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Accession : définition juridique

Mis à jour le 6 novembre 20268 min de lecture

Le mot

Emprunté du latin accessio, que le Littré rattache à accedere, le mot a d’abord nommé, à la fin du XIIe siècle, l’« attaque, accès d’une maladie ». Le Trésor de la langue française relève dès 1326 son sens juridique, « acquisition, accroissement de propriété », que le latin des jurisconsultes connaissait depuis le début du IIIe siècle. La 4e édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française ne le donne pourtant que comme terme de droit public : le « Consentement par lequel on entre dans un engagement déja contracté par d’autres Puissances ». Sa 10e édition y lit aujourd’hui l’« Extension du droit de propriété à ce que produit un bien ou à ce qui peut venir s’y incorporer ».

Sources : le Trésor de la langue française, le Littré, le Dictionnaire de l’Académie française (4e et 10e éditions).

Les sens de la notion

La superficie qui suit le sol chez Gaius et Pothier

À Rome, c’est le sol qui décide du sort de ce qu’on y bâtit. Gaius l’énonce pour la construction : ce que quelqu’un a bâti sur notre sol, même en son propre nom, devient nôtre par le droit naturel, « quia superficies solo cedit », parce que la superficie cède au sol (Institutes, II, 73). La plante qui a pris racine dans notre sol et le blé qu’on y a semé suivent le même sort (II, 74 et 75).

Pothier formule une règle d’ensemble. Lorsqu’une chose s’unit à la sienne de manière à ne former avec elle qu’un seul tout, dont la sienne est la partie principale, « le domaine que j’ai de ma chose, me fait acquérir par droit d’accession, vi ac potestate rei meæ, celui de tout ce qui est uni à cette chose, et qui est censé en faire partie » (Traité du droit de domaine de propriété, partie I, chap. II, sect. III, art. II ; Œuvres, éd. Bugnet, 2e éd., t. 9, p. 153). Cette union se fait, ajoute-t-il, naturellement ou par le fait de l’homme. La distinction se retrouve dans l’article 546.

Mode d’acquérir ou prolongement de la propriété

Le code de 1804 étend le droit d’accession à ce que la chose produit comme à ce qui s’y unit (article 546), et dispose que la propriété s’acquiert aussi « par accession ou incorporation » (article 712). Demolombe conteste ce classement. Le mot accessio, observe-t-il, « ne désignait, en aucune façon, un moyen d’acquérir » chez les Romains : il nommait l’accessoire lui-même (Cours de Code Napoléon, 3e éd., t. IX, p. 481). Les fruits, surtout, ne s’acquièrent pas : quand ils se détachent de la chose, « il n’y a pas alors accession, mais discession », et le maître ne fait qu’exercer son droit de jouir (p. 482). Il concède que, quant aux conséquences pratiques, il est « assez indifférent que l’on dise que l’accession est ou qu’elle n’est pas un mode d’acquérir » (p. 481).

Planiol réserve le mot à l’union. Il appelle accession « le droit en vertu duquel le propriétaire d’une chose acquiert la propriété de tout ce qui s’unit ou s’incorpore à sa chose, soit naturellement, soit artificiellement » (Traité élémentaire de droit civil, 8e éd., t. I, n° 2717). Ce que la chose produit n’entre pas dans cette définition.

La définition de la Cour de cassation

La Cour de cassation applique l’accession aux deux branches de l’article 546. Pour ce que la chose produit, elle juge que, « sauf lorsque la sous-location a été autorisée par le bailleur, les sous-loyers perçus par le preneur constituent des fruits civils qui appartiennent par accession au propriétaire » (Cass. 3e civ., 12 septembre 2019, n° 18-20.727). Pour l’accession mobilière, elle tient les règles pour supplétives : « les règles de l’accession mobilière sont supplétives et n’ont pas vocation à s’appliquer lorsque le bien a été réalisé en exécution d’un contrat d’entreprise » ().

Au sens large, qui est celui du code, l’accession couvre la production et l’union. Au sens étroit, celui de Planiol, elle ne désigne que l’union ou l’incorporation d’une chose à une autre.

Le texte

Article 546 du code civil · rédaction en vigueur depuis le 21 mars 1804

La propriété d'une chose soit mobilière, soit immobilière, donne droit sur tout ce qu'elle produit, et sur ce qui s'y unit accessoirement soit naturellement, soit artificiellement.
Ce droit s'appelle "droit d'accession".

L’article 546 n’a pas changé depuis le code de 1804, et l’article 712 range l’accession, « accession ou incorporation », parmi les modes d’acquérir la propriété. L’ordonnance n° 2006-460 du 21 avril 2006 a réécrit, au 1er juillet 2006, les articles 556 et 559 à 563 : ils parlent du cours d’eau, domanial ou non domanial, là où ils nommaient le fleuve ou la rivière, navigable, flottable ou non, et l’article 560 attribue les îles des cours d’eau domaniaux à « la personne publique propriétaire du domaine concerné », non plus à l’État, « en l’absence de titre ou de prescription contraire ». Les articles 548 et 549 sont dans leur rédaction du 18 mai 1960, l’article 555 dans celle du 17 mai 1964.

