I) Notion
Dans son acception courante la preuve est, selon le Dictionnaire Littré, « ce qui montre la vérité d’une proposition, la réalité d’un fait ».
Le mot « preuve » vient du latin « proba » qui a pour signification « échantillon, essai ». Sa forme verbale, « prouver », est dérivée du latin « probare » qui signifie « éprouver, essayer, examiner, vérifier ».
Aussi, la notion de preuve renvoie-t-elle à l’exercice consistant à démonter qu’une chose est vraie ou à faire reconnaître quelque chose comme étant réel.
Aubry et Rau ont écrit en ce sens que « prouver (hoc sensu), c’est de la part de l’une des parties, soumettre au juge saisi d’une contestation, des éléments de conviction propres à justifier la vérité d’un fait qu’elle allègue et que l’autre partie dénie, fait que sans cela le juge ne serait, ni obligé, ni même autorisé à tenir pour vrai ».
En droit, bien qu’aucun texte ne définisse ce qu’est une preuve, l’approche qui lui est réservée se rapproche très étroitement du sens qu’on lui prête dans le langage commun à la nuance près qu’elle ne s’envisage que dans la perspective d’un procès.
Cette dernière précision est cardinale. La preuve juridique n’est pas une preuve abstraite, recherchée pour elle-même : c’est une preuve judiciaire, tendue vers la résolution d’une contestation portée devant un juge. C’est dire que la preuve, au sens du droit, ne se déploie jamais dans l’absolu mais toujours in concreto, à l’occasion d’un litige né et actuel.
Définition — La preuve (en droit)
Procédé par lequel une partie à un procès s’efforce d’établir, à la satisfaction du juge, la vérité d’un fait ou d’un acte qu’elle allègue, dont elle entend tirer une conséquence juridique et que son adversaire conteste. La preuve juridique se distingue ainsi de la preuve scientifique ou historique par son cadre exclusivement processuel.
Une distinction préliminaire mérite, dès ce stade, d’être posée afin d’éviter toute confusion ultérieure :
- La preuve désigne, au sens strict, le résultat de la démonstration — l’établissement de la vérité d’un fait dans l’esprit du juge.
- Le mode de preuve, en revanche, n’est que le moyen employé pour parvenir à ce résultat : l’écrit, le témoignage, l’aveu, le serment, la présomption ou encore l’indice. C’est l’instrument au service de la conviction.
Cette dissociation entre la fin — convaincre — et les moyens — les modes de preuve — irrigue l’ensemble du droit probatoire. Les règles de preuve ont précisément pour fonction de régir l’admission de ces modes de preuve : elles déterminent ceux qui peuvent être produits, leurs conditions d’admissibilité et la force qui leur est reconnue.
II) Finalité
La preuve n’est pas l’apanage du droit. Elle se rencontre dans bien d’autres domaines, tels que les sciences, l’histoire ou encore la philosophie :
- Le scientifique doit prouver la loi de la nature qu’il décrit.
- Le philosophe s’attache à démontrer la loi métaphysique qu’il propose.
- L’historien doit quant à lui prouver la réalité du fait qu’il cherche à rattacher à une date
De façon générale, tout un chacun peut, dans la vie de tous les jours, être appelé à rapporter la preuve de ce qu’il dit, de ce qu’il fait ou de ce qu’il est afin d’établir sa bonne foi, sa valeur, sa probité, sa morale ou encore son courage.
Selon les circonstances, les buts poursuivis par celui qui se livre à l’exercice de la preuve, sont susceptibles d’être bien différents.
En droit, la preuve n’a qu’une seule finalité : emporter la conviction du juge.
Comme souligné par Jacques Ghestin et Gilles Goubeaux « la preuve juridique est une preuve judiciaire ».
Aussi, la plupart des auteurs ont-ils pris le parti d’enfermer la définition de la preuve dans ce seul périmètre.
Planiol a écrit, par exemple, que « on appelle preuve les divers procédés employés pour convaincre le juge ».
Ambroise Colin et Henri Capitant ont avancé dans le même sens que « prouver, c’est faire connaître en justice la vérité d’une allégation par laquelle on affirme un fait d’où découlent des conséquences juridiques ».
Ces deux approches mettent parfaitement en exergue la finalité assignée à la preuve dans le système juridique, à tout le moins en droit civil.
Il s’agit moins « d’apporter son concours à la justice en vue de la manifestation de la vérité », comme suggéré par l’article 10, al. 1er du Code civil, que d’établir « les faits nécessaires au succès de sa prétention » comme énoncé à l’article 9 du Code de procédure civile,
Car au fond, ce qui se joue pour les parties à un procès, ce n’est pas tant d’avoir raison mais plutôt de convaincre le juge.
