Parmi les remèdes que le créancier peut opposer à l’inexécution, la résolution unilatérale par notification occupe une place singulière : elle permet à la partie déçue de mettre fin au contrat sans recourir au juge, à ses risques et périls, par un simple acte adressé à son débiteur. Consacrée à l’article 1226 du Code civil, cette voie rompt avec la tradition qui réservait à l’autorité judiciaire le pouvoir d’anéantir le lien contractuel, et appelle dès lors un examen attentif des conditions, des formes et des effets qui en encadrent l’exercice.
L’ordonnance du 10 février 2016 a introduit dans le Code civil une sous-section consacrée à la résolution du contrat.
Cette sous-section comprend sept articles, les articles 1224 à 1230, et est organisée autour des trois modes de résolution du contrat déjà bien connus en droit positif que sont :
- La clause résolutoire
- La résolution unilatérale
- La résolution judiciaire
Avant d’entrer dans le détail de chacun de ces mécanismes, il importe de circonscrire la notion même de résolution, dont la spécificité ne se laisse appréhender qu’en regard des sanctions voisines de l’inexécution.
Selon le rapport au Président de la république, il est apparu essentiel de traiter de la résolution du contrat parmi les différents remèdes à l’inexécution, et non pas seulement à l’occasion des articles relatifs à la condition résolutoire qui serait toujours sous-entendue dans les contrats selon l’ancien article 1184.
Ce déplacement n’est pas seulement de pure forme : en rangeant la résolution parmi les remèdes à l’inexécution, aux côtés de l’exception d’inexécution, de l’exécution forcée en nature et de la réduction du prix, le législateur a entendu rappeler qu’elle ne constitue qu’une option parmi d’autres, laissée à la discrétion du créancier insatisfait.
Ainsi l’article 1224 énonce les trois modes de résolution du contrat précités, la résolution unilatérale et la résolution judiciaire étant soumises à une condition de gravité suffisante de l’inexécution, par opposition à la clause résolutoire dont l’effet est automatique dès lors que les conditions prévues au contrat sont réunies.
Cette summa divisio mérite d’être explicitée, car elle commande l’ensemble du régime applicable :
- La clause résolutoire opère de plein droit, par le seul jeu de la volonté des parties stipulée par avance ; le juge, s’il est saisi, ne dispose d’aucun pouvoir d’appréciation sur la gravité du manquement et se borne à constater que les conditions de la clause sont réunies. En contrepartie de cet automatisme, l’article 1225 du Code civil exige que la clause précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution. La Cour de cassation veille à la rigueur de cette exigence, jugeant que la clause doit identifier de manière claire et non équivoque les obligations dont la violation emporte anéantissement de plein droit du contrat (Cass. com. 3 juin 2026, n° 24-19.612).
- La résolution unilatérale et la résolution judiciaire supposent, en revanche, une inexécution suffisamment grave, dont l’appréciation est confiée, respectivement, au créancier qui notifie — sous le contrôle a posteriori du juge — et au juge lui-même, saisi a priori d’une demande.
Surtout, fait marquant de la réforme, l’ordonnance du 10 février 2016 a introduit la résolution unilatérale du contrat, alors qu’elle n’était admise jusqu’alors par la Cour de cassation que comme une exception à notre traditionnelle résolution judiciaire.
Aussi, dans les textes, le contractant, victime d’une inexécution suffisamment grave, a désormais de plusieurs options :
- Soit il peut demander la résolution du contrat au juge
- Soit il peut la notifier au débiteur sa décision de mettre fin au contrat
- Soit il peut se prévaloir de la clause résolutoire si elle est stipulée dans le contrat
La résolution unilatérale est donc érigée au rang de principe concurrent de la résolution judiciaire ou de la clause résolutoire.
Néanmoins, son régime est plus rigoureusement encadré qu’en droit positif, puisque le créancier qui choisit la voie de la résolution unilatérale est tenu de mettre en demeure son débiteur de s’exécuter, et si celle-ci est infructueuse, d’une obligation de motivation (article 1226).
==>Ratio legis
L’article 1226 introduit donc dans le code civil la résolution unilatérale par notification du créancier de l’obligation non exécutée.
Ce mode de résolution était expressément visé par l’article 8 de la loi d’habilitation du 16 février 2015 portant modernisation et simplification du droit.
L’article 1226 du Code civil constitue indéniablement une nouveauté, puisqu’il consacre un mécanisme absent du code civil mais reconnu par la jurisprudence et les projets d’harmonisation européens.
