La concentration des moyens
Un jugement tranche une contestation, et il ne la tranche qu’une fois. L’autorité de la chose jugée interdit de soumettre de nouveau au juge ce qu’il a décidé ; mais l’ancien article 1351 du code civil ne l’attachait qu’à une triple identité, de chose demandée, de cause et de parties. Tout tient alors au sens du mot cause. Entendue comme la règle de droit invoquée, elle permet au plaideur débouté de revenir en changeant seulement de fondement ; entendue plus largement, elle oblige à tout dire la première fois.
Les chambres de la Cour de cassation ne s’accordaient pas sur ce choix. L’arrêt du 7 juillet 2006 le tranche par une charge plutôt que par une définition : il impose au demandeur de présenter dès la première demande tous les moyens propres à la fonder, et le fondement qu’il a tu ne lui permet plus d’échapper à la chose jugée.
La solution doit d’abord être saisie dans l’espèce qui l’a fait naître (I). Sa portée se mesure ensuite à ce que la jurisprudence en a fait, de la division qu’elle a tranchée aux bornes qu’elle a reçues (II).
I) La charge de présenter tous les moyens dès la première demande
A) L’espèce
L’affaire oppose deux frères. L’un dit avoir travaillé sans rémunération au service de leur père. Se prétendant titulaire, sur la succession de celui-ci, d’une créance de salaire différé, il assigne en paiement d’une somme d’argent son frère, seul autre cohéritier du défunt. Un jugement rejette la demande : l’activité litigieuse n’avait pas été exercée au sein d’une exploitation agricole.
Débouté, le demandeur change de fondement sans changer d’objet. Il assigne de nouveau son frère, en paiement de la même somme, sur le fondement de l’enrichissement sans cause.
Par un arrêt du 29 avril 2003, la cour d’appel d’Agen accueille la fin de non-recevoir tirée de l’autorité de la chose jugée attachée au premier jugement. L’identité des parties n’est pas contestée ; celle de l’objet est acquise, le demandeur réclamant la consécration d’un même droit sur la succession ; la cause est la même, les deux demandes tendant à une même indemnisation du travail fourni pendant la même période, « seul différant le moyen invoqué » : au travail différé que régit le code rural, invoqué la première fois, succède l’article 1371 du code civil, siège des quasi-contrats. Or les moyens, poursuit la cour d’appel, « ne constituent pas un élément de l’autorité de la chose jugée et ne sont que les instruments de la cause ». Un pourvoi est formé contre cet arrêt. Le demandeur meurt le 6 février 2006, avant que l’Assemblée plénière ne statue ; son héritière reprend l’instance, et c’est elle qui supportera les dépens.
Le moyen unique défend une conception de la cause par le fondement juridique. L’autorité de la chose jugée n’aurait lieu qu’en cas d’identité de cause, « c’est-à-dire si les demandes successives sont fondées sur le même texte ou le même principe ». Le salaire différé du code rural et l’enrichissement sans cause étant deux fondements distincts, les demandes n’auraient pas eu la même cause ; la cour d’appel, qui avait constaté cette différence, n’en aurait pas tiré les conséquences légales, en violation de l’article 1351 du code civil et de l’article 480 du nouveau code de procédure civile.
La question était de pur droit. Celui qui a succombé peut-il réclamer la même chose au même adversaire en invoquant un fondement juridique qu’il n’avait pas soulevé, sans se heurter à la chose jugée ?
B) La solution
L’Assemblée plénière rejette le pourvoi en déplaçant la question. Plutôt que de rechercher si deux fondements font deux causes, elle impose au demandeur une charge, énoncée en termes généraux et détachée des faits, avant d’en faire application à l’espèce :
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Mais attendu qu'il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci ; Qu'ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, la cour d'appel en a exactement déduit que Gilbert Y... ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation ; »
Appliquée aux constatations des juges du fond, la règle ne laisse rien subsister du moyen : les deux demandes sont formées entre les mêmes parties et tendent au même paiement, en rémunération d’un travail prétendument effectué sans contrepartie ; le demandeur ne peut donc plus contester l’identité de cause en invoquant le fondement qu’il avait tu. En approuvant la cour d’appel d’Agen d’en avoir exactement déduit que la seconde demande se heurtait à la chose jugée, la Haute juridiction fait sienne cette conséquence et la tient pour une question de droit, dont elle contrôle l’application. Le texte en cause était l’article 1351 du code civil, dans sa rédaction de 1804 :
Article 1351 du code civil, dans sa rédaction applicable à l’arrêtdu 21 mars 1804 au 30 septembre 2016
L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité.
Texte invoqué par le moyen. Depuis le 1er octobre 2016, ses termes figurent, inchangés, à l’article 1355 du code civil.
Pour être un rejet, la décision n’en fixe pas moins la règle : posée avant son application, elle vaut au-delà de l’espèce, et c’est elle que la jurisprudence reprendra.
II) La portée de la solution
A) Le sens et la valeur de l’arrêt
Le texte de 1804 n’avait pas changé ; la difficulté était d’interprétation. La Première et la Troisième chambre civile tenaient le fondement juridique pour constitutif de la cause. La Première chambre civile approuvait la cour d’appel d’Aix-en-Provence d’avoir écarté la chose jugée, la nouvelle demande en nullité d’un testament, pour fausseté d’écriture, n’ayant pas le même fondement juridique que la précédente demande d’annulation « pour manoeuvre dolosive » (Cass. 1re civ., 28 mai 2002, n° 99-19.071, non publié). La Troisième chambre civile cassait, la même année, l’arrêt de la cour d’appel d’Orléans qui avait opposé la chose jugée à une demande fondée sur l’obligation de conseil de l’entrepreneur, après un jugement qui n’avait statué que sur la garantie légale des constructeurs :
Cass. 3e civ., 22 octobre 2002, n° 01-10.871
« Qu'en statuant ainsi alors qu'elle avait relevé que le Tribunal, dans son jugement de 1997, n'avait statué que sur la demande fondée sur l'article 1792 du Code civil, la cour d'appel a violé le texte susvisé, les prétentions formulées sur un fondement contractuel pour manquement de l'entrepreneur à son obligation de conseil ayant une cause différente de celles relatives à la mise en jeu de la garantie légale des constructeurs ; »
L’obligation de conseil avait pourtant, selon la cour d’appel d’Orléans, été invoquée dès la première instance, les juges de première instance s’étant à tort estimés non saisis ; la cassation n’en tient pas moins deux fondements pour deux causes. L’Assemblée plénière elle-même avait admis une seconde demande en nullité sur un autre fondement. Condamnée par un arrêt du 30 octobre 1985 à régulariser une vente dont elle avait vainement demandé la nullité pour erreur de droit, la venderesse en avait parallèlement demandé la nullité, par une procédure distincte, pour défaut de prix réel et sérieux ; sa demande fut jugée recevable, dès lors que, lors de la première procédure, « la juridiction saisie n’avait tranché que la question de la réalité et de la validité du consentement » (Cass. ass. plén., 3 juin 1994, n° 92-12.157). La Première chambre civile censurait de même, en 2003, la cour d’appel de Paris qui avait tenu la nullité d’un cautionnement pour violence pour un moyen de défense tardif : les arrêts qui avaient condamné la caution « n’avaient pu se prononcer sur la validité de son consentement » (Cass. 1re civ., 18 février 2003, n° 99-16.771). Moins d’un an avant l’arrêt de 2006, la Première chambre civile de la Cour de cassation voyait encore une cause nouvelle dans un fondement nouveau, par un arrêt publié au Bulletin. L’action en recherche de paternité exercée par une mère au nom de son fils mineur avait été rejetée en 1983 ; le fils l’intentait à son tour sur le fondement de l’article 340 du code civil dans sa rédaction issue de la loi du 8 janvier 1993, et, pour la Cour de cassation, la cour d’appel de Toulouse avait « exactement décidé que l’action nouvelle étant fondée sur une autre cause ne se heurtait pas à la chose précédemment jugée sur le fondement des textes anciens » (Cass. 1re civ., 21 septembre 2005, n° 02-15.586).