Il importe, à cet égard, de bien mesurer le déplacement d’objectif que cette finalité judiciaire emporte. Le savant cherche une vérité qui transcende l’instant et qu’une découverte ultérieure pourra toujours affiner ; le plaideur, lui, ne poursuit qu’une vérité fonctionnelle, suffisante pour fonder la décision dans le huis-clos du procès. La preuve juridique n’est donc pas la quête désintéressée du vrai, mais la production, devant un tiers impartial, d’éléments de conviction propres à faire pencher la balance.
Bien que l’idéal de justice invite à ne se focaliser que sur la découverte de la vérité, le juge se heurte, en pratique, à plusieurs obstacles qui le contraignent à s’écarter de cet idéal.
Le premier obstacle n’est autre que le temps. Comme souligné par un auteur « alors qu’en matière scientifique au sens large, la vérité peut être provisoire, attendant des découvertes nouvelles pour être révélée, celle que le juge doit retenir lors d’un procès ne souffre pas d’être suspendue ».
La raison en est qu’il a l’obligation de trancher le litige qui lui est soumis dans les délais fixés par la loi.
À cet égard, comme énoncé par l’article 4 du Code civil, le juge qui refuserait de statuer « sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de l’insuffisance de la loi » se livrerait à un déni de justice sanctionné, pour mémoire, par une amende de 7 500 euros et l’interdiction d’exercer des fonctions publiques pour une durée de 5 à 20 ans (art. 434-7-1 C. pén.).
Aussi, l’insuffisance de preuves rapportées par les parties au soutien de leurs prétentions respectives ne saurait justifier que le juge reporte indéfiniment le prononcé de sa décision.
Cette obligation qui pèse sur le juge de rendre justice dans un temps limité le contraint à se satisfaire d’une vérité qui ne serait pas ou que partiellement établie.
L’impératif de mettre fin au litige pour rétablir la paix sociale prime ainsi la recherche de la vérité, ce qui explique pourquoi la vérité judiciaire ne correspond pas toujours à la vérité des faits.
Le second obstacle rencontré par le juge qui le contraint à entretenir « avec la réalité matérielle des rapports parfois distants » résulte du droit lui-même.
Il est, en effet, des cas où la loi interdit purement et simplement la recherche de la vérité.
Il en va ainsi lorsque la loi édicte une prescription, la vérité étant alors sacrifiée sur l’autel du droit à l’oubli.
Un auteur souligne que « la prescription joue un rôle fondamental qui est d’aligner le droit sur le fait quand la discordance entre l’un et l’autre a trop longtemps durée »
La prescription vise, en d’autres termes, à figer dans le marbre certaines situations dont la remise en cause tardive serait susceptible de troubler la paix sociale plus qu’elle ne la servirait.
En faisant tomber dans l’oubli certaines réalités au-delà du délai fixé par la loi, la prescription coupe court à toute possibilité pour la partie contre laquelle elle joue d’agir en justice et, par voie de conséquence, de prouver le bien-fondé de ses prétentions.
À l’inverse, il est des cas où la loi imposera aux parties une vérité en faisant fi des preuves susceptibles d’être rapportées par elles.
Cette situation se rencontre notamment lorsque la loi institue une présomption, que l’on définit classiquement comme la conséquence que la loi ou le juge tire d’un fait connu à un fait inconnu dont l’existence est rendue vraisemblable par le premier.
Lorsque la présomption est simple, elle peut être combattue par la preuve contraire. L’objectif recherché est seulement d’alléger le fardeau de la preuve pour une partie, raison pour laquelle il est permis de rétablir la vérité.
Exemple — La présomption qui déplace le fardeau probatoire
En matière d’infection nosocomiale, la charge de la preuve est renversée : ce n’est plus à la victime d’établir la faute de l’établissement de santé, mais à ce dernier de démontrer que la contamination ne s’est pas produite à l’occasion de la prise en charge, c’est-à-dire de rapporter la preuve d’une cause étrangère (Cass. 1re civ., 7 janv. 2026, n° 24-20.829CassationPrésente un caractère nosocomial une infection qui survient au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il en résulte que c'est à l'établissement de santé qu'il incombe d'apporter la preuve que la contamination ne s'est pas produite lors des soins qu'il a prodigués au patient et procède ainsi d'une cause étrangèreSommaire d'origine, base Judilibre — texte non retouchéConsulter sur courdecassation.fr ↗). La présomption ne supprime pas le débat probatoire : elle en désigne le débiteur, en l’occurrence celui qui maîtrisait le risque.