À cet égard, la Cour de cassation avait déjà défini les contours de la résolution unilatérale par notification, en considérant que, d’une part, « la gravité du comportement d’une partie à un contrat peut justifier que l’autre partie y mette fin de façon unilatérale à ses risques et périls » et que, d’autre part, « cette gravité […] n’est pas nécessairement exclusive d’un délai de préavis » (Cass. 1ère civ. 13 octobre 1998, n° 96-21.485).
- Faits
- Une clinique avait consenti à un médecin, associé à d’autres praticiens de même spécialité au sein d’une société civile de moyens, l’exclusivité des actes relevant de sa spécialité. Un différend survint sur l’étendue de cette exclusivité et la rupture des relations contractuelles.
- Problème
- Une partie à un contrat — fût-il à durée déterminée — peut-elle, en dehors de toute clause résolutoire et sans saisine préalable du juge, y mettre fin de son propre chef en raison de la gravité du comportement de son cocontractant ?
- Solution
- La Cour de cassation affirme que « la gravité du comportement d’une partie à un contrat peut justifier que l’autre partie y mette fin de façon unilatérale à ses risques et périls », cette gravité n’étant pas nécessairement exclusive d’un délai de préavis.
- Portée
- L’arrêt consacre, en dehors des textes, la faculté de résolution unilatérale et en pose le critère cardinal — la gravité — ainsi que sa contrepartie — les « risques et périls » du créancier. C’est cette construction prétorienne que l’article 1226 du Code civil a, pour l’essentiel, codifiée.
Dans un arrêt du 28 octobre 2003, elle avait précisé que peu importe que « le contrat soit à durée déterminée ou non » (Cass. 1ère civ. 28 octobre 2003, n° 01-03.662). Cette précision n’était pas anodine : elle écartait l’objection selon laquelle la rupture unilatérale d’un contrat à durée déterminée porterait nécessairement atteinte à la force obligatoire, en rappelant que c’est la gravité de l’inexécution, et non la nature du terme, qui légitime l’anéantissement du lien contractuel.
Le texte voté consacre cette faculté. La résolution unilatérale n’est d’ailleurs plus appréhendée comme une exception au principe de la résolution judiciaire, mais est traitée comme une faculté autonome offerte au créancier qui, victime de l’inexécution, aura désormais le choix, en particulier en l’absence de clause résolutoire expresse, entre les deux modes de résolution, judiciaire ou unilatérale.
Cette innovation s’inscrit dans une perspective d’efficacité économique du droit. Elle repose, en effet, sur l’idée que le créancier victime de l’inexécution, au lieu de subir l’attente aléatoire du procès et de supporter les frais inhérents à l’intervention du juge, peut tout de suite ou dans un délai raisonnable, conclure un nouveau contrat avec un tiers.
L’on retrouve ici l’influence des instruments d’harmonisation européens — Principes du droit européen du contrat, projets de cadre commun de référence — qui, soucieux de fluidifier les échanges, ont privilégié les remèdes extrajudiciaires, plus prompts à permettre au créancier de se réapprovisionner sur le marché.
La sécurité juridique et la protection du débiteur ne sont pas sacrifiées pour autant à l’impératif économique puisque cette faculté est très encadrée. Le législateur a, en effet, ménagé un équilibre : à la célérité que confère au créancier l’initiative unilatérale répondent, en contrepoids, l’exigence d’une mise en demeure, l’obligation de motivation et l’ouverture permanente d’un contrôle judiciaire a posteriori.
1. Les conditions de la résolution unilatérale
L’exercice par le créancier de la faculté de résolution unilatérale est subordonné à la réunion de deux conditions cumulatives :
- Une inexécution contractuelle
- Une inexécution suffisamment grave
Ces deux conditions, bien qu’étroitement liées, ne se confondent pas : la première tient à l’existence matérielle d’un manquement, la seconde à son intensité. La gravité n’est, en effet, qu’une qualification appliquée à une inexécution préalablement caractérisée.
a. Une inexécution
Pour que le créancier soit fondé à exercer sa faculté de résolution unilatérale, une inexécution du contrat doit pouvoir être constatée
La question qui immédiatement se pose est de savoir si cette inexécution doit être totale ou seulement partielle. Le texte ne le dit pas à la différence de celui qui régit la réduction du prix.
On peut en déduire que rien n’interdit d’envisager qu’une exécution imparfaite du contrat puisse justifier l’exercice de la faculté de résolution unilatérale.
