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Les pouvoirs du Juge aux affaires familiales (JAF) près le Tribunal judiciaire

Mis à jour le 26 juin 20267 min de lecture230 lectures

Ce tableau synthétise les pouvoirs conférés au Juge aux affaires familiales près le Tribunal judiciaire, nouvelle juridiction de droit commun issue de la fusion entre le Tribunal de grande instance et le Tribunal d’instance opérée par la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, et mise en œuvre par :

  • Le décret n° 2019-912
  • Le décret n° 2019-913
  • Le décret n° 2019-914
  • Le décret n° 2019-965
  • L’ordonnance n° 2019-964
Juge aux affaires familiales. Magistrat du siège du Tribunal judiciaire spécialement délégué aux affaires familiales (art. L. 213-3 du Code de l’organisation judiciaire), il connaît, en qualité de juge unique, du contentieux du divorce et de ses suites, de l’autorité parentale, de la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants, de la fixation et de la révision des pensions, ainsi que de la liquidation et du partage des intérêts patrimoniaux des époux, des partenaires liés par un pacte civil de solidarité et des concubins.

1. La portée de la réforme : un guichet unique du contentieux familial

La compréhension de ce tableau suppose, au préalable, de mesurer l’ampleur du mouvement de rationalisation engagé par la loi du 23 mars 2019. Avant le 1er janvier 2020, le justiciable était susceptible de saisir deux ordres de juridiction de premier degré distincts — le Tribunal de grande instance et le Tribunal d’instance —, dont la répartition reposait pour l’essentiel sur le taux du litige et sur des compétences d’attribution éparses. La création du Tribunal judiciaire, par absorption de ces deux structures en une juridiction unique, a procédé d’un double objectif : simplifier l’accès au juge en supprimant les hésitations relatives à la juridiction compétente, et unifier le traitement du contentieux de la famille au sein d’une formation spécialisée. Le Juge aux affaires familiales demeure ainsi le pivot du droit des personnes et de la famille, mais il exerce désormais ses attributions au sein de la juridiction de droit commun reconstituée.

Il importe, à cet égard, de distinguer deux ordres de considérations que la réforme a précisément entendu clarifier. D’une part, la compétence d’attribution détermine la matière dont le juge peut connaître ; d’autre part, l’étendue des pouvoirs détermine ce que le juge peut décider une fois régulièrement saisi. Le tableau qui suit se rapporte à ce second registre : il recense non pas les chefs de compétence du Juge aux affaires familiales, mais l’amplitude des prérogatives qu’il met en œuvre dans l’exercice de sa mission.

2. La physionomie des pouvoirs du Juge aux affaires familiales

Les pouvoirs recensés ne procèdent pas d’une logique uniforme. Le Juge aux affaires familiales exerce tantôt une fonction juridictionnelle au sens strict — il tranche un litige par application de la règle de droit —, tantôt une fonction de protection qui le rapproche du juge des tutelles, tantôt enfin une mission d’administration des intérêts familiaux dans laquelle l’opportunité prend le pas sur le seul syllogisme juridique. Cette plasticité explique l’étendue, parfois surprenante, des prérogatives qui lui sont reconnues. Pour en saisir la cohérence, il convient de la décliner suivant trois axes.

==>Le pouvoir d’instruction et d’information

Le Juge aux affaires familiales n’est pas tenu de statuer sur les seuls éléments qui lui sont spontanément soumis. Il dispose du pouvoir d’ordonner toute mesure d’instruction utile — enquête sociale, expertise, audition de l’enfant, mesure médico-psychologique — afin d’éclairer sa décision, spécialement lorsque l’intérêt de l’enfant est en cause. Ce pouvoir d’investigation, qui déroge à la stricte logique accusatoire du procès civil, traduit la nature particulière du contentieux familial : le juge y est moins l’arbitre passif d’un débat contradictoire que le garant actif d’intérêts qui dépassent ceux des seules parties. Lorsqu’une requête est transmise au tribunal par l’intermédiaire du procureur de la République, la juridiction conserve la faculté d’ordonner toute mesure d’information complémentaire avant de se prononcer, de sorte que l’instruction demeure ouverte jusqu’au prononcé.

