Droit des contrats · Modèle de contrat

Contrat de bail commercial

Un contrat que les parties écrivent — mais adossé à un statut d’ordre protecteur. Le modèle prêt à adapter, et l’instrument qui le vérifie : ce que le statut impose, ce qu’il répute non écrit, ce qu’il laisse à négocier, et ce qu’il garantit à chaque partie — au premier rang, la propriété commerciale du preneur.

22 articles en vigueur · vérifiés le 16.07.2026 · Légifrance
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Sommaire
01

Comprendre le contrat

Son régime, sa qualification, sa validité.

Ce qu’est ce contrat
Un local, une propriété commerciale

Le bail commercial loue un immeuble ou un local dans lequel un fonds de commerce ou artisanal est exploité (). Le contrat tient lieu de loi aux parties (), mais il s’inscrit dans le statut des baux commerciaux, qui ouvre au preneur un droit au renouvellement — la « propriété commerciale ».

Sa durée
Neuf ans au moins

« La durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans » ; le preneur peut néanmoins donner congé à l’expiration de chaque période triennale, au moins six mois à l’avance ().

Ce qui protège
Le droit au renouvellement

Le preneur qui exploite effectivement son fonds depuis trois ans a droit au renouvellement () ; à défaut, le bailleur lui doit une indemnité d’éviction égale au préjudice causé ().

Ce qui est verrouillé
Clauses réputées non écrites

Sont réputées non écrites, quelle qu’en soit la forme, les clauses qui font échec au droit de renouvellement ou aux règles de durée, de révision et de déspécialisation (), ainsi que celles qui interdisent la cession du bail à l’acquéreur du fonds ().

Le régime

La liberté contractuelle, encadrée par un statut

Le bail commercial relève du statut des baux commerciaux dès lors qu’un fonds de commerce ou artisanal est exploité dans les lieux loués par un preneur immatriculé (). Contrairement au bail d’habitation, ce statut n’est pas « tout d’ordre public » : la force obligatoire du contrat () et la liberté contractuelle jouent largement — le loyer initial, par exemple, est libre. Le statut protège autrement : il répute non écrite toute clause qui ferait échec au droit de renouvellement, aux règles de durée (), de révision ou de déspécialisation (), et toute clause interdisant au preneur de céder son bail à l’acquéreur de son fonds (). L’ossature protégée — la « propriété commerciale » — est ainsi préservée, tandis que le reste se négocie. Le contrat doit en outre être négocié, formé et exécuté de bonne foi, disposition d’ordre public ().

Les conditions de validité

Le consentement des parties

Première condition de validité de tout contrat ().

Leur capacité de contracter

Deuxième condition de validité ().

Un contenu licite et certain

Troisième condition () : le bail commercial est un louage de choses (), dont l’objet est la jouissance du local.

L’exploitation d’un fonds dans les lieux

Le statut ne s’applique qu’aux baux de locaux où est exploité un fonds de commerce ou artisanal, dont le propriétaire est immatriculé au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers () : c’est ce critère, et non la seule volonté des parties, qui déclenche la protection.

≠ le bail dérogatoire, conclu pour trois ans au plus et hors statut (), la convention d’occupation précaire, et le bail d’habitation. Ici, le critère décisif est l’exploitation d’un fonds de commerce ou artisanal dans les lieux ().

02

Composer

Les clauses à écrire, celles qui sont interdites.

0/7

La charpente du contrat

Cochez au fil de votre rédaction.

Imposées par la loi

L’identité des parties et la désignation du local

Le contrat identifie le bailleur et le preneur, désigne précisément le local loué et rappelle l’immatriculation du preneur, condition du bénéfice du statut ().

L’inventaire des charges

« Tout contrat de location comporte un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés à ce bail », avec l’indication de leur répartition entre bailleur et preneur ; un état récapitulatif annuel est adressé au preneur ().

L’état des lieux

Un état des lieux est établi contradictoirement à la prise de possession et à la restitution ; le bailleur qui n’a pas fait toutes diligences pour l’établir ne peut invoquer la présomption de l’ relative à l’état de délivrance ().

Structurantes — à négocier

La destination des lieux

La destination délimite les activités que le preneur peut exercer ; il pourra toutefois y adjoindre des activités connexes ou complémentaires selon la procédure de déspécialisation ().

La durée du bail

Neuf ans au moins () : c’est un plancher protégé, toute clause y faisant échec étant réputée non écrite (). Une durée supérieure est licite ; des baux de locaux à usage exclusif de bureaux, monovalents ou de stockage peuvent comporter des stipulations contraires à la faculté de résiliation triennale ().

réputée non écrite
Le loyer et son indexation

Le loyer initial est fixé librement par les parties. En cours de bail, une clause d’échelle mobile peut l’indexer ; à défaut d’accord, le loyer révisé doit correspondre à la valeur locative ().

De précaution

La clause résolutoire

La clause de résiliation de plein droit « ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux » ; le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai ().