Lorsque, en revanche, la présomption est irréfragable, elle ne souffre pas de la preuve contraire. Le législateur ou le juge ont entendu ici s’opposer à toute recherche de la réalité des faits à la faveur de la préservation d’un intérêt supérieur.
L’article 222 du Code civil institue, par exemple, une présomption irréfragable de pouvoir des époux à l’égard du banquier afin de garantir leur indépendance patrimoniale.
Parfois, la loi interdira, non pas aux parties de prouver leurs allégations, mais de recourir à certaines preuves.
Il en va ainsi en matière d’actes juridiques, la loi exigeant que la preuve se fasse par la production d’un écrit (art. 1359 C. civ.).
Au bilan, tous ces obstacles qui se dressent sur le chemin de la vérité parcouru par les parties au procès conduisent à admettre que la vérité judiciaire repose moins sur le fait que sur la vraisemblance et la probabilité.
Un auteur a parfaitement résumé cette idée en avançant que « le droit s’attache bien à la réalité, mais il préfère la réalité superficielle à la réalité profonde. Il légitime l’apparence ».
La jurisprudence offre de cette légitimation de l’apparence des illustrations particulièrement nettes. Ainsi a-t-il été jugé que le demandeur peut s’en tenir à la simple apparence de domicile pour y assigner le défendeur, dès lors qu’il a pu, de bonne foi, croire qu’il s’agissait du domicile réel (Cass. 1re civ., 25 mars 2026, n° 24-17.409RejetLe principe jurisprudentiel selon lequel le demandeur à une instance peut s'en tenir à la simple apparence de domicile pour y assigner le défendeur, s'il a pu de bonne foi croire qu'il constituait le domicile réel, vise à protéger la croyance légitime du demandeur qui, ignorant que le domicile réel du défendeur se trouvait ailleurs, s'est fié à une apparence trompeuse à la constitution de laquelle le défendeur n'est pas étranger. Sans faire échec au principe posé par l'article 4, paragraphe 1er, du règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière civile et commerc…Sommaire d'origine, base Judilibre — texte non retouchéConsulter sur courdecassation.fr ↗). La vérité tenue pour acquise par le droit n’est pas, ici, la réalité objective du domicile, mais la croyance légitime que les apparences ont fait naître — preuve, s’il en fallait, que le système probatoire compose en permanence avec la vraisemblance plutôt qu’avec la certitude.
III) Enjeu
La preuve occupe une place éminemment centrale dans le système juridique. Son importance est exprimée par l’adage idem est non esse non probari qui signifie littéralement : c’est la même chose de ne pas être ou de ne pas pouvoir être prouvé.
Est-ce à dire qu’un droit subjectif qui ne serait pas prouvé serait réputé ne pas exister et, par voie de conséquence, ne pourrait pas être exercé ?
Il n’en est rien ; la maxime susvisée doit être accueillie avec prudence. Comme souligné par des auteurs « un droit existe indépendamment de sa preuve ».
En effet, comme mis en exergue par Henri Motulsky, seuls les droits contestés doivent être prouvés. Un droit qui donc ne ferait l’objet d’aucune contestation pourrait parfaitement exister.
À l’analyse, il y a lieu de distinguer les règles de preuve des règles de fond :
- S’agissant des règles de preuve
- Elles ont notamment pour fonction de régir l’admission des modes de preuve.
- On dit que les conditions énoncées par ces règles sont requises ad probationem.
- Cela signifie que, en cas de non-respect de l’exigence posée, la preuve est réputée n’avoir pas été rapportée.
- Pour exemple, l’article 1376 du Code civil prévoit qu’un contrat par lequel une seule partie s’engage envers une autre à lui payer une somme d’argent doit comporter la signature de celui qui souscrit cet engagement ainsi que la mention écrite du montant de l’obligation en toutes lettres et en chiffres.
- En cas d’irrégularité de la mention manuscrite, l’acte n’est pas nul. Il est seulement impuissant à prouver le montant de l’engagement souscrit par le débiteur.
- Aussi, la violation d’une règle de preuve est sans incidence sur l’existence du droit dont se prévaut son titulaire, pourvu que les conditions d’existence de ce droit soient remplies.
- S’agissant des règles de fond
- Elles ont pour objet de définir les conditions d’existence d’un droit.
- On dit que ces conditions sont requises ad validitatem.