Aussi, l’inexécution pourrait-elle consister, tant en un retard, qu’en l’absence de délivrance de la chose et plus généralement à toute fourniture de la prestation non conforme aux stipulations contractuelles.
Il en va de même de l’exécution défectueuse ou tardive, voire du manquement à une obligation accessoire, dès lors que celle-ci revêt, dans l’économie du contrat, une importance déterminante.
Au vrai, ce qui importe, ce n’est pas tant que l’inexécution contractuelle soit totale ou partielle, mais qu’elle soit suffisamment grave, au sens de l’article 1224 du Code civil, pour justifier la résolution du contrat.
b. Une inexécution suffisamment grave
Il faut se reporter à l’article 1224 pour connaître la teneur de l’inexécution contractuelle susceptible de justifier l’exercice, par le créancier, de la faculté de résolution unilatérale du contrat.
Selon la lettre de ce texte, l’inexécution doit être « suffisamment grave », ce qui immédiatement interroge sur les hypothèses que couvre cette notion. Quels sont manquements « suffisamment graves » qui justifient la résolution du contrat ?
Là encore, les textes sont silencieux sur ce point, la volonté du législateur étant de laisser une marge d’appréciation au juge en cas de contrôle a posteriori consécutive à une contestation portée en justice.
Ce silence est délibéré : la gravité relève, par nature, d’un standard, c’est-à-dire d’une notion souple dont la mesure ne peut être donnée in abstracto mais se révèle au regard des circonstances propres à chaque espèce. Le législateur a ainsi préféré la plasticité d’une appréciation casuistique à la rigidité d’une définition légale qui se serait fatalement révélée incomplète.
Reste que pour apprécier le bien-fondé de la résolution unilatérale, le critère de la gravité du comportement du débiteur a été abandonné à la faveur de celui de la gravité de l’inexécution.
Sous l’empire de la jurisprudence Tocqueville (Cass. 1ère civ. 13 octobre 1998, n° 96-21.485), la Cour de cassation se référait, en effet, à la gravité du comportement du débiteur.
Dans un arrêt du 10 février 2009, la chambre commerciale jugeait en ce sens que « la gravité du comportement d’une partie à un contrat peut justifier que l’autre partie y mette fin de façon unilatérale à ses risques et périls, peu important les modalités formelles de résiliation contractuelle » (Cass. com. 10 févr. 2009, n°08-12.415).
Cette position adoptée par la Cour de cassation conduisait à adopter une approche subjective de la situation.
Autrement dit, les juridictions étaient invitées à se focaliser, moins sur le caractère essentiel de l’obligation violée ou sur le préjudice subi par le créancier, que sur la mauvaise foi du débiteur et sa déloyauté.
Aussi, en focalisant le regard sur la gravité de l’inexécution contractuelle et non plus sur le comportement du débiteur, le législateur a objectivé l’approche qu’il convient d’adopter quant à apprécier le bien-fondé de la résolution unilatérale.
Ce glissement du comportement vers l’inexécution n’est pas purement sémantique : il déplace le centre de gravité de l’analyse. Là où le critère comportemental invitait à scruter l’attitude morale du débiteur — sa déloyauté, sa résistance abusive —, le critère objectif commande de mesurer l’atteinte portée à l’intérêt du créancier au contrat, indépendamment de toute considération psychologique.
Désormais, ce qui autorise le créancier à mettre fin, de son propre chef, au contrat c’est la seule gravité du manquement constaté. Cette gravité peut procéder, soit du caractère essentiel de l’obligation qui a été violé, soit du préjudice particulièrement lourd subi par le créancier.
Est-ce à dire que la gravité du comportement du débiteur n’est dorénavant plus susceptible de justifier la résolution unilatérale du contrat ?
Plusieurs arrêts rendus par la Cour de cassation après l’adoption de l’ordonnance portant réforme du droit des obligations, suggèrent de répondre par la négative.
Dans ces arrêts, en effet, elle maintient que « la gravité du manquement de l’une des parties peut justifier que l’autre partie mette fin à l’engagement de manière unilatérale à ses risques et périls » (V. notamment en ce sens Cass. com. 6 déc. 2016, n°15-12.981)
Ainsi, l’exigence de se focaliser désormais sur la gravité de l’inexécution contractuelle n’exclut pas d’apprécier cette gravité à la lumière du comportement du débiteur. On songe, en particulier au comportement qui rendrait impossible le maintien de la relation contractuelle dans des conditions normales (V. en ce sens Cass. 1ère civ. 13 mars 2007, n°06-10.229).