Trois strates : ce que le statut impose (inventaire des charges, état des lieux), ce qui est structurant (durée, destination, loyer — un cadre, avec une marge), ce qui relève de la précaution rédactionnelle. Attention : la clause résolutoire n’emporte résiliation qu’un mois après un commandement resté infructueux, lequel doit reproduire ce délai à peine de nullité ().

Ce que le contrat ne peut pas stipuler

Faire échec au droit de renouvellement

Est réputée non écrite toute clause qui a pour effet de faire échec au droit de renouvellement institué par le statut ().

réputée non écrite
Écarter la durée de neuf ans ou la révision

Sont réputées non écrites les clauses faisant échec aux dispositions sur la durée (), sur la révision et le plafonnement du loyer, et sur la déspécialisation ().

réputée non écrite
Interdire la cession du bail à l’acquéreur du fonds

Sont réputées non écrites les conventions tendant à interdire au preneur de céder son bail à l’acquéreur de son fonds de commerce ou de son entreprise ().

réputée non écrite

La sanction est propre au statut : la clause est réputée non écrite (, ) — elle tombe de plein droit, sans qu’il soit besoin de la faire annuler, et le bail survit. À ne pas confondre avec la nullité, qui frappe ailleurs : le commandement de payer visant la clause résolutoire doit, à peine de nullité, mentionner le délai d’un mois ().

03

Équilibrer

Ce que la loi garantit à chacun, et où se négocie le reste.

Les deux colonnes disent, pour chaque partie, ce que la loi lui garantit et ce qu'elle lui impose. Choisir votre siège réordonne la lecture : rien n'est masqué, et l'on ne dit pas qui aurait « l'avantage ».

Bailleur
vous engage
Délivrer le local et en assurer la jouissance

Le bailleur est obligé, par la nature du contrat, de délivrer la chose louée, de l’entretenir en état de servir à l’usage prévu et d’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ().

vous engage
Établir l’inventaire des charges

Le bailleur annexe au bail l’inventaire précis et limitatif des charges, impôts, taxes et redevances, et adresse au preneur un état récapitulatif annuel ().

vous protège
Refuser le renouvellement, mais indemniser

Le bailleur peut refuser le renouvellement du bail ; il doit alors, sauf exceptions, payer au preneur évincé une indemnité d’éviction égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement ().

vous protège
Le loyer renouvelé suit la valeur locative

Le montant des loyers des baux renouvelés ou révisés doit correspondre à la valeur locative, appréciée d’après les caractéristiques du local, la destination des lieux, les obligations des parties, les facteurs locaux de commercialité et les prix du voisinage ().

vous protège
La clause résolutoire lui reste ouverte

Le bailleur peut stipuler une clause de résiliation de plein droit, qui produit effet un mois après un commandement demeuré infructueux mentionnant ce délai à peine de nullité ().

Preneur
vous engage
Payer le loyer et user selon la destination

Le preneur doit payer le prix du bail aux termes convenus et user de la chose louée raisonnablement, suivant la destination qui lui a été donnée par le bail ().

vous engage
Exploiter effectivement son fonds

Le droit au renouvellement suppose une exploitation effective du fonds au cours des trois années qui ont précédé l’expiration du bail () : l’inexploitation, sauf motif légitime, prive le preneur de la propriété commerciale.

vous protège
Le droit au renouvellement lui est acquis

Le propriétaire du fonds exploité dans les lieux peut invoquer le droit au renouvellement du bail () ; à défaut de congé, il en fait la demande dans les six mois précédant l’expiration, par acte extrajudiciaire ou lettre recommandée avec accusé de réception ().

vous protège
L’indemnité d’éviction en cas de refus

Si le bailleur refuse le renouvellement, le preneur évincé a droit à une indemnité égale au préjudice causé, comprenant notamment la valeur marchande du fonds augmentée des frais de déménagement, de réinstallation et des droits de mutation ().

vous protège
La faculté de congé triennal

Le preneur a la faculté de donner congé à l’expiration de chaque période triennale, au moins six mois à l’avance, par lettre recommandée avec accusé de réception ou acte extrajudiciaire ().

vous protège
Le loyer révisé est plafonné

Sauf modification notable, la variation du loyer du bail à renouvelé, si sa durée n’excède pas neuf ans, ne peut dépasser la variation de l’indice trimestriel des loyers commerciaux ou des activités tertiaires ().

vous protège
L’adjonction d’activités connexes

Le preneur peut adjoindre à l’activité prévue au bail des activités connexes ou complémentaires, à charge d’en informer le propriétaire, qui dispose de deux mois pour en contester le caractère connexe ().

Où se joue la négociation

Le statut protège l’ossature — renouvellement, durée, révision, déspécialisation — mais laisse aux parties une marge réelle, plus large que dans le bail d’habitation. Les points ci-dessous sont ceux où la négociation se joue.