Les éléments constitutifs

La chose principale. Le droit naît de la propriété d’une chose, « soit mobilière, soit immobilière » (article 546). Pour le sol, « La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous » (article 552, alinéa 1er). C’est la règle que Gaius énonçait déjà pour la construction (le sol et la superficie).

L’accroissement. L’accroissement procède de la chose ou s’y joint : les fruits naturels ou industriels de la terre, les fruits civils et le croît des animaux (article 547), comme les constructions, plantations et ouvrages faits sur un terrain (article 553). Le code réunit les deux sous le nom d’accession ; une partie de la doctrine le réserve à l’union (mode d’acquérir ou prolongement de la propriété).

Le rapport d’accessoire à principal. Ce qui s’unit à la chose s’y unit « accessoirement » (article 546) et en suit le sort. La Cour de cassation fait de même suivre la chose par ses fruits civils : les sous-loyers perçus sans l’accord du bailleur « constituent des fruits civils qui appartiennent par accession au propriétaire » (Cass. 3e civ., 12 septembre 2019, n° 18-20.727). En matière mobilière, le rapport cède devant le contrat d’entreprise, ces règles étant supplétives (la définition de la Cour de cassation).

Le contrôle de la Cour de cassation

L’accession est une notion de droit : la Cour de cassation définit la chose principale, l’accroissement et le rapport d’accessoire à principal qui les lie. Dans un arrêt de 2017, elle exerce un contrôle lourd : elle casse, pour violation de l’article 546, l’arrêt selon lequel la règle « l’accessoire suit le principal » « s’oppose à ce qu’une prescription acquisitive fasse échec à ce droit d’accession », alors que ce texte « instaure, en faveur de celui qui l’invoque, une présomption de propriété par accession qui peut être renversée par la preuve contraire résultant de la prescription » (Cass. 3e civ., 27 avril 2017, n° 16-10.753). Savoir si la présomption de l’article 553 est renversée dans l’espèce relève au contraire du pouvoir souverain : une cour d’appel a souverainement apprécié qu’elle était inversée au profit du constructeur resté paisible possesseur des ouvrages (Cass. 3e civ., 15 novembre 1977, n° 76-11.054). Contre cette appréciation, un pourvoi ne peut plus invoquer que le défaut de motifs, le manque de base légale ou la dénaturation d’un écrit (l’intensité du contrôle).

Les effets de la qualification

Les enjeux de la qualification

La qualification départage le propriétaire et le possesseur : les fruits appartiennent au propriétaire par droit d’accession (article 547), mais le simple possesseur de bonne foi les fait siens, quand celui de mauvaise foi les restitue avec la chose (article 549). Sur le sol, le constructeur évincé de bonne foi échappe à la suppression de ses ouvrages et reçoit, au choix du propriétaire, la plus-value du fonds ou le coût des matériaux et de la main-d’œuvre, « compte tenu de l’état dans lequel se trouvent lesdites constructions, plantations et ouvrages » (article 555). L’accession s’arrête à la limite du fonds : le constructeur qui empiète n’acquiert pas le sol voisin, nul ne pouvant être contraint de céder sa propriété hors l’utilité publique (article 545).

Ne pas confondre avec

L’empiétement. La construction qui déborde sur le fonds voisin ne fait pas acquérir au constructeur le sol empiété, car « Nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique, et moyennant une juste et préalable indemnité » (article 545).

L’usufruit. Démembrement de la propriété, il détache d’elle le droit aux fruits, dont l’usufruitier jouit à la place du propriétaire, qu’ils soient naturels, industriels ou civils (article 582).

La possession. Le simple possesseur ne fait les fruits siens que s’il possède de bonne foi, et doit sinon restituer les produits avec la chose au propriétaire qui la revendique (article 549).

Adage. Accessorium sequitur principale : l’accession est l’application de la règle aux biens ; l’adage la déborde, puisqu’il gouverne aussi les créances, les sûretés et la compétence.

Adage. Mala fides superveniens non nocet : pour les fruits et les constructions, la bonne foi cesse du moment où le vice est connu : la mauvaise foi survenue y nuit.

Adage. Subrogatum sapit naturam subrogati : l’accessoire d’un propre devient propre par accession, et non par subrogation.

Adage. Superficies solo cedit : l’adage est l’application de l’accession aux immeubles : le sol attire ce qui s’y élève et ce qu’il recèle, et l’accession y opère de plein droit.

Jurisprudence citée 1 décision

1 cassation0 rejet1 au Bulletin2022
2022CassationCass. 1re civ., 16 mars 2022, n° 20-13.552Bulletincité 1×
Propriete › Accession › Domaine d'application › Exclusion
formation1re chambre civile, formation de section
date16 mars 2022
attaquéeCour d'appel de Paris C5, 14 janv. 2020
Il résulte des articles 546, 565, 566 et 1787 du code civil que les règles de l'accession mobilière sont supplétives et n'ont pas vocation à s'appliquer lorsque le bien a été réalisé en exécution d'un contrat d'entreprise
Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouché
courdecassation.fr ↗dans le texte : ↑1
Décisions de la Cour de cassation, rattachées par le numéro de pourvoi, la date et la chambre.

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