Droit des contrats · Modèle de contrat

Lettre d'intention

Un document que l'on écrit avant le contrat — dont la force obligatoire va du simple engagement moral à l'obligation ferme, selon ses termes. Le modèle prêt à adapter, et l'instrument qui le vérifie : ce que la loi impose en toute hypothèse, ce qui reste libre, ce qui se négocie, et le risque de voir la lettre requalifiée en offre ou en promesse.

13 articles en vigueur · vérifiés le 16.07.2026 · Légifrance
téléchargements lectures

lettre-dintention.docx

Modèle Word · à adapter
Télécharger le modèle

Gratuit · format Word · sans inscription

De quel côté de la table êtes-vous ?

Cela réordonne la lecture selon votre position. Rien n'est masqué.

Sommaire
01

Comprendre le contrat

Son régime, sa qualification, sa validité.

Ce qu'est ce document
Un jalon dans la négociation

La lettre d'intention formalise l'état d'avancement de négociations qui, par principe, sont libres et menées de bonne foi (). Elle ne « tient lieu de loi » aux parties () que si ses termes forment un véritable contrat.

Sa force obligatoire
Variable — du moral au ferme

Elle peut n'être qu'un engagement moral, sans effet contraignant, ou lier fermement son auteur : tout dépend de ses termes. À défaut de volonté d'être lié, « il y a seulement invitation à entrer en négociation » ().

Ce qui protège
La liberté de négocier

L'initiative comme la rupture des négociations sont libres, sous la seule réserve de la bonne foi. La réparation d'une faute ne compense « ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance d'obtenir ces avantages » ().

Le risque
Être requalifié en offre

Une lettre trop précise peut valoir offre ferme () ou promesse unilatérale () — et engager son auteur au-delà de son intention. C'est le juge, non l'intitulé, qui qualifie.

Le régime

Un document précontractuel à la force obligatoire variable

La lettre d'intention n'est pas un contrat nommé : c'est un document précontractuel dont la force obligatoire est variable. Le principe est la liberté : « l'initiative, le déroulement et la rupture des négociations précontractuelles sont libres », sous la réserve impérative de la bonne foi () — disposition d'ordre public (). Selon la teneur de ses termes, la lettre peut n'exprimer qu'un simple engagement moral, sans effet contraignant, ou au contraire obliger fermement son auteur. C'est la qualification retenue par le juge, et non l'intitulé choisi, qui décide de sa portée : si la lettre « comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d'être lié », elle vaut offre ; « à défaut, il y a seulement invitation à entrer en négociation » (). Plus précise encore, elle peut être requalifiée en promesse unilatérale (). La lettre ne « tient lieu de loi » aux parties () que dans la mesure où ses stipulations traduisent une volonté de s'engager, laquelle « peut résulter d'une déclaration ou d'un comportement non équivoque » (). Elle reste en revanche toujours tenue au devoir précontractuel d'information, que les parties « ne peuvent ni limiter, ni exclure » ().

Les conditions de validité

Le consentement des parties

Première condition de validité de tout contrat ().

Leur capacité de contracter

Deuxième condition de validité ().

Un contenu licite et certain

Troisième condition ().

Une volonté de s'engager

La lettre ne devient un contrat que si les parties manifestent leur volonté de s'engager, laquelle « peut résulter d'une déclaration ou d'un comportement non équivoque » () ; à défaut, elle demeure un jalon des pourparlers ().

Le risque central : être engagé malgré soi

Une lettre d'intention n'engage que si ses termes traduisent une volonté de s'obliger — mais cette qualification échappe à l'intitulé. Rédigée de façon trop précise, elle peut être requalifiée : en offre ferme si elle comprend les éléments essentiels du contrat et exprime la volonté d'être lié (), l'offre ne pouvant alors être rétractée avant le délai fixé par son auteur ou, à défaut, un délai raisonnable () ; en promesse unilatérale si elle accorde au destinataire le droit d'opter pour un contrat dont les éléments essentiels sont déterminés (). À l'inverse, un simple engagement de proposer prioritairement de traiter relèverait du pacte de préférence (). Pour préserver la seule valeur d'un jalon de négociation, la lettre doit dire expressément qu'elle ne vaut ni offre ni promesse et ne liera qu'à la signature du contrat définitif.

