autorisation préalable du juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin.
Il peut aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ou à cette destruction.

Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel

Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Chacun de ceux qui ont contracté conjointement une dette indivisible, en est tenu pour le total, encore que l'obligation n'ait pas été contractée solidairement.

Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.

Article 1344 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016

Le débiteur est mis en demeure de payer soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l'obligation.

Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait d’autres textes — sans rapport avec l’article actuel

Du 13 juillet 1980 au 1er octobre 2016La preuve testimoniale, sur la demande d'une somme même inférieure à celle qui est prévue à l'article 1341, ne peut être admise lorsque cette somme est déclarée être le restant ou faire partie d'une créance plus forte qui n'est point prouvée par écrit.

Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.

Du 22 février 1948 au 13 juillet 1980La preuve testimoniale, sur la demande d'une somme même moindre de 50 F, ne peut être admise lorsque cette somme est déclarée être le restant ou faire partie d'une créance plus forte qui n'est point prouvée par écrit.

Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.

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