==>Le pouvoir d’organisation des relations personnelles

Le deuxième axe a trait à l’organisation concrète des liens entre l’enfant et ses proches. Lorsqu’il statue sur le droit de visite, le Juge aux affaires familiales ne se borne pas à en consacrer le principe : il lui appartient d’en arrêter lui-même les modalités d’exercice. Cette exigence est d’autant plus marquée que le juge décide que les rencontres se dérouleront dans un espace de rencontre, lieu neutre destiné à sécuriser le lien lorsque les circonstances l’imposent. La Cour de cassation a précisé que, dans cette hypothèse, le juge ne saurait s’en remettre au gestionnaire de la structure du soin de déterminer la fréquence et la durée des rencontres : il doit fixer lui-même la durée de la mesure ainsi que la périodicité et la durée des visites, sous peine de méconnaître l’étendue de ses propres pouvoirs.

Cass. 1re civ., 14 avr. 2021, n° 19-21.024
Faits
Statuant sur les modalités d’exercice du droit de visite d’un parent, le juge aux affaires familiales avait décidé, sur le fondement de l’article 373-2-9 du Code civil, que ce droit s’exercerait au sein d’un espace de rencontre. Plutôt que d’en arrêter lui-même le cadre temporel, il s’en était remis pour la périodicité et la durée des rencontres à ce qu’avait décidé, à titre provisoire, le juge des enfants saisi sur le fondement des articles 375-3 et 375-7 du Code civil au titre de l’assistance éducative.
Problème
Le juge aux affaires familiales qui ordonne l’exercice du droit de visite dans un espace de rencontre peut-il, pour en fixer la périodicité et la durée, s’en remettre à la décision provisoire prise par le juge des enfants dans le cadre de l’assistance éducative ?
Solution
Non. Selon l’article 1180-5 du Code de procédure civile, lorsqu’il décide que le droit de visite s’exercera dans un espace de rencontre en application de l’article 373-2-9 du Code civil, le juge aux affaires familiales fixe la durée de la mesure et détermine lui-même la périodicité et la durée des rencontres, sans pouvoir s’en remettre sur ce point à la décision, de nature provisoire, du juge des enfants prise sur le fondement des articles 375-3 et 375-7 du Code civil.
Portée
L’arrêt délimite la répartition des offices entre deux juges aux compétences distinctes : le juge aux affaires familiales, gardien des relations parents-enfant, ne saurait subordonner l’organisation du droit de visite qu’il prononce aux mesures, par nature provisoires, arrêtées par le juge des enfants dans le cadre de l’assistance éducative. Chacun exerçant une compétence propre, le premier doit fixer intégralement le cadre temporel de la mesure qu’il ordonne, sans s’en décharger sur les décisions du second.

L’étendue de ce pouvoir se mesure aussi à ses limites, lesquelles dépendent du fondement textuel de la demande. Ainsi, le droit de visite des grands-parents, fondé sur l’article 371-4 du Code civil, n’obéit pas au régime procédural propre au droit de visite de l’article 1180-5 du Code de procédure civile. Le juge qui organise les relations entre l’enfant et ses ascendants ne méconnaît donc pas l’étendue de ses pouvoirs en n’en fixant pas les modalités selon ce dernier texte, inapplicable à ce contentieux particulier. La distinction est riche d’enseignement : l’office du juge se module suivant la nature du lien protégé et le fondement invoqué, de sorte qu’une exigence impérative dans un cas peut se révéler hors de propos dans l’autre.