La Deuxième chambre civile jugeait au contraire comme le fera l’arrêt de 2006. Un syndicat de copropriétaires, débouté de sa demande de remboursement de sommes prêtées, réclamait les mêmes sommes en invoquant tour à tour le mandat, la gestion d’affaires, la garantie personnelle, le cautionnement, le pacte de constitut, la répétition de l’indu ou l’enrichissement sans cause. La cour d’appel de Chambéry y voit de simples moyens, et la Deuxième chambre civile l’approuve :
Cass. 2e civ., 4 mars 2004, n° 02-12.141
« Mais attendu qu'ayant relevé que dans les deux procédures, le syndicat entendait obtenir le remboursement de sommes prêtées et que sa demande avait été rejetée par une précédente décision, la cour d'appel a retenu à bon droit, par motifs propres et adoptés, que le syndicat ne développait dans la seconde instance que des moyens nouveaux et que sa nouvelle demande se heurtait, par conséquent, à l'autorité de la chose jugée ; »
Entre ces deux courants, l’Assemblée plénière fait sienne la solution de la Deuxième chambre civile. La conception qui faisait du fondement juridique la cause de la demande cesse d’être reçue : l’Assemblée plénière revient sur sa propre solution de 1994, et les solutions de 2002, de la Première et de la Troisième chambre civile de la Cour de cassation, ne peuvent plus coexister avec la règle nouvelle.
L’arrêt décide que le plaideur qui a succombé ne peut réitérer contre le même adversaire la même demande en invoquant un fondement juridique qu’il n’avait pas soulevé. Il ne rend pas tout fondement nouveau irrecevable : la règle suppose la chose jugée constituée, l’identité des parties et celle de la fin poursuivie en étant les conditions. Sans définir la cause, il interdit d’en invoquer, pour échapper à la chose jugée, la conception que défendait le moyen.
Le ressort de la solution est une charge procédurale : ce qui pouvait être dit dans le premier procès, et ne l’a pas été, est tenu pour jugé avec la demande qu’il devait soutenir. La doctrine y a lu une conception factuelle de la cause, dont le fondement juridique se trouve exclu ; le rapport annuel de la Cour de cassation pour 2009 constate de même que, depuis cet arrêt, la jurisprudence s’oriente « vers une conception plus factuelle de la cause ». La Première chambre civile qualifie la solution de « règle prétorienne de concentration des moyens », dégagée par la jurisprudence de l’article 1351 du code civil (Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298).
La valeur de principe de l’arrêt ne fait guère de doute. Rendu par la formation la plus solennelle de la Cour de cassation, publié au Bulletin et au Rapport annuel, il énonce sa règle en termes généraux, détachés de l’espèce. La reprise l’a vérifié. Les chambres civiles et la Chambre commerciale l’ont appliquée et étendue, puis l’Assemblée plénière, dans un arrêt publié au Bulletin, l’a déclarée constante en citant celui de 2006 (Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓) ; le rapport annuel pour 2023 rappelle que le principe, s’il est issu de l’arrêt de 2006, est devenu « une jurisprudence depuis lors constante ».
B) Les prolongements de la solution
La postérité de l’arrêt a d’abord élargi la règle, avant d’en tracer les bornes. Dès le 20 février 2007, la Chambre commerciale juge qu’il incombe aux parties, et non plus au seul demandeur, de présenter dès l’instance initiale les moyens propres soit à fonder la demande, soit à justifier son rejet total ou partiel (Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.322). La Troisième chambre civile en tire la conséquence contre le défendeur à la régularisation forcée d’une vente, qui agissait ensuite en rescision pour lésion : il lui incombait d’invoquer la lésion dès cette instance (Cass. 3e civ., 13 févr. 2008, n° 06-22.093CassationBulletinIl incombe au défendeur à une action en régularisation forcée d'une vente de présenter dès l'instance initiale l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à faire échec à la demande, de sorte que son action nouvelle en rescision de la vente pour lésion se heurte à l'autorité de la chose précédemment jugéeSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓). La solution de 1994 n’a pas davantage de place du côté du défendeur. Il est enfin nommé, dans les termes mêmes de la règle de 2006, par la Deuxième chambre civile (Cass. 2e civ., 20 mars 2014, n° 13-14.738), puis par la Première chambre civile, qui renonce à sa solution de 2003 : la débitrice condamnée par une ordonnance d’injonction de payer ayant acquis l’autorité de la chose jugée ne peut plus contester avoir accepté l’offre de crédit (Cass. 1re civ., 1er octobre 2014, n° 13-22.388).
La règle a d’abord été opposée à la victime qui, déboutée devant le juge pénal, assignait ensuite le médecin relaxé sur le fondement de sa responsabilité contractuelle (Cass. 2e civ., 25 octobre 2007, n° 06-19.524). Elle vaut à l’intérieur d’une même instance, où « une prétention rejetée ne peut être présentée à nouveau sur un autre fondement » (Cass. 2e civ., 11 avril 2019, n° 17-31.785). Elle s’applique à une demande rejetée avant 2006, sans méconnaître l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, en l’absence de faits nouveaux venus modifier la situation reconnue en justice (Cass. 1re civ., 24 septembre 2009, n° 08-10.517).