Il faut donc se garder d’opposer trop radicalement les deux critères : le comportement du débiteur ne disparaît pas de l’analyse, mais il change de fonction. De condition autonome qu’il était, il devient un indice parmi d’autres de la gravité de l’inexécution — singulièrement lorsque la déloyauté du débiteur révèle que la confiance, substrat de toute relation contractuelle durable, est définitivement rompue.
La question qui sans doute se posera sera de déterminer si la gravité de l’inexécution contractuelle doit être appréciée objectivement ou subjectivement.
Tandis qu’une approche objective commanderait de regarder l’économie générale du contrat, l’inexécution grave étant celle portant atteinte à son existence, l’approche subjective conduirait, quant à elle, à se tourner vers la commune intention des parties, la gravité de l’inexécution se déduisant des prévisions qui ont été stipulées comme essentielles par elles.
En pratique, ces deux grilles de lecture se combinent plus qu’elles ne s’excluent : le juge apprécie la gravité au regard de l’importance objective de l’obligation méconnue dans l’architecture du contrat, tout en tenant compte de ce que les parties ont elles-mêmes érigé en obligation déterminante de leur consentement.
2. La mise en œuvre de la résolution unilatérale
La résolution unilatérale se déploie en deux temps que l’article 1226 du Code civil articule rigoureusement : d’abord une mise en demeure préalable, destinée à offrir au débiteur une ultime chance de s’exécuter ; ensuite, l’inexécution persistant, la notification motivée de la résolution. Cette chronologie n’est pas indifférente, car l’irrégularité affectant le premier temps prive le créancier du droit d’accéder au second.
a. La mise en demeure du débiteur
==>Principe
L’article 1226 du Code civil subordonne l’exercice de la faculté de résolution unilatérale à la mise en demeure préalable du débiteur.
Ce texte prévoit en ce sens que « sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable. »
Il convient de le prévenir sur le risque auquel le débiteur s’expose en cas d’inaction, soit de subir l’anéantissement du contrat.
L’exigence d’une mise en demeure préalable n’est pas propre à la résolution unilatérale : elle gouverne, plus largement, la mise en œuvre des sanctions de l’inexécution, qu’il s’agisse de l’exécution forcée en nature, de la réduction du prix, de l’activation d’une clause résolutoire, de la résolution par notification ou encore de l’engagement de la responsabilité contractuelle. La fonction de cet acte est triple : constater formellement l’inexécution, alerter le débiteur sur sa défaillance et lui en faire mesurer les conséquences, et, partant, favoriser l’exécution volontaire du contrat avant que le couperet de la sanction ne tombe. C’est dire que la mise en demeure n’est pas une simple formalité, mais l’ultime expression de la faveur que le droit réserve au maintien du lien contractuel.
Pour rappel, la mise en demeure se définit comme l’acte par lequel le créancier commande à son débiteur d’exécuter son obligation.
L’alinéa 2 précise que « la mise en demeure mentionne expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. »
À l’examen, la mise en demeure doit donc répondre à des exigences de forme et de fond.
- Le formalisme de la mise en demeure
- La mise en demeure que le créancier adresse au débiteur doit répondre aux exigences énoncées à l’article 1344 du Code civil.
- Elle peut prendre la forme, selon les termes de l’article 1344 du Code civil, soit d’une sommation, soit d’un acte portant interpellation suffisante.
- En outre, en application de cette même disposition, elle peut être notifiée au débiteur :
- Soit par voie de signification
- Soit au moyen d’une lettre missive
- Le contenu de la mise en demeure
- En application de l’article 1226, al.2 du Code civil, pour valoir mise en demeure, l’acte doit mentionner « expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat ».
- À défaut, le créancier sera privé de la possibilité de se prévaloir de la résolution du contrat.
- Pour être valable, la mise en demeure doit donc comporter
- Une sommation ou une interpellation suffisante du débiteur
- Le délai – raisonnable – imparti au débiteur pour se conformer à la mise en demeure
- La menace d’une sanction
- La mention de la clause résolutoire
Cette dernière exigence — la mention expresse du droit de résoudre — appelle une attention particulière, car elle conditionne l’efficacité de tout le dispositif. La sanction de son omission est radicale : faute d’avoir averti le débiteur qu’il s’exposait à la résolution, le créancier se trouve privé du droit de s’en prévaloir. La mise en demeure silencieuse sur ce point ne vaut donc qu’interpellation ordinaire, impuissante à ouvrir la voie de la résolution unilatérale. La ratio de cette rigueur est limpide : le débiteur ne saurait subir l’anéantissement du contrat sans avoir été clairement averti de la menace qui pesait sur lui — nemo censetur ignorare ne dispensant pas le créancier de l’en prévenir.
