Le contrat d’assurance de dommages a pour objet de garantir un bien déterminé contre la survenance d’un sinistre. Mais que devient ce contrat lorsque le bien lui-même disparaît — non par l’effet du risque assuré, mais par une cause étrangère à la police : un incendie non garanti, un cas de force majeure, la destruction matérielle de la chose ? La couverture se trouve alors privée de son objet : il n’y a plus rien à assurer. Le droit des assurances répond à cette situation par un mécanisme radical et automatique.
L’article L. 121-9 du Code des assurances pose en effet que la perte totale de la chose assurée, résultant d’un événement non prévu par la police, emporte résiliation de plein droit du contrat. La règle est l’application directe de l’adage cessante causa, cessat effectus — la cause cessant, l’effet cesse : privée de son assiette, la garantie s’éteint d’elle-même, sans qu’aucune manifestation de volonté ne soit nécessaire pour la dénouer.
Encore faut-il en mesurer la portée concrète : à quels contrats cette résiliation s’applique-t-elle, dans quel délai et selon quelle forme l’assuré doit-il la faire valoir, et surtout quel sort réserver à la prime déjà versée pour une période désormais sans risque ? Telles sont les questions auxquelles répond le régime de l’article L. 121-9.
Disparition ou destruction intégrale du bien objet de la garantie, telle qu’il ne subsiste plus aucune valeur assurable. La perte doit être totale — une simple dégradation partielle ne suffit pas — et résulter d’un événement non prévu par la police : si le sinistre relève d’un risque couvert, c’est la garantie qui joue, non la résiliation de l’article L. 121-9.
Fondements juridiques
- Article L. 121-9 du Code des assurances
- Article L. 113-14 du Code des assurances
Le principe : une résiliation de plein droit
L’article L. 121-9 du Code des assurances prévoit que, « en cas de perte totale de la chose assurée résultant d’un événement non prévu par la police, l’assurance prend fin de plein droit. »
Il ressort de cette disposition que, lorsque le bien assuré a été perdu ou détruit, le contrat d’assurance est automatiquement résilié. La résiliation n’est ni une faculté ouverte aux parties, ni le fruit d’une décision de l’assureur : elle opère de plein droit, par le seul fait de la disparition de l’objet garanti. Le contrat se trouve dépourvu d’assiette — il n’y a plus de risque à couvrir, partant plus de garantie à fournir.
Le domaine d’application : les seules assurances de dommages
Ce cas de résiliation joue pour les seuls contrats d’assurance de dommages. La règle se comprend aisément : seule l’assurance de dommages se rapporte à un bien déterminé dont la perte peut priver la couverture de son objet. Les assurances de personnes, qui portent sur la vie, l’intégrité physique ou la situation d’un individu, ignorent par nature la notion de « chose assurée » susceptible de disparaître.
Les modalités d’exercice : délai et forme
- Délai de résiliation
- L’article L. 121-9 du Code des assurances n’impose l’observation d’aucun délai de résiliation.
- Il en résulte que l’assuré n’est enfermé dans aucun délai pour se prévaloir de la résiliation de la police qui a joué de plein droit. La résiliation étant intervenue par l’effet de la loi, la déclaration de l’assuré ne fait que la constater — elle ne la provoque pas.
- Forme de la résiliation
- L’assuré doit déclarer auprès de l’assureur la perte du bien assuré.
- En application de l’article L. 121-9 du Code des assurances, cette déclaration vaut demande de résiliation de la police devenue sans objet.
- Faute d’indication textuelle quant à la forme de cette déclaration, elle devra se faire dans les conditions énoncées à l’article L. 113-14 du Code des assurances.
- Pour mémoire, cette disposition prévoit que la notification de la résiliation peut être effectuée, au choix de l’assuré :
- Soit par lettre ou tout autre support durable ;
- Soit par déclaration faite au siège social ou chez le représentant de l’assureur ;
- Soit par acte extrajudiciaire ;
- Soit, lorsque l’assureur propose la conclusion de contrat par un mode de communication à distance, par le même mode de communication ;
- Soit par tout autre moyen prévu par le contrat.
- L’article L. 113-14 du Code des assurances précise qu’il appartient à l’assureur de confirmer par écrit la réception de la notification.
Les effets : prise d’effet et restitution de prime
- Prise d’effet de la résiliation
- La résiliation prend effet à la date de la perte du bien assuré — et non à la date de la déclaration faite à l’assureur. La date du sinistre fixe ainsi le terme exact de la couverture.
- Dénouement du contrat
- L’article L. 121-9 du Code des assurances prévoit que « l’assureur doit restituer à l’assuré la portion de la prime payée d’avance et afférente au temps pour lequel le risque n’est plus couru. »
- La règle est l’expression du caractère synallagmatique du contrat : la prime étant la contrepartie de la garantie, l’assureur ne saurait conserver la fraction correspondant à une période durant laquelle il ne supporte plus aucun risque.
Un propriétaire assure son véhicule pour une prime annuelle de 720 € réglée d’avance le 1er janvier. Le 1er juillet, le véhicule est intégralement détruit par une crue, événement non garanti par la police. La résiliation joue de plein droit à la date de la perte : le risque cesse d’être couru pour le second semestre. L’assureur doit donc restituer la portion de prime afférente à cette période non courue, soit 360 € (six mois sur douze).
Les textes cités
Le texte en vigueur de chaque disposition citée, tel qu’il se lit au 8 septembre 2026. Une disposition a connu des rédactions antérieures : elles sont données, datées, et ce qui les sépare du texte actuel est souligné. Lorsqu’une rédaction a été reprise sous un autre numéro, ou dans un autre code, la destination est nommée.