≠ l'accord de confidentialité (NDA), dont le seul objet est de protéger les informations échangées, celui qui les divulgue sans autorisation engageant sa responsabilité (). ≠ la promesse unilatérale, qui confère déjà au bénéficiaire le droit d'opter pour un contrat déterminé (), et le pacte de préférence, par lequel une partie s'engage à proposer prioritairement de traiter (). Le critère décisif reste la volonté de s'engager qui se dégage des termes employés ().

02

Composer

Les clauses à écrire, celles qui sont interdites.

0/8

La charpente du document

Cochez au fil de votre rédaction.

Imposées par la loi

La bonne foi dans la conduite des négociations

« Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public » () ; l'initiative, le déroulement et la rupture des négociations « doivent impérativement satisfaire aux exigences de la bonne foi » ().

ordre public
Le devoir précontractuel d'information

Celle des parties qui connaît une information déterminante pour le consentement de l'autre doit l'en informer () ; « les parties ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir », dont le manquement peut entraîner l'annulation du contrat ().

ordre public

Structurantes — à négocier

La portée de l'engagement

La lettre précise dans quelle mesure elle engage : à défaut de volonté d'être lié, elle vaut « seulement invitation à entrer en négociation » () ; des termes trop précis peuvent au contraire l'ériger en offre ferme.

L'objet et le périmètre des négociations

La lettre décrit l'opération envisagée et les points restant à négocier ; chacun demeure libre de déterminer le contenu et la forme du futur contrat dans les limites de la loi ().

L'exclusivité des pourparlers

En l'absence de clause, chacun reste libre de négocier parallèlement avec des tiers, les négociations étant libres () ; une clause d'exclusivité peut restreindre cette liberté pour un temps déterminé.

La confidentialité des échanges

Celui qui « utilise ou divulgue sans autorisation une information confidentielle obtenue à l'occasion des négociations engage sa responsabilité » () ; une clause peut en préciser le périmètre et la durée.

De précaution

La clause de réserve (non-engagement)

Pour éviter la requalification, la lettre stipule qu'elle ne vaut ni offre () ni promesse () et ne liera les parties qu'à la signature du contrat définitif.

Le sort des frais d'études

À défaut de clause, chacun supporte ses frais ; la réparation d'une rupture fautive ne couvre « ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance d'obtenir ces avantages » ().

Trois strates : ce que la loi impose en toute hypothèse (la bonne foi et le devoir d'information, d'ordre public), ce qui est structurant — au premier chef la portée que la lettre se donne à elle-même —, et ce qui relève de la précaution rédactionnelle. Ici, le « réputé non écrit » ne joue pas : le vrai risque est la requalification d'une lettre trop précise en offre () ou en promesse ().

Ce que le contrat ne peut pas stipuler

Écarter le devoir précontractuel d'information

« Les parties ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir » () : une clause qui prétendrait le supprimer est inopérante, et le manquement peut entraîner l'annulation du contrat ().

Aménager ou supprimer la bonne foi

L'exigence de bonne foi dans la négociation est « d'ordre public » () : les négociations « doivent impérativement satisfaire » à ses exigences (), aucune stipulation ne pouvant en dispenser les parties.

Se croire libre de rompre sans aucune limite

La rupture des négociations est libre, mais devient fautive si elle méconnaît la bonne foi () : une clause proclamant une liberté de rupture absolue ne fait pas échec à la responsabilité qui sanctionne l'abus.

Divulguer les informations confidentielles reçues

Utiliser ou divulguer sans autorisation une information confidentielle obtenue lors des négociations engage la responsabilité de son auteur, dans les conditions du droit commun ().

À la différence des baux, la sanction n'est pas le « réputé non écrit ». Les vraies sanctions sont la responsabilité (rupture fautive, divulgation — , ), l'inefficacité de la clause contraire à l'ordre public (, ) et surtout la requalification : une lettre présentée comme non engageante peut être requalifiée en offre () ou en promesse () si ses termes trahissent la volonté de s'obliger — le juge n'est pas lié par l'intitulé.