- Leur violation est sanctionnée, non pas par le défaut de valeur probatoire de l’acte, mais par sa nullité.
- Il en résulte que l’acte, et donc les droits dont il est porteur, est réputé n’avoir jamais existé.
- Pour exemple, l’article 2297 du Code civil prévoit que « à peine de nullité de son engagement, la caution personne physique appose elle-même la mention qu’elle s’engage en qualité de caution à payer au créancier ce que lui doit le débiteur en cas de défaillance de celui-ci, dans la limite d’un montant en principal et accessoires exprimé en toutes lettres et en chiffres. »
- L’irrégularité de la mention devant exprimer l’étendue de l’engagement de caution est sanctionnée par la nullité du cautionnement.
- C’est donc l’existence même du droit dont est titulaire le créancier qui se trouve affectée par la violation de la règle.
La portée de la distinction se mesure aisément à travers un même support — la mention manuscrite. Selon que le texte qui l’exige est conçu comme une règle de preuve ou comme une règle de fond, son irrégularité emporte des conséquences radicalement opposées : tantôt l’acte demeure valable mais privé de force probante quant à l’étendue de l’engagement (ad probationem), tantôt l’acte est anéanti dans son existence même (ad validitatem). C’est dire qu’une même formalité peut servir deux finalités distinctes, dont la qualification commande tout le régime.
La distinction entre les règles de preuve et les règles de fond révèle bien que, en théorie, l’existence d’un droit n’est pas subordonnée à sa preuve.
En pratique toutefois, l’impossibilité pour le titulaire d’un droit d’établir son existence menacera sérieusement son exercice. Car il suffit que le débiteur en conteste le bien-fondé pour que le créancier, faute d’être en capacité de rapporter la preuve de son droit, succombe en cas de procès.
Comme souligné par François Geny, « en réalité l’existence juridique d’un fait dépend tellement de sa preuve que celle-ci en reste la première condition d’efficacité ».
D’où l’importance de la preuve dans le système juridique. Il ne suffit pas se prévaloir d’un droit ou d’un fait pour en tirer profit, encore faut-il être en mesure de le prouver ; car « sans preuve, le droit est comme désarmé ».
IV) Sources
Les sources du droit de la preuve sont multiples. Elles sont réparties entre plusieurs Codes qui intéressent les trois branches du droit que sont : le droit pénal, le droit administratif et le droit civil.
En matière pénale, la preuve est régie par des règles énoncées dans le Code de procédure pénale. Ces règles se rapportent notamment à la production et la discussion des preuves ainsi qu’à l’administration par le juge de la preuve.
En matière administrative, c’est le Code de justice administrative qui recueille les règles de preuve. La question de la preuve y est abordée notamment sous l’angle des moyens d’investigation octroyés au Juge administratif.
En matière civile, les règles de preuve sont réparties entre le Code civil et le Code de procédure civile.
- Le Code civil
- Il comporte, d’un côté, des règles générales qui forment une sorte de droit commun de la preuve et, d’un autre côté, des règles particulières qui ne trouvent à s’appliquer qu’en certains domaines.
- S’agissant des règles générales de preuve
- Sous l’empire du droit antérieur, le droit de la preuve était traité par le Code civil dans un chapitre intitulé « de la preuve des obligations et de celle du paiement», lequel chapitre relevait d’un titre consacré aux contrats et aux obligations conventionnelles en général.
- Ce rattachement du droit de la preuve au droit des contrats avait été fortement critiqué par la doctrine qui appelait de ses vœux à l’élaboration d’un droit général de la preuve.
- Aborder la preuve sous l’angle du seul contrat est bien trop restrictif, car c’est faire fi de l’existence des droits réels ou encore des droits de créance qui ne résultent pas d’une convention, tel que, par exemple, le droit à réparation d’un préjudice causé par un délit civil.
- Or ces droits doivent également être prouvés pour pouvoir être exercé.
- Reste que le Code civil ne se préoccupait que de la preuve des obligations nées d’un contrat.
- Afin de remédier à cette anomalie, le législateur a, lors de l’adoption de l’ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016, entrepris de détacher le droit de la preuve du droit des contrats.
- Au lieu toutefois de l’intégrer dans le Titre préliminaire du Code civil afin qu’il embrasse l’ensemble des droits subjectifs reconnus en droit civil, le législateur a préféré le rattacher au droit des obligations en créant en Titre IV bis dédié à « la preuve des obligations».
- L’objectif de créer une théorie générale du droit de la preuve n’a manifestement pas été atteint.