L’extension la plus ample a porté la règle des moyens aux demandes. Au visa de l’article 1351, ensemble l’article 1476 du code de procédure civile, la Première chambre civile casse l’arrêt de la cour d’appel de Versailles qui avait déclaré recevable une demande de dommages-intérêts sur laquelle la sentence arbitrale n’avait pas statué :
Cass. 1re civ., 28 mai 2008, n° 07-13.266
« Qu'en statuant ainsi, alors qu'il incombe au demandeur de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur la même cause et qu'il ne peut invoquer dans une instance postérieure un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, la cour d'appel a violé les textes susvisés ; »
L’extension n’a pas tenu. La Deuxième chambre civile lui oppose, en cassant un arrêt de la cour d’appel de Paris qui en avait reproduit la formule, la distinction qui fixe aujourd’hui le domaine de la règle :
Cass. 2e civ., 26 mai 2011, n° 10-16.735
« Attendu que, s'il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, il n'est pas tenu de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur les mêmes faits ; »
Le bénéficiaire d’un pacte de préférence, qui avait fait juger la vente parfaite, pouvait donc réclamer ensuite les loyers perçus par le propriétaire : la demande n’avait pas le même objet. La Troisième chambre civile refuse à son tour d’exiger la réunion des demandes, la nullité de la vente pour dol et la réduction du prix « n’ont pas le même objet » (Cass. 3e civ., 11 janvier 2012, n° 10-23.141). La Première chambre civile renonce elle-même à sa formule de 2008 : elle fait sienne la distinction de 2011 et approuve la cour d’appel de Limoges d’avoir jugé recevable une demande en nullité présentée pour la première fois (Cass. 1re civ., 12 mai 2016, n° 15-16.743). La limite est depuis constamment reprise (Cass. 2e civ., 4 novembre 2021, n° 20-17.048, non publié ; Cass. com., 18 juin 2025, n° 23-19.368, non publié). En 2026 encore, la Deuxième chambre civile censure l’arrêt de la cour d’appel de Douai qui opposait « l’obligation de concentration des moyens » à une demande de doublement du taux d’intérêt, dont l’objet n’est pas celui de l’intérêt au taux légal (Cass. 2e civ., 18 juin 2026, n° 24-21.811).
Revenant sur sa solution de 2007, la Deuxième chambre civile de la Cour de cassation juge que « le principe de la concentration des moyens ne s’étend pas à la simple faculté que la partie civile tire de l’article 470-1 du code de procédure pénale » de demander au juge pénal réparation selon les règles du droit civil (Cass. 2e civ., 15 novembre 2018, n° 17-18.656). La cour d’appel de Bordeaux, saisie sur renvoi après une cassation prononcée dans les mêmes termes, ayant résisté, l’examen du pourvoi est renvoyé à l’Assemblée plénière, qui rappelle la règle, « selon une jurisprudence constante », en citant l’arrêt de 2006, puis en règle l’application :
Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« 8. En application du principe rappelé au paragraphe 5, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. 9. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. »
Le rapport annuel pour 2023 le dit : « l’assemblée plénière maintient la jurisprudence de la deuxième chambre civile ». La limite des demandes protège aussi la partie civile déboutée, qui peut réclamer ensuite au juge civil la restitution d’une somme indûment conservée (Cass. 2e civ., 6 mars 2025, n° 22-20.935) ou une indemnisation fondée non sur les infractions poursuivies, mais sur le dol (Cass. 2e civ., 2 juillet 2026, n° 23-18.767, non publié).
Le droit de l’Union a fait céder la règle en un autre point. La Chambre commerciale juge que l’autorité de la chose jugée d’une décision d’admission des créances ne doit pas « être susceptible de vider de sa substance l’obligation incombant au juge national de procéder à un examen d’office du caractère éventuellement abusif des clauses contractuelles » : le juge de l’exécution doit apprécier ce caractère, « y compris pour la première fois », à moins que le juge précédent ne s’y soit livré (Cass. com., 8 février 2023, n° 21-17.763). Fondée sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, la solution déroge à la chose jugée elle-même ; le rapport annuel pour 2023 la rattache à la concentration des moyens : la cour d’appel de Versailles s’était fondée notamment sur elle, et ce raisonnement n’est « désormais plus » fondé en matière de clauses abusives.
La Première chambre civile, enfin, refuse d’étendre la règle lorsque l’instance initiale s’est déroulée devant une juridiction étrangère, son application étant de nature à porter une atteinte excessive au droit d’accès au juge, faute d’être, dans ce contexte, suffisamment prévisible et accessible (Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298). Hors de ces bornes, la règle s’applique dans les termes de 2006 : le seul changement de fondement juridique « ne suffit pas à caractériser un changement de cause » (Cass. com., 1er avril 2026, n° 24-20.985, non publié).
Les étapes de la lignée, de la règle de 2006 à ses bornes actuelles, se lisent dans l’ordre des dates.
C) Le droit en vigueur
La règle n’a jamais été écrite. L’ordonnance du 10 février 2016 a transféré l’article 1351 du code civil à l’article 1355 sans en changer un mot, et les arrêts postérieurs visent l’article 1351, devenu 1355, avant de viser l’article 1355 seul.
Article 1355 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité.
Le texte appliqué par l’arrêt : ancien article 1351
Article 1351 du code civil, en vigueur du 21 mars 1804 au 30 septembre 2016L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité.
La lettre du texte ne comporte aucune règle de concentration : celle-ci est une interprétation de la cause.
L’article 480 du code de procédure civile, que le moyen invoquait aussi, attache l’autorité de la chose jugée au jugement qui tranche la contestation dans son dispositif ; sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2020 reprend les termes de celle que l’arrêt a connue. Ce qui n’a pas été demandé n’a pas été tranché : la limite des demandes en procède.
Article 480 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er janvier 2020
Le jugement qui tranche dans son dispositif tout ou partie du principal, ou celui qui statue sur une exception de procédure, une fin de non-recevoir ou tout autre incident a, dès son prononcé, l'autorité de la chose jugée relativement à la contestation qu'il tranche.
Le principal s'entend de l'objet du litige tel qu'il est déterminé par l'article 4.
Le texte appliqué par l’arrêt : ancien article 480
Article 480 du code de procédure civile, en vigueur du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2019Le jugement qui tranche dans son dispositif tout ou partie du principal, ou celui qui statue sur une exception de procédure, une fin de non-recevoir ou tout autre incident a, dès son prononcé, l'autorité de la chose jugée relativement à la contestation qu'il tranche.
Le principal s'entend de l'objet du litige tel qu'il est déterminé par l'article 4.
La concentration écrite est une autre règle. L’article 915-2 du code de procédure civile impose de présenter en appel, dès les premières conclusions, l’ensemble des prétentions sur le fond, comme le faisait l’article 910-4, en vigueur jusqu’au 1er septembre 2024 ; cette concentration ne vise pas les moyens au soutien d’une demande déjà jugée. L’article 470-1 du code de procédure pénale, qui fonde la limite propre à la partie civile, sera remplacé le 1er janvier 2029, avec toute la partie législative du code que réécrit l’ordonnance n° 2025-1091 du 19 novembre 2025 : sa substance passe à l’article L. 4433-2 du code de procédure pénale, dans sa rédaction issue de cette ordonnance.
