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Contrat : définition juridique

Mis à jour le 30 octobre 20269 min de lecture

Le mot

Emprunté au bas latin juridique contractus, « convention, transaction », lui-même tiré de contrahere, le mot entre en français au XIVe siècle sous la forme contrait. Les juristes romains ne donnaient pas ce nom à tout accord : Labéon, cité au Digeste, réservait le contractum à l’obligation née « ultro citroque », de part et d’autre, celle que les Grecs nommaient sunallagma, comme dans la vente, le louage ou la société (D. 50, 16, 19). Le français a élargi le mot à toute convention qui oblige, et l’ordonnance de 2016 à l’accord qui modifie, transmet ou éteint aussi bien qu’il crée.

Sources : le Dictionnaire de l’Académie française, un dictionnaire latin de 1934, le Digeste (D. 50, 16, 19).

Les sens de la notion

Du contrat romain à la convention de Pothier

À Rome, le contrat est d’abord une source d’obligations, que Gaius oppose au délit : « omnis enim obligatio uel ex contractu nascitur uel ex delicto », toute obligation naît d’un contrat ou d’un délit. Il en distingue quatre genres, selon que l’obligation se forme par la remise d’une chose, par des paroles, par un écrit ou par le seul consentement (Gaius, Institutes, III, 88-89). À côté des contrats, le droit romain connaît de simples pactes.

Pothier écarte cette distinction, qu’il juge étrangère au droit naturel, et part de la convention, consentement de deux ou plusieurs personnes pour former, résoudre ou modifier un engagement. Le contrat en est une espèce : « L’espece de convention qui a pour objet de former quelque engagement est celle qu’on appelle Contrat ». Encore faut-il vouloir s’obliger, car « il n’y a que les promesses que nous faisons avec l’intention de nous engager » qui forment un contrat. Le père qui promet à son fils étudiant un voyage pour les vacances, s’il emploie bien son temps, n’entend pas contracter (Pothier, Traité des obligations, partie I, chap. I, sect. I, art. I, n° 3).

La définition de 1804 et sa critique

Le code civil reprend la définition de Pothier : l’ancien article 1101 fait du contrat la convention par laquelle on s’oblige à donner, à faire ou à ne pas faire. Au XIXe siècle, des commentateurs la jugent inexacte, parce qu’elle laisse dehors les conventions qui dissolvent une obligation et tait l’effet translatif de celles qui transfèrent la propriété. Demolombe répond que le défaut « n’est que dans les mots ». Il défend le sens étroit du mot, qui évoque un lien qui se noue : « Dissoudre une obligation préexistante, ce n’est donc pas contracter, dans l’acception technique de ce mot ; c’est plutôt distracter ! ». La convention demeure le genre, le contrat l’espèce (Demolombe, Cours de Code Napoléon, t. XXIV, n° 14-15).

L’accord qui crée, modifie, transmet ou éteint

L’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 abandonne ce sens étroit. Le contrat n’est plus défini par l’obligation qu’il fait naître, mais par l’accord et par ce qu’il fait des obligations : l’accord qui les éteint, que Demolombe tenait hors du contrat, y entre. La chambre sociale de la Cour de cassation reprend la lettre du texte : « le contrat est un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations ». Elle en déduit que, lorsque la rupture du contrat de travail résulte d’un accord amiable conclu dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi assorti d’un plan de départs volontaires, soumis aux représentants du personnel, sa cause « ne peut être contestée, sauf fraude ou vice du consentement » (Cass. soc., 26 juin 2024, n° 23-15.498, au visa des articles 1101 et 1103 du code civil et L. 1221-1 et L. 1233-3 du code du travail).

Le texte

Article 1101 du code civil · rédaction en vigueur depuis le 1er octobre 2016

Le contrat est un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations.

L’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 a gardé le numéro et changé l’axe de la définition. L’ancien article 1101 voyait dans le contrat « une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose » : il partait de l’obligation, le texte actuel part de l’accord. La loi n° 2018-287 du 20 avril 2018, qui a ratifié l’ordonnance, n’a pas touché à cet article.

Les éléments constitutifs

La rencontre des volontés. Le contrat suppose d’abord la rencontre d’une offre et d’une acceptation (article 1113). C’est ce qui le range parmi les actes juridiques conventionnels, à côté des actes unilatéraux (article 1100-1) (l’accord qui crée, modifie, transmet ou éteint).

La volonté de s’engager. Il faut ensuite que les parties veuillent s’obliger. Les actes juridiques sont des manifestations de volonté « destinées à produire des effets de droit » (article 1100-1), et l’offre et l’acceptation sont celles « par lesquelles les parties manifestent leur volonté de s’engager » (article 1113). La promesse faite sans intention de s’obliger, que l’ancien droit écartait déjà, ne forme pas de contrat (du contrat romain à la convention de Pothier).

L’effet sur des obligations. L’accord agit enfin sur des obligations, qu’il s’agisse de les créer, de les modifier, de les transmettre ou de les éteindre (article 1101). La cession de créance et la remise de dette sont ainsi des contrats (articles 1321 et 1350), et les conventions extinctives que discutait le XIXe siècle entrent dans la définition (la définition de 1804 et sa critique).