- Il en résulte l’existence, encore aujourd’hui, d’un éparpillement relativement important du droit de la preuve au sein du Code civil.
- S’agissant des règles particulières de preuve
- Elles interviennent notamment en droit de la nationalité, en droit de la filiation, en droit la famille, en droit des régimes matrimoniaux ou encore en droit des successions.
- Comme souligné par Gwendoline LARDEUX « cet éparpillement des règles de preuve au sein même du code civil répond à la préoccupation de les adapter, voire de déroger au droit probatoire commun, afin de tenir compte de la spécificité de certains contentieux qui poursuivent des objectifs qui ne sont pas forcément ceux du droit commun».
- S’agissant des règles générales de preuve
- Il comporte, d’un côté, des règles générales qui forment une sorte de droit commun de la preuve et, d’un autre côté, des règles particulières qui ne trouvent à s’appliquer qu’en certains domaines.
- Le Code de procédure civile
- Le Code de procédure civile règle la question de la preuve à travers, d’une part, les principes directeurs du procès ( 9 à 11 CPC) et, d’autre part, l’administration judiciaire de la preuve (art. 132 à 322 CPC).
- La preuve y est ainsi abordé sous l’angle strictement processuel.
- C’est d’ailleurs ce que suggère l’article 1357 du Code civil qui prévoit que « l’administration judiciaire de la preuve et les contestations qui s’y rapportent sont régies par le code de procédure civile. »
L’héritage historique : de la primauté du témoignage à celle de l’écrit
On ne saurait comprendre l’architecture actuelle du droit de la preuve sans en rappeler la genèse. Historiquement, avant la grande réforme du XVIe siècle, la preuve testimoniale prévalait sur la preuve écrite : le témoignage tenait le premier rang parmi les modes de preuve admis.
Ce rapport de force fut inversé par l’ordonnance de Moulins de 1566, laquelle interdit de prouver par témoins contre et outre le contenu d’un écrit. De cette prohibition est née la primauté de la preuve littérale : l’écrit a acquis une supériorité de principe sur le témoignage, ce dernier se trouvant relégué au rang de preuve subsidiaire.
Cette hiérarchie a été reconduite, sous des formes successives, jusqu’à la réforme opérée par l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016. Celle-ci a toutefois remanié l’ordonnancement des textes : la règle qu’énonçait l’ancien article 1329 du Code civil n’a pas été reprise, et l’article 1381 demeure aujourd’hui la seule disposition consacrée à la preuve testimoniale subsistant dans le chapitre relatif aux différents modes de preuve. La réforme a, ce faisant, déconnecté les règles gouvernant l’admissibilité de la preuve par témoins de celles qui en commandent la force probante.
Définition — La preuve littérale
Preuve résultant d’un écrit, c’est-à-dire d’une suite de lettres, de caractères ou de tout autre signe doté d’une signification intelligible. Elle jouit, en droit civil, d’un principe de supériorité probatoire : pour les actes juridiques portant sur un montant supérieur au seuil réglementaire, elle est en principe requise, les autres modes de preuve n’étant admis qu’à titre subsidiaire (art. 1359 C. civ.).
Cette primauté de l’écrit doit néanmoins être correctement comprise dans sa portée. D’une part, la règle de l’article 1359 du Code civil est circonscrite aux seuls écrits établissant un acte juridique : la nouvelle formulation issue de la réforme a nourri un débat doctrinal sur le point de savoir si l’exigence de preuve littérale ne se trouvait pas désormais cantonnée aux actes, à l’exclusion des écrits qui se bornent à relater un fait. D’autre part, et surtout, cette exigence n’est pas d’ordre public : les articles 1358 et 1359 du Code civil revêtent un caractère supplétif, en sorte que les parties peuvent y déroger par convention contraire, et que le juge n’est jamais tenu de relever d’office l’exigence d’une preuve littérale. La supériorité de l’écrit demeure donc un principe directeur, non un impératif absolu : tous les modes de preuve sont théoriquement égaux, mais l’écrit conserve, en pratique, une force de conviction que le débiteur avisé recherche par priorité.
Si le Code civil et le Code de procédure civile regroupent, aujourd’hui, l’essentiel des règles de preuve susceptibles d’être mobilisées dans le cadre d’un procès civil, la jurisprudence n’est pas sans avoir joué un rôle important, sinon prépondérant dans la construction du droit de la preuve.
Aussi, est-ce le Juge, et non le législateur, qui, par exemple, a dégagé le principe de loyauté dans l’administration de la preuve ou encore qui a reconnu un droit à la preuve.