La lignée de l’arrêt
21 mars 1804 Article 1351 du code civil (version en vigueur à compter du 21 mars 1804) subordonne l'autorité de la chose jugée à l'identité de chose, de cause et de parties
Identifiant Légifrance : LEGIARTI000006438354
3 juin 1994 Cass. ass. plén., 3 juin 1994, n° 92-12.157 admet l'action en nullité de la vente pour défaut de prix réel et sérieux malgré l'arrêt qui avait ordonné de régulariser cette vente, faute pour celui-ci d'avoir tranché la question
22 octobre 2002 Cass. 3e civ., 22 octobre 2002, n° 01-10.871 tient la demande fondée sur la responsabilité contractuelle pour une demande de cause différente de celle fondée sur la garantie légale des constructeurs
4 mars 2004 Cass. 2e civ., 4 mars 2004, n° 02-12.141 tient pour de simples moyens nouveaux les fondements juridiques invoqués dans une seconde instance pour obtenir le remboursement des mêmes sommes
7 juillet 2006 abandon confirmation revirement Cass. ass. plén., 7 juillet 2006, n° 04-10.672l'arrêtRejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ oblige le demandeur à présenter dès l'instance relative à la première demande tous les moyens propres à fonder celle-ci
Cinq lignes de jurisprudence aboutissent à cette décision ; chacune est lue ci-dessous.
Depuis Cass. 1re civ., 28 mai 2002, n° 99-19.071 · abandon
Lecture des deux arrêts
Cass. 1re civ., 28 mai 2002, n° 99-19.071
« … la nouvelle instance en nullité du testament pour fausseté d'écriture n'avait pas le même fondement juridique que la précédente demande d'annulation pour manoeuvre dolosive, la cour d'appel en a à bon droit déduit qu'il ne pouvait être fait application de l'article 1351 du Code civil »
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile »
Depuis Cass. 1re civ., 21 septembre 2005, n° 02-15.586
Lecture des deux arrêts
Cass. 1re civ., 21 septembre 2005, n° 02-15.586
« … la cour d'appel a exactement décidé que l'action nouvelle étant fondée sur une autre cause ne se heurtait pas à la chose précédemment jugée sur le fondement des textes anciens »
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile »
Depuis Cass. 3e civ., 22 octobre 2002, n° 01-10.871 · abandon
Lecture des deux arrêts
Cass. 3e civ., 22 octobre 2002, n° 01-10.871
« … les prétentions formulées sur un fondement contractuel pour manquement de l'entrepreneur à son obligation de conseil ayant une cause différente de celles relatives à la mise en jeu de la garantie légale des constructeurs »
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile »
Depuis Cass. 2e civ., 4 mars 2004, n° 02-12.141 · confirmation
Lecture des deux arrêts
Cass. 2e civ., 4 mars 2004, n° 02-12.141
« … la cour d'appel a retenu à bon droit, par motifs propres et adoptés, que le syndicat ne développait dans la seconde instance que des moyens nouveaux et que sa nouvelle demande se heurtait, par conséquent, à l'autorité de la chose jugée »
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile »
Depuis Cass. ass. plén., 3 juin 1994, n° 92-12.157 · revirement
Lecture des deux arrêts
Cass. ass. plén., 3 juin 1994, n° 92-12.157
« … la cour d'appel a exactement décidé que la demande de Mme Y..., en ce qu'elle tendait à faire prononcer la nullité de la vente en se fondant exclusivement sur le défaut de prix réel et sérieux, ne portait pas atteinte à l'autorité de chose jugée attachée à l'arrêt du 30 octobre 1985 »
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile »
20 février 2007 extension Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.322 étend l'obligation aux parties, le défendeur devant présenter dès l'instance initiale les moyens propres à justifier le rejet de la demande
Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.322
« … il incombe aux parties de présenter dès l'instance initiale l'ensemble des moyens qu'elles estiment de nature, soit à fonder la demande, soit à justifier son rejet total ou partiel »
28 mai 2008 extension Cass. 1re civ., 28 mai 2008, n° 07-13.266 porte l'obligation des moyens aux demandes : toutes celles qui sont fondées sur la même cause doivent être présentées dans la même instance
Lecture des deux arrêts
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci »
Cass. 1re civ., 28 mai 2008, n° 07-13.266
« … il incombe au demandeur de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur la même cause »
26 mai 2011 limitation Cass. 2e civ., 26 mai 2011, n° 10-16.735 borne l'obligation aux moyens : le demandeur n'est pas tenu de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur les mêmes faits
Deux lignes de jurisprudence aboutissent à cette décision ; chacune est lue ci-dessous.
Depuis Cass. 1re civ., 28 mai 2008, n° 07-13.266 · limitation
Lecture des deux arrêts
Cass. 1re civ., 28 mai 2008, n° 07-13.266
« … il incombe au demandeur de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur la même cause »
Cass. 2e civ., 26 mai 2011, n° 10-16.735
« … il n'est pas tenu de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur les mêmes faits »
Depuis Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ · limitation
Cass. 2e civ., 26 mai 2011, n° 10-16.735
« … il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci »
1er octobre 2016 Article 1355 du code civil (version en vigueur à compter du 1er octobre 2016) reprend mot pour mot l'ancien article 1351, sans rien écrire de la concentration des moyens
Identifiant Légifrance : LEGIARTI000032042331
15 novembre 2018 revirement Cass. 2e civ., 15 novembre 2018, n° 17-18.656 revient sur la solution de 2007 : la règle ne s'étend pas à la simple faculté que la partie civile tient de l'article 470-1 du code de procédure pénale
Lecture des deux arrêts
Cass. 2e civ., 25 octobre 2007, n° 06-19.524
« … un jugement a relaxé le prévenu et débouté les parties civiles, M. et Mme Y..., de leurs demandes ; que M. et Mme Y... ont engagé devant une juridiction civile une nouvelle action en indemnisation fondée sur la responsabilité contractuelle du médecin »
Cass. 2e civ., 15 novembre 2018, n° 17-18.656
« … le principe de la concentration des moyens ne s'étend pas à la simple faculté que la partie civile tire de l'article 470-1 du code de procédure pénale de présenter au juge pénal une demande »
8 février 2023 limitation Cass. com., 8 février 2023, n° 21-17.763 permet au consommateur d'invoquer devant le juge de l'exécution le caractère abusif d'une clause que le juge de l'admission n'a pas examinée, nonobstant la chose jugée
Lecture des deux arrêts
Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.322
« … il incombe aux parties de présenter dès l'instance initiale l'ensemble des moyens qu'elles estiment de nature, soit à fonder la demande, soit à justifier son rejet total ou partiel »
Cass. com., 8 février 2023, n° 21-17.763
« … l'autorité de la chose jugée d'une décision du juge-commissaire admettant des créances au passif d'une procédure collective, résultant de l'article 1355 du code civil et de l'article 480 du code de procédure civile, ne doit pas être susceptible de vider de sa substance l'obligation incombant au juge national de procéder à un examen d'office du caractère éventuellement abusif des clauses contractuelles »
14 avril 2023 confirmation Cass. ass. plén., 14 avril 2023, n° 21-13.516l'arrêtCassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ qualifie la règle de jurisprudence constante et en règle l'application à la partie civile devant le juge pénal
Deux lignes de jurisprudence aboutissent à cette décision ; chacune est lue ci-dessous.