PointÀ défaut, la loi ditVotre marge
Le loyer initialAucun plafond légal : la fixation du loyer d’origine est libre.Seuls le loyer révisé et le loyer du bail renouvelé sont encadrés — ils doivent correspondre à la valeur locative (), le renouvellement étant en outre plafonné ().
La duréeNeuf ans au minimum ().Une durée plus longue est licite. Pour les locaux monovalents, à usage exclusif de bureaux ou de stockage, les parties peuvent écarter la faculté de résiliation triennale ().
La répartition des chargesUn inventaire précis et limitatif est obligatoire ().Dans ce cadre, la répartition des charges, impôts et taxes entre bailleur et preneur se négocie et figure à l’inventaire.
L’indexation du loyerAucune indexation automatique si le bail ne la prévoit pas.Une clause d’échelle mobile peut être stipulée ; elle demeure soumise, en cas de révision, au rattachement à la valeur locative ().
04

Signer

Formalités, annexes, relecture, la vie du contrat.

0/4

Avant de signer

Formalités et annexes exigées par la loi.

Le bail est établi par écrit

L’écrit n’est pas exigé à peine de nullité, mais il conditionne la tacite prolongation : « le bail fait par écrit se prolonge tacitement au-delà du terme fixé » à défaut de congé ou de demande de renouvellement ().

L’état des lieux d’entrée est joint

Établi contradictoirement à la prise de possession, il est joint au contrat ou conservé par chaque partie ; à défaut de diligence, le bailleur ne peut invoquer la présomption de bon état de délivrance ().

L’inventaire des charges est annexé

L’inventaire précis et limitatif des charges, impôts, taxes et redevances, et leur répartition, est communiqué au preneur à la conclusion, puis actualisé ().

L’immatriculation du preneur est vérifiée

Le bénéfice du statut suppose que le preneur exploite un fonds et soit immatriculé au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ().

Faire relire le contrat

La destination, la durée, la répartition des charges, l’indexation et les conditions de renouvellement structurent le bail commercial pour neuf ans au moins — chacune se discute. Indiquez votre commune pour trouver des avocats du ressort ; l’annuaire G-Droit référence les avocats par barreau et par spécialité.

Annuaire G-Droit · donnée conservée sur votre appareil, jamais transmise.

La vie du contrat

La conclusion

Bail écrit désignant le local et la destination, état des lieux d’entrée () et inventaire des charges annexés (), immatriculation du preneur vérifiée ().

La durée, puis la tacite prolongation

Neuf ans au moins (). À défaut de congé ou de demande de renouvellement, le bail écrit se prolonge tacitement ; le congé doit alors être donné au moins six mois à l’avance et pour le dernier jour du trimestre civil ().

La révision triennale du loyer

La révision ne peut être demandée que trois ans au moins après l’entrée en jouissance ou le point de départ du bail renouvelé ; elle prend effet à compter de la demande (), et la hausse est en principe plafonnée ().

Le renouvellement, ou l’éviction

Le preneur demande le renouvellement dans les six mois précédant l’expiration (). Le bailleur peut refuser, mais il doit alors payer l’indemnité d’éviction réparant le préjudice ().

Estimer l’indemnité d’éviction
L’impayé — un mois après commandement

La clause résolutoire « ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux », lequel mentionne ce délai à peine de nullité (). Le juge saisi peut accorder des délais et suspendre les effets de la clause.

Recouvrer une créance : l’injonction de payer
05

Questions & ressources

FAQ et liens utiles.

Un bail commercial peut-il durer moins de neuf ans ?
Non, pas en restant sous le statut : « la durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans » (). Pour une durée courte, les parties concluent un bail dérogatoire, dont la durée totale ne peut excéder trois ans () — mais il n’ouvre alors ni droit au renouvellement ni propriété commerciale.
Qu’est-ce que la propriété commerciale ?
C’est le droit au renouvellement du bail. Il ne peut être invoqué que par le propriétaire du fonds exploité dans les lieux, à condition d’une exploitation effective au cours des trois années précédentes (). Toute clause y faisant échec est réputée non écrite ().
Le bailleur peut-il refuser le renouvellement ?
Oui, mais à un prix : il doit alors payer au preneur évincé une indemnité d’éviction « égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement », comprenant notamment la valeur marchande du fonds et les frais de déménagement et de réinstallation ().
Le loyer d’un bail commercial est-il plafonné ?
Le loyer initial est libre. En revanche, le loyer révisé ou renouvelé doit correspondre à la valeur locative (), et la hausse au renouvellement est en principe plafonnée à la variation de l’indice des loyers commerciaux ou des activités tertiaires ().
Que se passe-t-il en cas de loyer impayé ?
Si le bail contient une clause résolutoire, elle « ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux », le commandement devant mentionner ce délai à peine de nullité (). Le juge peut accorder des délais de paiement et suspendre les effets de la clause.
Le preneur peut-il changer d’activité ?
Il peut adjoindre à l’activité prévue des activités connexes ou complémentaires, en informant le bailleur, qui dispose de deux mois pour en contester le caractère connexe (). Un changement complet d’activité relève de la déspécialisation plénière, plus encadrée.

Approfondir la règle

Calculer

Les textes cités

Ce modèle est un document type à adapter ; il ne constitue pas une consultation juridique.