Aujourd’hui, ces principes n’ont toujours pas été consacrés par le législateur, alors même qu’une réforme du droit de la preuve est intervenue à l’occasion de l’adoption de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016.
Le gouvernement avait pourtant été habilité par le législateur à « clarifier et simplifier l’ensemble des règles applicables à la preuve des obligations ».
De l’avis général de la doctrine la réforme opérée en 2016 est inachevée, puisqu’omettant de consacrer des règles prétoriennes qui aurait mérité d’être codifiées.
V) Économie générale
Le droit de la preuve s’articule autour de quatre corpus de règles qui répondent aux questions qui se poseront successivement dans le cadre d’un procès en vue de la recherche de la vérité : quoi ? Qui ? Comment Quel résultat ?
- Quoi ?
- Cette question intéresse l’objet de la preuve ; elle est double:
- Que doit-on prouver ? Un fait ou la règle applicable ?
- Quels sont les caractères que doit présenter le fait – au sens large – à prouver ?
- Cette question intéresse l’objet de la preuve ; elle est double:
- Qui ?
- La question qui ici se pose concerne la charge de la preuve
- Autrement dit qui doit prouver ; sur quelle partie pèse la charge de la preuve?
- Le principe directeur est exprimé par l’adage actori incumbit probatio : la charge de la preuve pèse, en premier lieu, sur le demandeur, c’est-à-dire sur celui qui réclame l’exécution d’une obligation ou se prétend titulaire d’un droit.
- Faits
- La victime d’actes de concurrence déloyale sollicitait réparation, en invoquant non seulement un préjudice moral, mais encore, en sus, un préjudice matériel.
- Problème
- Le préjudice matériel allégué à côté du préjudice moral doit-il être prouvé par celui qui l’invoque, ou peut-il se déduire du seul acte déloyal ?
- Solution
- Si le préjudice — fût-il moral — résultant d’un acte de concurrence déloyale s’infère nécessairement de cet acte, celui qui réclame en outre la réparation d’un préjudice matériel (perte subie, gain manqué ou perte de chance) doit, lui, en rapporter la preuve.
- Portée
- L’arrêt fait une application rigoureuse du principe actori incumbit probatio : l’aménagement probatoire dont bénéficie le préjudice qui s’infère de l’acte ne dispense pas le demandeur d’établir les chefs de préjudice distincts dont il se prévaut.
-
- Ce principe n’est toutefois pas sans tempérament : la loi peut, par le jeu des présomptions, renverser le fardeau probatoire et le faire peser sur le défendeur, ainsi qu’il en va, on l’a vu, en matière d’infection nosocomiale (Cass. 1re civ., 7 janv. 2026, n° 24-20.829CassationPrésente un caractère nosocomial une infection qui survient au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il en résulte que c'est à l'établissement de santé qu'il incombe d'apporter la preuve que la contamination ne s'est pas produite lors des soins qu'il a prodigués au patient et procède ainsi d'une cause étrangèreSommaire d'origine, base Judilibre — texte non retouchéConsulter sur courdecassation.fr ↗).
- Comment ?
- Il s’agit de déterminer quelles sont les preuves susceptibles d’être produites par les parties au soutien de leurs prétentions et quelles sont celles qui seront admises par le juge
- C’est ici qu’interviennent les modes de preuve — écrit, témoignage, aveu, serment, présomption, indice — et la distinction cardinale entre les systèmes de preuve. Dans le système de la preuve légale, la loi organise elle-même les modes de preuve, en déterminant les moyens admissibles, leurs conditions d’admissibilité et la force probante qui leur est attachée ; dans le système de la preuve libre, la preuve peut au contraire être rapportée par tout moyen, à charge pour le juge d’en apprécier souverainement la valeur.
- Quel résultat ?
- Il ne suffit pas pour une partie de rapporter une preuve de sa prétention, encore faut-il que cette preuve soit pourvue d’une force probante.
- En d’autres termes, elle doit être appréciée par le juge qui, selon le type de preuve rapportée, sera, tantôt contraint d’en tenir compte, tantôt libre de se forger une intime conviction.
Les textes cités
Le texte en vigueur de chaque disposition citée, tel qu’il se lit au 5 octobre 2026. 3 dispositions ont connu des rédactions antérieures : elles sont données, datées, et ce qui les sépare du texte actuel est souligné. Lorsqu’une rédaction a été reprise sous un autre numéro, ou dans un autre code, la destination est nommée.
Article 4 du code civilen vigueur depuis le 21 mars 1804
Le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l'obscurité ou de l'insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice.