Depuis Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ · confirmation
Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Selon une jurisprudence constante (Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓, Bull. 2006, Ass. Plén., n° 8), il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci »
Depuis Cass. 2e civ., 15 novembre 2018, n° 17-18.656 · confirmation
Lecture des deux arrêts
Cass. 2e civ., 15 novembre 2018, n° 17-18.656
« … la circonstance que la partie civile n'ait pas usé de cette faculté ne rend pas irrecevables comme méconnaissant l'autorité de la chose jugée les demandes de réparation des mêmes dommages présentées par elle devant le juge civil »
Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil »
19 juin 2024 limitation Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298 refuse d'étendre la règle au demandeur dont l'instance initiale s'est déroulée devant une juridiction étrangère
Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298
« Il résulte de la seconde règle dégagée par la jurisprudence de l'article 1351 du code civil qu'il incombe au demandeur de présenter dès l'instance initiale l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci (Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ »
Ne figurent ici que les décisions qui marquent l’histoire de la solution, non chacune de ses applications.
Chronologie complète
- Cass. 1re civ., 28 mai 2002, n° 99-19.071 — approuve une cour d'appel d'avoir écarté la chose jugée d'une seconde demande en nullité fondée sur un autre fondement juridique
- Cass. 1re civ., 18 février 2003, n° 99-16.771 — admet l'action en nullité pour violence de la caution définitivement condamnée à payer
- Cass. 1re civ., 21 septembre 2005, n° 02-15.586 — tient encore pour fondée sur une autre cause l'action en recherche de paternité reprise sur le fondement de l'article 340 du code civil dans sa rédaction issue de la loi du 8 janvier 1993
- Cass. 2e civ., 18 octobre 2007, n° 06-13.068 — casse l'arrêt qui avait écarté la chose jugée opposée à une seconde demande en paiement de la même somme, entre les mêmes parties, sur un autre fondement
- Cass. 2e civ., 25 octobre 2007, n° 06-19.524 — oppose la chose jugée à la victime qui, déboutée devant le juge pénal, agit devant le juge civil sur le fondement de la responsabilité contractuelle
- Cass. 3e civ., 13 février 2008, n° 06-22.093l'arrêtCassationBulletinIl incombe au défendeur à une action en régularisation forcée d'une vente de présenter dès l'instance initiale l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à faire échec à la demande, de sorte que son action nouvelle en rescision de la vente pour lésion se heurte à l'autorité de la chose précédemment jugéeSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓ — oppose la chose jugée au défendeur à la régularisation forcée d'une vente qui agit ensuite en rescision pour lésion
- Cass. 1re civ., 24 septembre 2009, n° 08-10.517 — applique la règle à une demande rejetée avant 2006 et écarte le grief tiré du droit à un procès équitable, en l'absence de faits nouveaux
- Cass. 3e civ., 11 janvier 2012, n° 10-23.141 — casse à son tour l'arrêt qui avait exigé la réunion de toutes les demandes fondées sur la même cause : nullité pour dol et réduction du prix n'ont pas le même objet
- Cass. 2e civ., 20 mars 2014, n° 13-14.738 — énonce, au visa des articles 1351 du code civil et 480 du code de procédure civile, l'obligation du défendeur de présenter dès l'instance relative à la première demande les moyens propres à justifier son rejet
- Cass. 1re civ., 1er octobre 2014, n° 13-22.388 — nomme à son tour le défendeur et lui oppose la chose jugée attachée à une ordonnance d'injonction de payer
- Cass. 1re civ., 12 mai 2016, n° 15-16.743 — renonce à la concentration des demandes de 2008 et approuve la cour d'appel de Limoges d'avoir jugé recevable une demande présentée pour la première fois
- Cass. 1re civ., 12 mai 2016, n° 15-13.435 — énonce l'obligation du défendeur dans les termes mêmes de la règle de 2006
- Cass. 1re civ., 5 juillet 2017, n° 16-20.233 — applique la règle à l'emprunteur qui, sous couvert d'une demande indemnitaire, remettait en cause l'arrêt ayant validé la créance de la banque
- Cass. 2e civ., 11 avril 2019, n° 17-31.785 — étend la règle à la même instance : une prétention rejetée ne peut y être présentée à nouveau sur un autre fondement
- Cass. 2e civ., 4 novembre 2021, n° 20-17.048 — casse l'arrêt qui avait opposé la chose jugée à une demande d'annulation dont l'objet différait de la revendication précédemment jugée
- Cass. com., 5 juillet 2023, n° 21-10.716 — reprend dans le style direct l'obligation faite aux parties
- Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 21-14.499 — oppose la même limite au défendeur condamné par une juridiction étrangère
- Cass. 2e civ., 6 mars 2025, n° 22-20.935 — admet devant le juge civil l'action en restitution de la partie civile déboutée de sa demande en réparation devant le juge pénal, faute d'identité d'objet
- Cass. com., 18 juin 2025, n° 23-19.368 — rappelle, au visa de l'article 1355 du code civil, que la concentration ne porte pas sur les demandes
- Cass. com., 1er avril 2026, n° 24-20.985 — approuve la cour d'appel de Paris qui, sans méconnaître le droit à un recours effectif, a opposé la chose jugée à une demande ne changeant que de fondement juridique
- Cass. 2e civ., 18 juin 2026, n° 24-21.811 — censure l'arrêt qui avait opposé l'obligation de concentration des moyens à une demande de doublement de l'intérêt légal, dont l'objet n'est pas celui de l'intérêt au taux légal
- Cass. 2e civ., 2 juillet 2026, n° 23-18.767 — admet l'action fondée sur le dol, que le juge pénal n'avait pas tranchée, de l'acquéreur débouté comme partie civile de sa demande de réparation du préjudice économique, le demandeur n'étant pas tenu de présenter toutes ses demandes dans la même instance
Les formules de l’arrêt
La solution vit par une phrase, dont les variantes datent les extensions : les parties en 2007, dès « l’instance initiale » et avec les moyens de nature à justifier le rejet de la demande ; le défendeur nommé en 2014 ; le demandeur à l’action en 2023. La limite a sa propre formule depuis 2011, énoncée seule depuis 2025.