03

Équilibrer

Ce que la loi garantit à chacun, et où se négocie le reste.

Les deux colonnes disent, pour chaque partie, ce que la loi lui garantit et ce qu'elle lui impose. Choisir votre siège réordonne la lecture : rien n'est masqué, et l'on ne dit pas qui aurait « l'avantage ».

Rédacteur
vous engage
Conduire les négociations de bonne foi

L'initiative, le déroulement et la rupture des négociations sont libres, mais « doivent impérativement satisfaire aux exigences de la bonne foi » (), disposition d'ordre public ().

vous engage
Informer sur ce qui est déterminant

Le rédacteur qui connaît une information déterminante pour le consentement du destinataire doit l'en informer ; ce devoir ne peut être ni limité ni exclu ().

vous protège
Rester libre de ne pas conclure

Chacun est « libre de contracter ou de ne pas contracter » () : la lettre ne prive pas son auteur de la liberté de ne pas signer le contrat définitif, les négociations demeurant libres ().

vous engage
Le risque d'être lié par ses propres termes

Si la lettre comprend les éléments essentiels du contrat et exprime la volonté d'être lié, elle vaut offre () — irrévocable avant terme () — voire promesse unilatérale ().

vous protège
Une réparation limitée en cas de rupture

Même fautive, la rupture n'oblige pas à compenser « la perte des avantages attendus du contrat non conclu » ni « la perte de chance d'obtenir ces avantages » ().

Destinataire
vous protège
Compter sur des négociations de bonne foi

Le destinataire peut se fier à la loyauté de la négociation : une rupture fautive, contraire à la bonne foi, engage la responsabilité de son auteur ().

vous protège
Être informé de ce qui est déterminant

Le destinataire doit recevoir l'information dont l'importance est déterminante pour son consentement dès lors qu'il l'ignore légitimement ; ce devoir ne peut être écarté ().

vous engage
Négocier lui aussi de bonne foi

Le destinataire est tenu des mêmes exigences : les négociations « doivent impérativement satisfaire aux exigences de la bonne foi » (), d'ordre public ().

vous engage
Ne pas divulguer les informations confidentielles

Utiliser ou divulguer sans autorisation une information confidentielle obtenue lors des négociations engage sa responsabilité ().

vous protège
Se prévaloir d'une lettre qui vaut offre

Si les termes de la lettre expriment la volonté de s'engager, le destinataire peut s'en prévaloir comme d'une offre () ou d'une promesse dont il détient le droit d'option ().

Où se joue la négociation

Le précontractuel laisse aux parties une marge très large : l'essentiel se joue sur la portée que la lettre se donne à elle-même. Les points ci-dessous sont ceux où la rédaction fait la différence.

PointÀ défaut, la loi ditVotre marge
La portée de l'engagementÀ défaut de volonté d'être lié, la lettre vaut « seulement invitation à entrer en négociation » ().Les parties peuvent écarter expressément tout engagement ferme, ou au contraire s'obliger sur certains points précis — au risque, alors, d'une requalification en offre.
L'exclusivité des pourparlersChacun reste libre de négocier parallèlement avec des tiers, les négociations étant libres ().Une clause d'exclusivité peut être stipulée pour une durée déterminée.
La confidentialitéLa divulgation d'une information confidentielle obtenue lors des négociations engage la responsabilité ().Une clause peut préciser le périmètre des informations protégées et la durée de l'obligation.
Le sort des frais engagésChacun supporte ses frais ; la réparation d'une rupture fautive ne couvre pas les avantages attendus du contrat non conclu ().Les parties peuvent convenir de la répartition des frais d'études et d'audit.
04

Signer

Formalités, annexes, relecture, la vie du contrat.

0/4

Avant de signer

Formalités et annexes exigées par la loi.

Qualifier expressément la portée de la lettre

Indiquer si la lettre engage ou non, et dans quelle mesure : à défaut, le juge apprécie sa portée d'après ses termes ().