Le délai imparti, quant à lui, doit être raisonnable, c’est-à-dire suffisant pour permettre au débiteur de s’exécuter eu égard à la nature de la prestation, sans pour autant priver le créancier de l’effet utile de la résolution. L’appréciation de ce caractère raisonnable relève du pouvoir souverain des juges du fond.
L’absence de mise en demeure peut être invoquée par le débiteur comme un moyen de défense au fond aux fins de faire échec aux prétentions du créancier.
==>Exceptions
L’exigence de mise en demeure préalable, pour générale qu’elle soit, n’est pas absolue. Deux séries de circonstances en dispensent le créancier : la première procède de la volonté des parties, la seconde de la nécessité commandée par l’urgence.
- La stipulation d’une clause
- En application de l’article 1344 du Code civil, il est toujours permis, pour les parties, de prévoir que l’exigibilité des obligations stipulées au contrat vaudra mise en demeure du débiteur.
- Dans cette hypothèse, l’exercice de la faculté de résolution unilatérale ne sera donc pas subordonné à sa mise en demeure du débiteur.
- À cet égard, le rapport du Président de la République précise que dans le silence de l’article 1226 sur son caractère impératif, « il doit être considéré que cette disposition n’est pas d’ordre public, y compris en cas d’urgence. »
- Il s’ensuit que les parties demeurent libres d’aménager conventionnellement le régime de la mise en demeure, voire d’en écarter purement et simplement l’exigence — la résolution unilatérale relevant, sur ce point, de l’ordre public de protection et non de direction.
- L’urgence
- L’article 1226, al. 1er prévoit expressément que, en cas d’urgence, le créancier est dispensé de mettre en demeure le débiteur préalablement à l’exercice de la faculté de résolution unilatérale.
- Par urgence, il faut entendre le risque imminent de préjudice pour le créancier susceptible de résulter de l’inexécution contractuelle V. en ce sens Cass. 1ère civ. 24 sept. 2009, n°08-14.524).
- En pareil cas, il convient, pour ce dernier, de réagir vite raison pour laquelle il est autorisé à rompre le contrat sans formalité préalable et donc sans octroyer au débiteur un délai raisonnable pour s’exécuter.
- La dispense se comprend aisément : exiger un délai d’exécution lorsque le moindre retard consommerait définitivement le préjudice reviendrait à priver la résolution de toute utilité. L’urgence justifie ainsi que la faveur due au débiteur cède devant la nécessité de préserver l’intérêt du créancier.
b. La notification de la résolution au débiteur
L’article 1226, al. 3 dispose que « lorsque l’inexécution persiste, le créancier notifie au débiteur la résolution du contrat et les raisons qui la motivent. »
Ainsi, l’exercice de la faculté de rompre unilatéralement le contrat est-il subordonné à la notification de la décision du créancier.
Cette notification peut intervenir soit, par voie d’exploit d’huissier, soit par voie de mise en demeure. En tout état de cause, elle vise à porter à la connaissance du débiteur la décision prise à son endroit.
Si, la notification matérialise l’exercice, par le créancier, de son droit potestatif à résoudre unilatéralement le contrat, l’article 1226 exige que cette notification soit motivée.
En d’autres termes, le créancier a l’obligation de préciser dans l’acte, l’inexécution contractuelle qu’il estime suffisamment grave pour justifier sa résolution.
Cette exigence vise à permettre, tant au débiteur, qu’au juge d’apprécier le bien-fondé de la décision du créancier.
La motivation remplit, en effet, une double fonction. À l’égard du débiteur, elle assure la loyauté de la rupture, en lui révélant les griefs articulés à son encontre et en le mettant ainsi en mesure d’y répondre. À l’égard du juge éventuellement saisi, elle fixe les termes du débat : le créancier ne pourra, en principe, invoquer devant le juge d’autres motifs que ceux qu’il aura énoncés dans sa notification, sous peine de vider l’exigence de sa substance.
Dans l’hypothèse où le débiteur estimerait que le motif invoqué par le créancier serait impropre à justifier la résolution du contrat, il pourra toujours saisir le juge afin de faire trancher le litige.