L’arrêt à citer aujourd’hui est celui du 14 avril 2023, publié au Bulletin et au Rapport annuel, par lequel l’Assemblée plénière déclare la règle constante en citant l’arrêt de 2006 ; pour la limite des demandes, celui de la Deuxième chambre civile du 6 mars 2025, publié au Bulletin, qui l’énonce seule, comme résultant de l’article 1355.
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci »
Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci »
Cass. 2e civ., 26 mai 2011, n° 10-16.735
« … il n'est pas tenu de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur les mêmes faits »
L’usage de l’arrêt
Dans une copie. Dans un commentaire ou une dissertation sur l’autorité de la chose jugée, l’arrêt se place au cœur de la notion de cause : par une charge imposée au plaideur plutôt que par une définition, il tranche entre deux courants qui divisaient les chambres de la Cour de cassation, et la règle qu’il pose se lit avec les bornes que la jurisprudence lui a données depuis.
Dans des conclusions. En défense, la règle fonde une fin de non-recevoir tirée de la chose jugée (article 122 du code de procédure civile), qui peut être proposée en tout état de cause, sauf disposition contraire (article 123) et que le juge peut relever d’office (article 125, deuxième alinéa). La formule à reprendre est celle de l’Assemblée plénière : « il incombe au demandeur de présenter dès l’instance relative à la première demande l’ensemble des moyens qu’il estime de nature à fonder celle-ci » (Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓) ; contre un défendeur qui voudrait remettre en cause sa condamnation, celle de la Chambre commerciale (Cass. com., 20 février 2007, n° 05-18.322). Les textes à viser sont l’article 1355 du code civil et l’article 480 du code de procédure civile. En demande, il faut établir que la nouvelle prétention a un objet distinct, car le demandeur n’est pas tenu de présenter dans la même instance toutes les demandes fondées sur les mêmes faits (Cass. 2e civ., 6 mars 2025, n° 22-20.935) ; que la partie civile n’a pas demandé au juge pénal de statuer selon le droit civil ; que l’instance initiale s’est déroulée à l’étranger (Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298) ; que le juge n’a pas examiné le caractère abusif de la clause (Cass. com., 8 février 2023, n° 21-17.763) ; ou qu’un fait nouveau est venu modifier la situation reconnue en justice (Cass. 1re civ., 24 septembre 2009, n° 08-10.517).
L’arrêt annoté et sa fiche
L’arrêt est reproduit dans ses passages utiles ; en regard de chacun figure ce qu’il faut en retenir pour la fiche.
L’arrêt Cesareo, articulation par articulation : un rejet de l’Assemblée plénière qui énonce une règle avant de l’appliquer
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
Les faits : la première demande · L’arrêt
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Attendu, selon l'arrêt attaqué (Agen, 29 avril 2003) que se prétendant titulaire d'une créance de salaire différé sur la succession de son père pour avoir travaillé sans rémunération au service de celui-ci, Gilbert Y... a, sur ce fondement, assigné son frère, M. René Y..., pris en sa qualité de seul autre cohéritier du défunt, en paiement d'une somme d'argent ; »
Les faits : la seconde demande · L’arrêt
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … qu'après qu'un jugement eut rejeté cette demande au motif que l'activité professionnelle litigieuse n'avait pas été exercée au sein d'une exploitation agricole, Gilbert Y... a de nouveau assigné son frère en paiement de la même somme d'argent sur le fondement de l'enrichissement sans cause ; »
Le grief · L’arrêt
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Attendu qu'il est fait grief à l'arrêt d'avoir accueilli la fin de non-recevoir tirée de l'autorité de chose jugée attachée au jugement rejetant la première demande … »
La thèse du moyen · Voix du demandeur
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … que l'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'en cas d'identité de cause, c'est-à-dire si les demandes successives sont fondées sur le même texte ou le même principe ; »
Le cas d’ouverture invoqué · Voix du demandeur
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … qu'en estimant que ces deux demandes avaient une cause identique, la cour n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et a violé les articles 1351 du code civil et 480 du nouveau code de procédure civile … »
La règle énoncée · Voix de la Cour de cassation
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Mais attendu qu'il incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci ; »
Les constatations reprises · Voix de la Cour de cassation
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Qu'ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, … »
L’approbation · Voix de la Cour de cassation
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« … la cour d'appel en a exactement déduit que Gilbert Y... ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation ; »
La conclusion · Voix de la Cour de cassation
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ; »
Le dispositif · Le dispositif
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« REJETTE le pourvoi ; »
Les dépens · Le dispositif
Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓
« Condamne Mme X..., en sa qualité d'héritière de Gilbert Y... aux dépens ; »
Le problème de droit se déduit de l’écart entre la thèse du moyen, qui fait du fondement juridique la cause, et la règle de l’Assemblée plénière, qui en fait un moyen.
Les questions fréquentes
Quelle est la date et le numéro de pourvoi de l’arrêt Cesareo ?
L’arrêt Cesareo a été rendu le 7 juillet 2006 par l’Assemblée plénière de la Cour de cassation (Cass. ass. plén., 7 juill. 2006, n° 04-10.672RejetBulletinIl incombe au demandeur de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci. Une cour d'appel ayant constaté que, comme la demande originaire, la demande dont elle était saisie, formée entre les mêmes parties, tendait à obtenir paiement d'une somme d'argent à titre de rémunération d'un travail prétendument effectué sans contrepartie financière, en a exactement déduit que le demandeur ne pouvait être admis à contester l'identité de cause des deux demandes en invoquant un fondement juridique qu'il s'était abstenu de soulever en temps utile, de sorte que la demande se heurtait à la chose précédemment jugée relativement à la même contestation.Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓), sur le pourvoi formé contre la décision rendue le 29 avril 2003 par la cour d’appel d’Agen. Il rejette le pourvoi et est publié au Bulletin et au Rapport annuel.
Que décide l’arrêt Cesareo ?
L’arrêt décide que le plaideur qui a succombé ne peut réitérer contre le même adversaire la même demande en invoquant un fondement juridique qu’il n’avait pas soulevé. Il ne rend pas tout fondement nouveau irrecevable : la règle suppose la chose jugée constituée, l’identité des parties et celle de la fin poursuivie en étant les conditions.
Qu’est-ce que la concentration des moyens ?
Le ressort de la solution est une charge procédurale : ce qui pouvait être dit dans le premier procès, et ne l’a pas été, est tenu pour jugé avec la demande qu’il devait soutenir. La Première chambre civile qualifie la solution de « règle prétorienne de concentration des moyens », dégagée par la jurisprudence de l’article 1351 du code civil (Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298).
L’arrêt Cesareo est-il toujours applicable ?