Article 10 du code civilen vigueur depuis le 16 septembre 1972
Chacun est tenu d'apporter son concours à la justice en vue de la manifestation de la vérité.
Celui qui, sans motif légitime, se soustrait à cette obligation lorsqu'il en a été légalement requis, peut être contraint d'y satisfaire, au besoin à peine d'astreinte ou d'amende civile, sans préjudice de dommages et intérêts.
Avant le 16 septembre 1972, ce numéro portait d’autres textes — sans rapport avec l’article actuel
Du 14 août 1927 au 16 septembre 1972Tout individu né en France ou à l'étranger de parents dont l'un a perdu la qualité de Français pourra réclamer cette qualité à tout âge, aux conditions fixées par l'article 9, à moins que, domicilié en France et appelé sous les drapeaux, lors de sa majorité, il n’ait revendiqué la qualité d'étranger.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Du 28 juin 1889 au 14 août 1927Tout individu né en France ou à l'étranger de parents dont l'un a perdu la qualité de Français pourra réclamer cette qualité à tout âge, aux conditions fixées par l'article 9, à moins que, domicilié en France et appelé sous les drapeaux, lors de sa majorité, il n’ait revendiqué la qualité d'étranger.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 222 du code civilen vigueur depuis le 1er février 1966
Si l'un des époux se présente seul pour faire un acte d'administration, de jouissance ou de disposition sur un bien meuble qu'il détient individuellement, il est réputé, à l'égard des tiers de bonne foi, avoir le pouvoir de faire seul cet acte.
Cette disposition n'est pas applicable aux meubles meublants visés à l'article 215, alinéa 3, non plus qu'aux meubles corporels dont la nature fait présumer la propriété de l'autre conjoint conformément à l'article 1404.
Article 1329 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
La novation est un contrat qui a pour objet de substituer à une obligation, qu'elle éteint, une obligation nouvelle qu'elle crée.
Elle peut avoir lieu par substitution d'obligation entre les mêmes parties, par changement de débiteur ou par changement de créancier.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait d’autres textes — sans rapport avec l’article actuel
Du 14 mars 2000 au 1er octobre 2016Les registres des marchands ne font point, contre les personnes non marchandes, preuve des fournitures qui y sont portées, sauf ce qui sera dit à l'égard du serment.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Du 21 mars 1804 au 14 mars 2000Les registres des marchands ne font point, contre les personnes non marchandes, preuve des fournitures qui y sont portées, sauf ce qui sera dit à l'égard du serment.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 1357 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'administration judiciaire de la preuve et les contestations qui s'y rapportent sont régies par le code de procédure civile.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Le serment L'administration judiciaire est de deux espèces : 1° Celui qu'une partie défère à l'autre pour en faire dépendre le jugement de la cause : il est appelé "décisoire". 2° Celui preuve et les contestations qui est déféré d'office s'y rapportent sont régies par le juge à l'une ou à l'autre des parties. code de procédure civile.
Article 1358 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
Hors les cas où la loi en dispose autrement, la preuve peut être apportée par tout moyen.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Le serment décisoire peut être déféré sur quelque espèce de contestation que ce soit.
Ce texte se lit aujourd’hui à l’article 1385 du code civil.
Article 1359 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'acte juridique portant sur une somme ou une valeur excédant un montant fixé par décret doit être prouvé par écrit sous signature privée ou authentique. Il ne peut être prouvé outre ou contre un écrit établissant un acte juridique, même si la somme ou la valeur n'excède pas ce montant, que par un autre écrit sous signature privée ou authentique.
Celui dont la créance excède le seuil mentionné au premier alinéa ne peut pas être dispensé de la preuve par écrit en restreignant sa demande.
Il en est de même de celui dont la demande, même inférieure à ce montant, porte sur le solde ou sur une partie d'une créance supérieure à ce montant.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Il ne peut être déféré que sur un fait personnel à la partie à laquelle on le défère.
Ce texte se lit aujourd’hui à l’article 1385-1 du code civil.
Article 1376 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'acte sous signature privée par lequel une seule partie s'engage envers une autre à lui payer une somme d'argent ou à lui livrer un bien fongible ne fait preuve que s'il comporte la signature de celui qui souscrit cet engagement ainsi que la mention, écrite par lui-même, de la somme ou de la quantité en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, l'acte sous signature privée vaut preuve pour la somme écrite en toutes lettres.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû s'oblige à le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu.
Ce texte se lit aujourd’hui à l’article 1302-1 du code civil.