Le contrôle de la Cour de cassation

Le contrat est une notion de droit, dont la Cour de cassation tient la définition (les degrés du contrôle). Elle a jugé que les juges du fond avaient relevé « à bon droit » que l’alinéa 1er de l’article 46 de la loi du 10 juillet 1965 « ne vise que les contrats » et ne s’applique pas à « un congé pour vendre qui constitue une offre résultant de la loi et non de la rencontre des volontés du bailleur et du locataire » (Cass. 3e civ., 13 mars 2002, n° 00-18.044, avant la réforme de 2016). La rencontre des volontés, la volonté de s’engager et l’effet sur des obligations sont donc des critères dont l’emploi se discute devant elle. Leur constat dans l’espèce relève du fait : sous la loi du 27 février 1958 sur l’assurance automobile obligatoire, les juges d’appel ont, « dans la limite de leur pouvoir, souverain, estimé » que le porteur d’une attestation d’assurance « n’avait pas la volonté de s’engager » (Cass. 1re civ., 22 juin 1971, n° 70-11.066). Un pourvoi peut critiquer la définition retenue ; il ne fait pas repeser les faits.

Les effets de la qualification

Les enjeux de la qualification

Qualifier un accord de contrat, c’est lui attacher la force de la loi entre les parties (article 1103) et les sanctions de l’inexécution (article 1217). Face à l’acte unilatéral, autre espèce d’acte juridique, le contrat suppose la rencontre d’une offre et d’une acceptation (article 1113), mais les actes unilatéraux obéissent « en tant que de raison, pour leur validité et leurs effets, aux règles qui gouvernent les contrats » (article 1100-1). Face au quasi-contrat, l’engagement ne procède d’aucun accord : il résulte de « faits purement volontaires » (article 1300), sans échange de consentements.

Ne pas confondre avec

L’engagement unilatéral. Acte unilatéral, que l’article 1100-1 distingue des actes conventionnels, il procède d’une seule volonté, quand le contrat unilatéral, qui n’oblige qu’une partie sans engagement réciproque de l’autre, naît encore d’un accord (article 1106).

Le quasi-contrat. L’obligation y naît d’un fait purement volontaire et non d’un accord (article 1300) : l’organisateur d’une loterie « qui annonce un gain à une personne dénommée sans mettre en évidence l’existence d’un aléa s’oblige, par ce fait purement volontaire, à le délivrer » (, au visa de l’ancien article 1371).

Adage. Accessorium sequitur principale : l’interdépendance contractuelle ne repose pas sur un rapport de principal à accessoire ; l’adage ne régit que le contrat qui dépend d’un autre.

Adage. Actus interpretandus est potius ut valeat quam ut pereat : l’adage fait produire effet à la clause que les parties ont stipulée, et prolonge ainsi la force obligatoire du contrat.

Adage. Ad impossibilia nemo tenetur : la prestation promise doit être possible, sans quoi l’obligation contractuelle ne naît pas (article 1163, depuis le 1er octobre 2016).

Adage. Alteri stipulari nemo potest : nul ne peut s’engager par contrat, en son propre nom, que pour soi-même : c’est la règle que l’article 1203 conserve, et que la Cour de cassation appliquait en 1974 au visa de l’article 1119.

Adage. Donner et retenir ne vaut : la force obligatoire du contrat admet la révocation par consentement mutuel ; la maxime interdit au donateur de se réserver la reprise.

Adage. Nemo praecise cogi potest ad factum : l’ancien article 1101 distinguait les obligations de donner, de faire et de ne pas faire ; seules les deux dernières tombaient sous l’adage.

Adage. Pacta sunt servanda : la force obligatoire est l’effet du contrat légalement formé : la Chambre sociale vise ensemble, en 2024, l’article 1101, qui le définit, et l’article 1103, qui l’oblige.

Adage. Nul ne peut se constituer de preuve à soi-même : le contrat est l’acte juridique dont la preuve est le domaine propre de la maxime ; ses suites matérielles, comme une livraison, relèvent des faits juridiques.

Adage. Quae temporalia sunt ad agendum, perpetua sunt ad excipiendum : depuis 2016, la règle écrite ne vise que l’exception qui se rapporte à un contrat, non l’exception d’illégalité d’un accord collectif.

Adage. Res inter alios acta aliis neque nocere neque prodesse potest : il ne crée d’obligations qu’entre les parties ; les tiers en respectent la situation et peuvent s’en prévaloir.

Adage. Res perit domino : les risques de la chose disent qui perd le bien ; ceux du contrat, qui perd la contrepartie : dans l’entreprise et le bail, la perte fortuite prive de son prix le débiteur empêché.

Adage. Specialia generalibus derogant : le droit commun du contrat s’applique sous réserve des règles particulières à certains contrats (article 1105) ; l’adage ordonne les deux corps de règles.

Adage. À travail égal, salaire égal : le principe ne délie pas l’employeur de ses engagements : il ne peut l’invoquer pour se soustraire à ceux qu’il a pris unilatéralement dans un plan social.

Jurisprudence citée 1 décision

1 cassation0 rejet1 au Bulletin2002
2002CassationCass. ch. mixte, 6 sept. 2002, n° 98-22.981Bulletincité 1×
formationchambre mixte
date6 septembre 2002
attaquéeCour d'appel de Paris, 1998-10-23, 23 oct. 1998
Une cour d'appel apprécie souverainement le montant du préjudice dont elle justifie l'existence par l'évaluation qu'elle en a faite, sans être tenue d'en préciser les divers éléments.
Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouché
courdecassation.fr ↗dans le texte : ↑1
Décisions de la Cour de cassation, rattachées par le numéro de pourvoi, la date et la chambre.

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