La solution est maintenue. La concentration des moyens est une jurisprudence constante, déclarée telle par l’Assemblée plénière (Cass. ass. plén., 14 avr. 2023, n° 21-13.516CassationBulletinRapportEn application du principe selon lequel il incombe au demandeur à l'action de présenter dès l'instance relative à la première demande l'ensemble des moyens qu'il estime de nature à fonder celle-ci, lorsque la partie civile sollicite du juge pénal qu'il se prononce selon les règles du droit civil, elle doit présenter l'ensemble des moyens qu'elle estime de nature à fonder ses demandes, de sorte qu'elle ne peut saisir le juge civil des mêmes demandes, fussent-elles fondées sur d'autres moyens. En revanche, lorsque la partie civile n'a pas usé de la faculté qui lui est ouverte par l'article 470-1 du code de procédure pénale, elle ne peut être privée de la possibilité de présenter ses demandes de réparation devant le juge civil. L'interprétation contraire aboutirait à priver d'effet l'option de compétence qui lui est ouverte par la loi n° 83-608 du 8 juillet 1983 dans le but de garantir le droit effectif de toute victime d'infraction d'obtenir l'indemnisation de son préjudiceSommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouchécourdecassation.fr ↗dans la jurisprudence citée ↓) ; elle s’impose au défendeur comme au demandeur et se rattache aujourd’hui à l’article 1355 du code civil.
La concentration des moyens oblige-t-elle à présenter toutes les demandes ?
L’extension la plus ample a porté la règle des moyens aux demandes ; l’extension n’a pas tenu. Elle ne porte pas sur les demandes d’objet différent (Cass. 2e civ., 18 juin 2026, n° 24-21.811).
Quelles sont les limites de la concentration des moyens ?
Elle ne s’étend ni à la partie civile qui n’a pas usé de la faculté de l’article 470-1 du code de procédure pénale ni à l’instance initiale conduite à l’étranger (Cass. 1re civ., 19 juin 2024, n° 19-23.298), et cède devant l’examen d’une clause abusive que le juge n’a pas fait (Cass. com., 8 février 2023, n° 21-17.763).
Pour aller plus loin
- La preuve du droit
- Principes directeurs du procès : l’office du juge
- Les fins de non-recevoir
- Exceptions de procédure, fins de non-recevoir et défenses au fond : régime juridique
- La rédaction des conclusions
- La méthode de la fiche de jurisprudence
- La méthode du commentaire d’arrêt
- Les chambres et formations de la Cour de cassation
- La publication des arrêts de la Cour de cassation
- L’arrêt de rejet
- La réponse au moyen
- La violation de la loi
- Les degrés du contrôle de la Cour de cassation
- Autorité de la chose jugée — l’entrée du dictionnaire juridique
Les textes cités 11 articles
Le texte en vigueur de chaque disposition citée, tel qu’il se lit au 3 novembre 2026. 4 dispositions ont connu des rédactions antérieures : elles sont données, datées, et ce qui les sépare du texte actuel est souligné. Lorsqu’une rédaction a été reprise sous un autre numéro, ou dans un autre code, la destination est nommée.
Article 340 du code civilabrogé
Dernière rédaction, en vigueur jusqu’au 1er juillet 2006
La paternité hors mariage peut être judiciairement déclarée.
La preuve ne peut en être rapportée que s'il existe des présomptions ou indices graves.
Le miroir des codes ne permet pas d’établir où cette rédaction est reprise.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er août 1972 au 9 janvier 1993
La paternité hors mariage peut être judiciairement déclarée :
1° Dans le cas d'enlèvement ou de viol, lorsque l'époque des faits se rapportera à celle de la conception ;
2° Dans le cas de séduction, accomplie à l'aide de manoeuvres dolosives, abus d'autorité, promesse de mariage ou fiançailles ;
3° Dans le cas où il existe des lettres ou quelque autre écrit émanant du père prétendu, propres à établir la paternité d'une manière non équivoque ;
4° Dans le cas où le père prétendu et la mère ont vécu pendant la période légale de la conception en état de concubinage, impliquant, à défaut de communauté de vie, des relations stables et continues ;
5° Dans le cas où le père prétendu a pourvu ou participé à l'entretien, à l'éducation ou à l'établissement de l'enfant en qualité de père.
Article 1351 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'impossibilité d'exécuter la prestation libère le débiteur à due concurrence lorsqu'elle procède d'un cas de force majeure et qu'elle est définitive, à moins qu'il n'ait convenu de s'en charger ou qu'il ait été préalablement mis en demeure.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016
L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité.
Ce texte se lit aujourd’hui à l’article 1355 du code civil.
Article 1355 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016
L'allégation d'un aveu extrajudiciaire purement verbal est inutile toutes les fois qu'il s'agit d'une demande dont la preuve testimoniale ne serait point admissible.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 1371 du code civilen vigueur depuis le 1er octobre 2016
L'acte authentique fait foi jusqu'à inscription de faux de ce que l'officier public dit avoir personnellement accompli ou constaté.
En cas d'inscription de faux, le juge peut suspendre l'exécution de l'acte.
Avant le 1er octobre 2016, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 21 mars 1804 au 1er octobre 2016
Les quasi-contrats sont les faits purement volontaires de l'homme, dont il résulte un engagement quelconque envers un tiers, et quelquefois un engagement réciproque des deux parties.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 1792 du code civilen vigueur depuis le 1er janvier 1979
Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination.
Une telle responsabilité n'a point lieu si le constructeur prouve que les dommages proviennent d'une cause étrangère.
Avant le 1er janvier 1979, ce numéro portait un autre texte — sans rapport avec l’article actuel
Du 4 janvier 1967 au 1er janvier 1979
Si l’édifice périt en tout ou en partie par le vice de la construction, même par le vice du sol, les architectes, entrepreneurs et autres personnes liées au maître de l’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage en sont responsables pendant dix ans.
Le miroir ne dit pas où ce texte est repris.
Article 122 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er janvier 1976
Constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l'adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d'agir, tel le défaut de qualité, le défaut d'intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée.
Article 480 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er janvier 2020
Le jugement qui tranche dans son dispositif tout ou partie du principal, ou celui qui statue sur une exception de procédure, une fin de non-recevoir ou tout autre incident a, dès son prononcé, l'autorité de la chose jugée relativement à la contestation qu'il tranche.
Le principal s'entend de l'objet du litige tel qu'il est déterminé par l'article 4.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er janvier 1976 au 1er janvier 2020
Le jugement qui tranche dans son dispositif tout ou partie du principal, ou celui qui statue sur une exception de procédure, une fin de non-recevoir ou tout autre incident a, dès son prononcé, l'autorité de la chose jugée relativement à la contestation qu'il tranche.
Le principal s'entend de l'objet du litige tel qu'il est déterminé par l'article 4.
Article 910-4 du code de procédure civileabrogé
Dernière rédaction, en vigueur jusqu’au 1er septembre 2024
A peine d'irrecevabilité, relevée d'office, les parties doivent présenter, dès les conclusions mentionnées aux articles 905-2 et 908 à 910, l'ensemble de leurs prétentions sur le fond. L'irrecevabilité peut également être invoquée par la partie contre laquelle sont formées des prétentions ultérieures.