3. Le contrôle judiciaire de la résolution unilatérale
L’article 1226, al. 4e du Code civil prévoit que « le débiteur peut à tout moment saisir le juge pour contester la résolution. »
Ainsi, le recours au juge, en cas de résolution unilatérale du contrat, est toujours ouvert au débiteur.
Cette possibilité est conforme à la jurisprudence antérieure, selon laquelle la résolution unilatérale se fait aux « risques et périls » du créancier, condition reprise par le premier alinéa de l’article 1226.
Il importe de bien mesurer la portée de cette formule, qui constitue la clef de voûte du dispositif. En agissant « à ses risques et périls », le créancier prend l’initiative de la rupture sans la garantie préalable du juge : il assume, par avance, le risque que celui-ci, saisi a posteriori par le débiteur, désapprouve son appréciation de la gravité. Le contrôle judiciaire n’est donc pas une condition de validité de la résolution — qui produit ses effets dès la notification —, mais un mécanisme de vérification différée susceptible, le cas échéant, de la priver rétroactivement de tout effet et d’engager la responsabilité de son auteur.
Il incombera alors au juge d’apprécier le bien-fondé de la rupture du contrat. Plus précisément il lui faudra vérifier que l’inexécution dont s’est prévalu le créancier était suffisamment grave pour justifier la résolution.
En tout état de cause, en cas de saisine du juge par le débiteur, l’article 1226, al. 4e du Code civil pose que c’est au créancier qu’il reviendra de prouver la gravité de l’inexécution
Cette règle de charge probatoire mérite d’être soulignée, car elle déroge à l’ordonnancement procédural ordinaire. Bien que le débiteur soit demandeur à l’instance en contestation, c’est sur le créancier — défendeur à l’action mais auteur de la résolution — que pèse le fardeau d’établir la réalité et la gravité du manquement. Le législateur fait ainsi peser le risque de la preuve sur celui qui a pris l’initiative d’anéantir le contrat, en cohérence avec la logique des « risques et périls ».
En simplifiant à l’extrême, trois issues sont alors possibles :
- Première issue : la constatation de la résolution du contrat
- Si le juge considère que les conditions de la résolution unilatérale étaient réunies, il ne pourra alors que constater l’acquisition de la résolution
- Dans le même temps, il pourra condamner le débiteur au paiement de dommages et intérêts si le créancier en fait la demande, en application de l’article 1231-1 du Code civil.
- Deuxième issue : la constatation d’une inexécution pas suffisamment grave pour justifier la résolution du contrat
- Lorsque le juge est saisi par le débiteur, il peut considérer que, si l’inexécution du contrat – totale ou partielle – est bien avérée, elle n’est pas suffisamment grave pour justifier la résolution.
- Dans cette hypothèse, l’article 1228 du Code civil offre plusieurs alternatives au juge
- Il peut
- Soit constater ou prononcer la résolution
- Soit ordonner l’exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur
- Soit allouer seulement des dommages et intérêts.
- Au vrai tout dépendra des demandes formulées par le débiteur qui peut préférer prendre acte de la volonté du créancier de rompre le contrat ou exiger son exécution forcée : c’est selon.
- Troisième issue : la constatation de l’absence d’inexécution du contrat
- Autre hypothèse susceptible de se présenter : le juge considère que le débiteur n’a pas failli à ses obligations
- Aussi, dispose-il, dans cette configuration, de la faculté :
- Soit de constater, sur la demande du débiteur, que la rupture du contrat est définitivement consommée
- Soit ordonner l’exécution forcée du contrat
- Dans les deux cas, le juge pourra assortir l’option choisie d’une condamnation du créancier au paiement de dommages et intérêts.
Cette dernière issue révèle, en creux, toute la rigueur du dispositif pour le créancier imprudent : celui qui aura résolu le contrat à tort — soit en l’absence d’inexécution, soit sur le fondement d’un manquement insuffisamment grave — s’expose non seulement à se voir contraint de poursuivre l’exécution d’un contrat qu’il croyait éteint, mais encore à réparer le préjudice causé au débiteur par une rupture injustifiée. C’est dire que la liberté reconnue au créancier de résoudre unilatéralement a pour exact contrepoids la responsabilité qu’il encourt s’il en mésuse : l’efficacité économique recherchée par la réforme demeure ainsi étroitement bornée par les exigences de la sécurité juridique et de la protection du débiteur.