Vérifier l'absence des éléments d'une offre ferme

S'assurer que la lettre ne réunit pas, sans le vouloir, les éléments essentiels du contrat et la volonté d'être lié (), ni le droit d'option caractérisant une promesse ().

Rappeler la bonne foi et la confidentialité

Rappeler que la négociation se poursuit de bonne foi () et que les informations échangées restent confidentielles ().

Dater la lettre et identifier l'opération visée

Dater et signer, en gardant à l'esprit que la volonté de s'engager « peut résulter d'une déclaration ou d'un comportement non équivoque » () : la précision des termes est décisive.

Faire relire la lettre

Une lettre d'intention engage — ou n'engage pas — selon les termes employés : la portée de l'engagement, l'exclusivité, la confidentialité et la réserve de non-engagement méritent une relecture avant signature. Indiquez votre commune pour trouver des avocats du ressort ; l'annuaire G-Droit référence les avocats par barreau et par spécialité.

Annuaire G-Droit · donnée conservée sur votre appareil, jamais transmise.

La vie du contrat

L'entrée en pourparlers

Les négociations s'ouvrent librement et se conduisent de bonne foi () ; chacun doit à l'autre l'information déterminante pour son consentement ().

La lettre d'intention

Elle fixe par écrit l'état des négociations et le périmètre de l'opération ; sa portée dépend des termes retenus, entre simple invitation à négocier et engagement ().

La poursuite ou la rupture

La rupture des négociations reste libre, mais devient fautive si elle méconnaît la bonne foi ; la réparation ne couvre alors ni les avantages attendus ni la perte de chance ().

La rupture des pourparlers
L'éventuelle requalification

Si la lettre comprenait les éléments essentiels et la volonté d'être lié, elle a pu valoir offre () — irrévocable avant terme () — ou promesse unilatérale ().

La conclusion du contrat définitif

Le contrat se forme par la rencontre d'une offre et d'une acceptation manifestant la volonté de s'engager () ; la lettre d'intention est alors absorbée par l'accord final.

05

Questions & ressources

FAQ et liens utiles.

Une lettre d'intention engage-t-elle celui qui la signe ?
Cela dépend de ses termes. Par principe, les négociations sont libres () et la lettre peut n'être qu'un engagement moral. Mais si elle comprend les éléments essentiels du contrat et exprime la volonté d'être lié, elle vaut offre et oblige son auteur ; « à défaut, il y a seulement invitation à entrer en négociation » ().
Peut-on rompre des négociations après une lettre d'intention ?
Oui : l'initiative comme la rupture des négociations sont libres (). La rupture n'est fautive que si elle méconnaît la bonne foi ; même alors, la réparation ne peut compenser « ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte de chance d'obtenir ces avantages » ().
Comment éviter que la lettre soit requalifiée en offre ferme ?
En excluant expressément qu'elle vaille offre ou promesse et en réservant l'engagement à la signature du contrat définitif. La requalification en offre suppose des éléments essentiels et une volonté d'être lié () ; en promesse unilatérale, le droit d'opter pour un contrat déterminé ().
La lettre crée-t-elle des obligations même si elle n'engage pas au fond ?
Oui. Le devoir précontractuel d'information s'impose, et « les parties ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir » () ; son manquement peut entraîner l'annulation du contrat (). La bonne foi est également d'ordre public ().
Peut-on prévoir la confidentialité dans une lettre d'intention ?
Oui, et c'est utile : « celui qui utilise ou divulgue sans autorisation une information confidentielle obtenue à l'occasion des négociations engage sa responsabilité » (). Une clause peut en préciser le périmètre et la durée.
Lettre d'intention, offre, promesse : quelles différences ?
L'offre comprend les éléments essentiels et exprime la volonté d'être lié () ; la promesse unilatérale accorde au bénéficiaire le droit d'opter pour un contrat déterminé () ; le pacte de préférence engage à proposer prioritairement de traiter (). La lettre d'intention n'a, elle, que la portée que lui donnent ses termes.

Approfondir la règle

Calculer

Les textes cités

Ce modèle est un document type à adapter ; il ne constitue pas une consultation juridique.