Néanmoins, et sans préjudice de l'alinéa 2 de l'article 802, demeurent recevables, dans les limites des chefs du jugement critiqués, les prétentions destinées à répliquer aux conclusions et pièces adverses ou à faire juger les questions nées, postérieurement aux premières conclusions, de l'intervention d'un tiers ou de la survenance ou de la révélation d'un fait.
Le miroir des codes ne permet pas d’établir où cette rédaction est reprise.
1 rédaction antérieure — ce qui a changé est souligné
Du 1er septembre 2017 au 1er janvier 2020
A peine d'irrecevabilité, relevée d'office, les parties doivent présenter, dès les conclusions mentionnées aux articles 905-2 et 908 à 910, l'ensemble de leurs prétentions sur le fond. L'irrecevabilité peut également être invoquée par la partie contre laquelle sont formées des prétentions ultérieures.
Néanmoins, et sans préjudice de l'alinéa 2 de l'article 783, demeurent recevables, dans les limites des chefs du jugement critiqués, les prétentions destinées à répliquer aux conclusions et pièces adverses ou à faire juger les questions nées, postérieurement aux premières conclusions, de l'intervention d'un tiers ou de la survenance ou de la révélation d'un fait.
Article 915-2 du code de procédure civileen vigueur depuis le 1er septembre 2024
L'appelant principal peut compléter, retrancher ou rectifier, dans le dispositif de ses premières conclusions remises dans les délais prévus au premier alinéa de l'article 906-2 et à l'article 908, les chefs du dispositif du jugement critiqués mentionnés dans la déclaration d'appel. La cour est saisie des chefs du dispositif du jugement ainsi déterminés et de ceux qui en dépendent.
A peine d'irrecevabilité, relevée d'office, les parties doivent présenter, dès les conclusions mentionnées aux articles 906-2 et 908 à 910, l'ensemble de leurs prétentions sur le fond. L'irrecevabilité peut également être invoquée par la partie contre laquelle sont formées des prétentions ultérieures.
Néanmoins, et sans préjudice de l'article 914-3, demeurent recevables, dans les limites des chefs du dispositif du jugement critiqués et de ceux qui en dépendent, les prétentions destinées à répliquer aux conclusions et pièces adverses ou à faire juger les questions nées, postérieurement aux premières conclusions, de l'intervention d'un tiers ou de la survenance ou de la révélation d'un fait.
Article 470-1 du code de procédure pénaleen vigueur depuis le 12 août 2011
Le tribunal saisi, à l'initiative du ministère public ou sur renvoi d'une juridiction d'instruction, de poursuites exercées pour une infraction non intentionnelle au sens des deuxième, troisième et quatrième alinéas de l'article 121-3 du code pénal, et qui prononce une relaxe demeure compétent, sur la demande de la partie civile ou de son assureur formulée avant la clôture des débats, pour accorder, en application des règles du droit civil, réparation de tous les dommages résultant des faits qui ont fondé la poursuite.
Toutefois, lorsqu'il apparaît que des tiers responsables doivent être mis en cause, le tribunal renvoie l'affaire, par une décision non susceptible de recours, devant la juridiction civile compétente qui l'examine d'urgence selon une procédure simplifiée déterminée par décret en Conseil d'Etat.
3 rédactions antérieures — ce qui a changé est souligné
Du 11 juillet 2000 au 12 août 2011
Le tribunal saisi, à l'initiative du ministère public ou sur renvoi d'une juridiction d'instruction, de poursuites exercées pour une infraction non intentionnelle au sens des deuxième, troisième et quatrième alinéas de l'article 121-3 du code pénal, et qui prononce une relaxe demeure compétent, sur la demande de la partie civile ou de son assureur formulée avant la clôture des débats, pour accorder, en application des règles du droit civil, réparation de tous les dommages résultant des faits qui ont fondé la poursuite.
Toutefois, lorsqu'il apparaît que des tiers responsables doivent être mis en cause, le tribunal renvoie l'affaire, par une décision non susceptible de recours, devant la juridiction civile compétente qui l'examine d'urgence selon une procédure simplifiée déterminée par décret en Conseil d'Etat.
Du 14 mai 1996 au 11 juillet 2000
Le tribunal saisi, à l'initiative du ministère public ou sur renvoi d'une juridiction d'instruction, de poursuites exercées pour une infraction non intentionnelle au sens des deuxième deuxième, troisième et troisième quatrième alinéas de l'article 121-3 du code pénal, et qui prononce une relaxe demeure compétent, sur la demande de la partie civile ou de son assureur formulée avant la clôture des débats, pour accorder, en application des règles du droit civil, réparation de tous les dommages résultant des faits qui ont fondé la poursuite.
Toutefois, lorsqu'il apparaît que des tiers responsables doivent être mis en cause, le tribunal renvoie l'affaire, par une décision non susceptible de recours, devant la juridiction civile compétente qui l'examine d'urgence selon une procédure simplifiée déterminée par décret en Conseil d'Etat.
Du 1er septembre 1983 au 14 mai 1996
Le tribunal saisi, à l'initiative du ministère public ou sur renvoi d'une juridiction d'instruction, de poursuites exercées pour homicide ou blessures involontaires une infraction non intentionnelle au sens des deuxième, troisième et quatrième alinéas de l'article 121-3 du code pénal, et qui prononce une relaxe demeure compétent, sur la demande de la partie civile ou de son assureur formulée avant la clôture des débats, pour accorder, en application des règles de du droit civil, réparation de tous les dommages résultant des faits qui ont fondé la poursuite.
Toutefois, lorsqu'il apparaît que des tiers responsables doivent être mis en cause, le tribunal renvoie l'affaire, par une décision non susceptible de recours, devant la juridiction civile compétente qui l'examine d'urgence selon une procédure simplifiée déterminée par décret en Conseil d'Etat.
Article L4433-2 du code de procédure pénaleà venir le 1er janvier 2029
Lorsqu'il est saisi à l'initiative du ministère public ou sur renvoi d'une juridiction d'instruction, de poursuites exercées pour une infraction non intentionnelle au sens des deuxième, troisième et quatrième alinéas de l'article 121-3 du code pénal, le tribunal délictuel qui prononce une relaxe demeure compétent pour accorder, en application des règles du droit civil, réparation de tous les dommages résultant des faits qui ont fondé la poursuite.
La demande de réparation de la partie civile ou de son assureur doit cependant être formulée avant la clôture des débats.
Toutefois, lorsqu'il apparaît que des tiers responsables doivent être mis en cause, le tribunal renvoie l'affaire, par une décision non susceptible de recours, devant la juridiction civile compétente qui l'examine d'urgence selon une procédure simplifiée déterminée par décret en Conseil d'Etat.
Cet article est publié mais n’entre en vigueur que le 1er janvier 2029.
Ce qui a bougé en droit privé, une fois par mois.