Article 2297 du code civilen vigueur depuis le 1er janvier 2022
A peine de nullité de son engagement, la caution personne physique appose elle-même la mention qu'elle s'engage en qualité de caution à payer au créancier ce que lui doit le débiteur en cas de défaillance de celui-ci, dans la limite d'un montant en principal et accessoires exprimé en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, le cautionnement vaut pour la somme écrite en toutes lettres.
Si la caution est privée des bénéfices de discussion ou de division, elle reconnaît dans cette mention ne pouvoir exiger du créancier qu'il poursuive d'abord le débiteur ou qu'il divise ses poursuites entre les cautions. A défaut, elle conserve le droit de se prévaloir de ces bénéfices.
La personne physique qui donne mandat à autrui de se porter caution doit respecter les dispositions du présent article.
Avant le 1er janvier 2022, ce numéro portait d’autres textes — sans rapport avec l’article actuel
Du 24 mars 2006 au 1er janvier 2022Lorsque la caution reçue par le créancier, volontairement ou en justice, est ensuite devenue insolvable, il doit en être donné une autre.
Cette règle reçoit exception dans le cas seulement où la caution n'a été donnée qu'en vertu d'une convention par laquelle le créancier a exigé une telle personne pour caution.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Du 1er juin 2004 au 24 mars 2006Les articles 711 à 832-2, 832-4 à 2283 sont applicables à Mayotte sous réserve des adaptations figurant aux articles 2298 à 2302.
Ce texte se lit aujourd’hui à l’article 2503 du code civil.
Article 9 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er janvier 1976
Il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention.
Article 132 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er janvier 2011
La partie qui fait état d'une pièce s'oblige à la communiquer à toute autre partie à l'instance.
La communication des pièces doit être spontanée.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er janvier 1976 au 1er janvier 2011La partie qui fait état d'une pièce s'oblige à la communiquer à toute autre partie à l'instance. La communication des pièces doit être spontanée. En cause d'appel, une nouvelle communication des pièces déjà versées aux débats de première instance n'est pas exigée. Toute partie peut néanmoins la demander.
Article 434-7-1 du code pénalen vigueur depuis le 1er janvier 2002
Le fait, par un magistrat, toute autre personne siégeant dans une formation juridictionnelle ou toute autorité administrative, de dénier de rendre la justice après en avoir été requis et de persévérer dans son déni après avertissement ou injonction de ses supérieurs est puni de 7 500 euros d'amende et de l'interdiction de l'exercice des fonctions publiques pour une durée de cinq à vingt ans.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er mars 1994 au 1er janvier 2002Le fait, par un magistrat, toute autre personne siégeant dans une formation juridictionnelle ou toute autorité administrative, de dénier de rendre la justice après en avoir été requis et de persévérer dans son déni après avertissement ou injonction de ses supérieurs est puni de 50 000 F 7 500 euros d'amende et de l'interdiction de l'exercice des fonctions publiques pour une durée de cinq à vingt ans.
Décisions citées 3
Chaque décision de la Cour de cassation mentionnée sur cette page, avec son lien officiel.
- CassationCass. 1re chambre civile, 7 janvier 2026, n° 24-20.829consulter ↗
- RejetCass. 1re chambre civile, 25 mars 2026, n° 24-17.409consulter ↗
- CassationCass. chambre commerciale, 7 janvier 2026, n° 24-18.085consulter ↗
Pour aller plus loin
Les ouvrages de référence sur les questions que traite cette étude.
Pour aborder la matière
- Droit des obligations 2027. 19e éd.Stéphanie Porchy-Simon · Dalloz
- Droit des obligations 2026. 29e éd.Laetitia Tranchant · Dalloz
- L'essentiel du droit des obligationsCorinne Renault-Brahinsky · Gualino
Les ouvrages de référence
- Droit de la preuveÉtienne Vergès · PUF
- Réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligationsOlivier Deshayes · LexisNexis
- Droit civil. Les obligations. 19e éd. - L'acte juridiqueJacques Flour · Sirey
- Introduction générale au droit. 17e éd.Rémy Cabrillac · Dalloz
- Droit des obligationsPhilippe Malaurie · LGDJ
- Droit civil Les obligations. 13e éd.François Terré · Dalloz
- Le nouveau droit des obligations - Commentaire théorique et pratique dans l'ordre du Code civilGaël Chantepie · Dalloz
Le code
Le vocabulaire juridique
Liens partenaires Amazon — Gdroit perçoit une rémunération sur les achats remplissant les conditions requises.