==>Le pouvoir de règlement des intérêts patrimoniaux

Le troisième axe concerne la dimension patrimoniale du contentieux familial. Saisi d’une demande d’ouverture des opérations de compte, de liquidation et de partage d’une indivision, le Juge aux affaires familiales dispose d’un pouvoir étendu, qui s’étend jusqu’aux biens dont on pourrait croire qu’ils échappent à son emprise. La Cour de cassation a jugé qu’il peut ordonner ces opérations alors même qu’elles portent sur un immeuble déclaré insaisissable et, à ce titre, non entré dans le gage commun des créanciers, le liquidateur ne représentant pas le débiteur s’agissant de ces droits. Cette solution révèle que les pouvoirs du juge en matière de partage ne se laissent pas borner par les mécanismes de protection patrimoniale issus du droit des entreprises en difficulté : le règlement des intérêts indivis obéit à sa logique propre.

Exemple. Deux concubins ont acquis ensemble un logement et l’un d’eux fait, par la suite, l’objet d’une procédure de liquidation judiciaire après avoir souscrit une déclaration d’insaisissabilité sur sa quote-part. La séparation venue, le Juge aux affaires familiales saisi de la liquidation de l’indivision peut ordonner les opérations de compte, liquidation et partage portant sur cet immeuble : l’insaisissabilité, opposable aux créanciers de la procédure collective, ne fait pas obstacle à l’exercice de son office.

Ainsi appréhendés, les pouvoirs recensés dans le tableau ci-après ne se réduisent pas à une simple énumération de prérogatives juxtaposées : ils dessinent la figure d’un juge dont la mission embrasse l’ensemble des dimensions — personnelle, éducative et patrimoniale — de la cellule familiale, au sein de la juridiction unifiée issue de la réforme de 2019.

JUGE AUX AFFAIRES FAMILIALES
DomainePouvoirsTexte
Homologation des accords portant sur la modification des régimes applicables aux couples mariés, pacsés ou de concubinsLe juge aux affaires familiales connaît :

1° De l'homologation judiciaire du changement de régime matrimonial, des demandes relatives au fonctionnement des régimes matrimoniaux et des indivisions entre personnes liées par un pacte civil de solidarité ou entre concubins, de la séparation de biens judiciaire, sous réserve des compétences du président du tribunal judiciaire et du juge des tutelles des majeurs ;
COJ
Article

L. 213-3
Rupture du mariage, du pacs et du concubinage et leurs conséquences patrimonialesLe juge aux affaires familiales connaît :

2° Du divorce, de la séparation de corps et de leurs conséquences, de la liquidation et du partage des intérêts patrimoniaux des époux, des personnes liées par un pacte civil de solidarité et des concubins, sauf en cas de décès ou de déclaration d'absence;
COJ
Article

L. 213-3
Actions diverses qui intéressent le mariage, le pacs, l'autorité parentale, le changement de prénom et les violences conjugalesLe juge aux affaires familiales connaît :

3° Des actions liées :

a) A la fixation de l'obligation alimentaire, de la contribution aux charges du mariage ou du pacte civil de solidarité et de la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants ;

b) A l'exercice de l'autorité parentale ;

c) A la révision de la prestation compensatoire ou de ses modalités de paiement ;

d) Au changement de prénom ;

e) A la protection à l'encontre du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin violent ou d'un ancien conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin violent

f) A la protection de la personne majeure menacée de mariage forcé.
COJ
Article

L. 213-3
Attribution du logement de famille en matière de concubinageLe juge aux affaires familiales connaît :

4° Des demandes d'attribution à un concubin de la jouissance provisoire du logement de la famille en application de l'article 373-2-9-1 du code civil.
COJ
Article

L. 213-3
Tutelle des mineursLe juge aux affaires familiales exerce les fonctions de juge des tutelles des mineurs.

Il connaît :

1° De l'émancipation ;

2° De l'administration légale et de la tutelle des mineurs ;

3° De la tutelle des pupilles de la nation.
COJ
Article

L. 213-3-1

Décisions citées 1

Chaque décision de la Cour de cassation mentionnée dans cette fiche, avec son lien officiel.

  1. CassationCass. 1re chambre civile, 14 avril 2021, n° 19-21.024consulter ↗

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