Article L113-14 du code des assurancesen vigueur depuis le 1er juin 2023
I.-Lorsque l'assuré a le droit de résilier le contrat, la notification de la résiliation peut être effectuée, au choix de l'assuré :
1° Soit par lettre ou tout autre support durable ;
2° Soit par déclaration faite au siège social ou chez le représentant de l'assureur ;
3° Soit par acte extrajudiciaire ;
4° Soit, lorsque l'assureur propose la conclusion de contrat par un mode de communication à distance, par le même mode de communication ;
5° Soit par tout autre moyen prévu par le contrat.
Le destinataire confirme par écrit la réception de la notification.
II.-Lorsqu'un contrat d'assurance couvrant les personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles a été conclu par voie électronique ou a été conclu par un autre moyen et que l'assureur, au jour de la résiliation par le souscripteur, offre au souscripteur la possibilité de conclure des contrats par voie électronique, la résiliation est rendue possible selon cette même modalité.
A cet effet, l'assureur met à la disposition de l'intéressé une fonctionnalité gratuite permettant d'accomplir, par voie électronique, la notification et les démarches nécessaires à la résiliation du contrat. Lorsque l'intéressé notifie la résiliation du contrat, l'assureur lui confirme la réception de la notification et l'informe, sur un support durable et dans des délais raisonnables, de la date à laquelle le contrat prend fin et des effets de la résiliation.
Un décret fixe notamment les modalités techniques de nature à garantir une identification du souscripteur ainsi qu'un accès facile, direct et permanent à la fonctionnalité mentionnée au deuxième alinéa du présent II, telles que ses modalités de présentation et d'utilisation. Il détermine les informations devant être fournies par le souscripteur.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er décembre 2020 au 1er juin 2023Lorsque I.-Lorsque l'assuré a le droit de résilier le contrat, la notification de la résiliation peut être effectuée, au choix de l'assuré : 1° Soit par lettre ou tout autre support durable ; 2° Soit par déclaration faite au siège social ou chez le représentant de l'assureur ; 3° Soit par acte extrajudiciaire ; 4° Soit, lorsque l'assureur propose la conclusion de contrat par un mode de communication à distance, par le même mode de communication ; 5° Soit par tout autre moyen prévu par le contrat. Le destinataire confirme par écrit la réception de la notification. II.-Lorsqu'un contrat d'assurance couvrant les personnes physiques en dehors de leurs activités professionnelles a été conclu par voie électronique ou a été conclu par un autre moyen et que l'assureur, au jour de la résiliation par le souscripteur, offre au souscripteur la possibilité de conclure des contrats par voie électronique, la résiliation est rendue possible selon cette même modalité. A cet effet, l'assureur met à la disposition de l'intéressé une fonctionnalité gratuite permettant d'accomplir, par voie électronique, la notification et les démarches nécessaires à la résiliation du contrat. Lorsque l'intéressé notifie la résiliation du contrat, l'assureur lui confirme la réception de la notification et l'informe, sur un support durable et dans des délais raisonnables, de la date à laquelle le contrat prend fin et des effets de la résiliation. Un décret fixe notamment les modalités techniques de nature à garantir une identification du souscripteur ainsi qu'un accès facile, direct et permanent à la fonctionnalité mentionnée au deuxième alinéa du présent II, telles que ses modalités de présentation et d'utilisation. Il détermine les informations devant être fournies par le souscripteur.
Avant le 1er décembre 2020, ce numéro portait d’autres textes — sans rapport avec l’article actuel
Du 1er avril 2018 au 1er décembre 2020Dans tous les cas où l'assuré a la faculté de demander la résiliation, il peut le faire à son choix, soit par une déclaration faite contre récépissé au siège social ou chez le représentant de l'assureur dans la localité, soit par acte extrajudiciaire, soit par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, soit par tout autre moyen indiqué dans la police.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Du 8 janvier 1981 au 1er avril 2018Dans tous les cas où l'assuré a la faculté de demander la résiliation, il peut le faire à son choix, soit par une déclaration faite contre récépissé au siège social ou chez le représentant de l'assureur dans la localité, soit par acte extrajudiciaire, soit par lettre recommandée, soit par tout autre moyen indiqué dans la police.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Du 21 juillet 1976 au 8 janvier 1981Dans tous les cas où l'assuré a la faculté de demander la résiliation, il peut le faire à son choix et nonobstant toute clause contraire, soit par une déclaration faite contre récépissé au siège social ou chez le représentant de l'assureur dans la localité, soit par acte extrajudiciaire, soit par lettre recommandée, soit par tout autre moyen indiqué dans la police.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article L121-9 du code des assurancesen vigueur depuis le 21 juillet 1976
En cas de perte totale de la chose assurée résultant d'un événement non prévu par la police, l'assurance prend fin de plein droit et l'assureur doit restituer à l'assuré la portion de la prime payée d'avance et afférente au temps pour lequel le risque n'est plus couru.
Pour aller plus loin
Les ouvrages de référence sur les questions que traite cette étude.
Pour aborder la matière
- L'essentiel du droit des assurances: Une vue d'ensemble claire et concise du droit des assurancesAgnès Pimbert · Gualino
- Droit des assurances. 2e éd.Pierre-Grégoire Marly · Dalloz
- Droit des assurances: Un cours clair, structuré et accessible pour l'étudiantJuliette Mel · Gualino
Les ouvrages de référence
Le code
Le vocabulaire juridique
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