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Cautionnement : définition juridique

Mis à jour le 31 octobre 20269 min de lecture

Le mot

Le mot dérive, par cautionner, de caution, que l’Académie française dit emprunté du latin cautio, « précaution », lui-même dérivé de cavere, « prendre garde ». Le Dictionnaire de l’Académie y voit d’abord l’action « par laquelle on cautionne » (1694) ; il n’en fait qu’en 1835 le « contrat par lequel la caution s’oblige », et la même édition lui prête un second sens, celui du « gage ou la somme que les lois obligent certaines personnes à déposer ». Le mot a gardé ces deux visages : l’usage appelle encore caution le dépôt de garantie du locataire, qui n’est pas un cautionnement (article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ; le cautionnement du bail relève de l’article 22-1).

Sources : le Dictionnaire de l’Académie française (1694-2024), un dictionnaire latin-français de 1934.

Les sens de la notion

Le fidéjusseur romain et la définition de Pothier

Selon Robert-Joseph Pothier, avant la Novelle 4, le créancier pouvait demander le paiement aux cautions avant de s’adresser au débiteur principal. La Novelle leur accorda l’exception « de discussion ou exception d’ordre », qui leur permet de renvoyer le créancier à discuter d’abord les biens du débiteur. L’ancien droit la reçut, « mais non pas à l’égard de toutes les cautions, ni dans tous les cas » (Traité des obligations, n° 407 ; Œuvres de Pothier, éd. Bugnet, 2e éd., t. 2, Paris, 1861, p. 219-220).

Pothier, qui nomme encore la caution du nom romain de fidéjusseur, donne la définition que le code reprendra : « Le cautionnement est un contrat par lequel quelqu’un s’oblige pour un débiteur envers le créancier, à lui payer en tout ou en partie ce que ce débiteur lui doit, en accédant à son obligation » (Traité des obligations, partie II, chap. VI, sect. I, n° 365 ; éd. Bugnet, t. 2, p. 193). L’accession commande tout le reste : l’obligation de la caution étant accessoire, il est de son essence qu’existe une obligation principale valable (n° 366).

Les caractères du contrat dans la doctrine du code

Le code de 1804 ne définit qu’un engagement (ancien article 2011) ; les auteurs en dégagent les caractères du contrat. Pour Gabriel Baudry-Lacantinerie, le cautionnement est « un contrat consensuel, unilatéral, accessoire et ordinairement de bienfaisance ». La gratuité n’est que de sa nature : la caution qui stipule une indemnité rend le contrat onéreux. Le caractère accessoire est, à ses yeux, « le plus important à noter » (Précis de droit civil, 3e éd., t. III, Paris, 1889, n° 945, 948 et 949, p. 561-562).

Charles Aubry et Charles Rau placent au centre l’engagement personnel. Pour eux, la caution « prend l’engagement personnel d’accomplir, au profit de l’autre, une prestation qu’un tiers doit à celle-ci », pour le cas où ce tiers ne paierait pas lui-même. Ils en tirent une exclusion : « La seule remise d’un gage ou la simple constitution d’une hypothèque, pour sûreté de la dette d’un tiers, ne forme pas un cautionnement, dans le sens propre du mot » (Cours de droit civil français, 4e éd., t. IV, Paris, 1871, § 423, p. 672-673).

La définition de la Cour de cassation

La Cour de cassation a fait sienne cette exclusion. Sous l’empire des textes antérieurs à 2006, elle juge qu’une sûreté réelle consentie pour garantir la dette d’un tiers, « n’impliquant aucun engagement personnel à satisfaire à l’obligation d’autrui », n’est pas un cautionnement, « lequel ne se présume pas » (). Le code nomme aujourd’hui un contrat, où la caution promet au créancier le paiement de la dette du débiteur défaillant (article 2288).

L’objet de l’engagement trace aussi la frontière avec la garantie autonome : un engagement « ne peut être qualifié de garantie autonome que s’il n’a pas pour objet la dette du débiteur principal et comporte une stipulation de l’inopposabilité des exceptions » (). Le cautionnement n’est pas toujours conventionnel : il est dit légal lorsque la loi subordonne l’exercice d’un droit à sa fourniture, judiciaire lorsqu’elle permet au juge d’y subordonner la satisfaction d’une demande (article 2289). Il est simple ou solidaire (article 2290).

Le texte

Article 2288 du code civil · rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2022

Le cautionnement est le contrat par lequel une caution s'oblige envers le créancier à payer la dette du débiteur en cas de défaillance de celui-ci.
Il peut être souscrit à la demande du débiteur principal ou sans demande de sa part et même à son insu.

L’ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, entrée en vigueur le 1er janvier 2022, a réécrit la définition : elle nomme désormais un contrat, là où le code de 1804 décrivait l’engagement de « celui qui se rend caution d’une obligation » (ancien article 2011), formule que l’ordonnance du 23 mars 2006 avait transportée telle quelle à l’article 2288.

Les éléments constitutifs

Le contrat. Le cautionnement est un contrat entre la caution et le créancier, auquel le débiteur demeure étranger : il peut être souscrit à la demande du débiteur, sans demande de sa part « et même à son insu » (article 2288, alinéa 2). (les caractères du contrat).

L’engagement personnel. La caution « s’oblige envers le créancier à payer la dette du débiteur » (article 2288, alinéa 1er), et pas seulement d’affecter un bien (la définition de la Cour de cassation).

L’obligation subsidiaire. L’obligation de la caution ne joue qu’« en cas de défaillance » du débiteur (article 2288, alinéa 1er) (le fidéjusseur et Pothier).

Le caractère accessoire. Le cautionnement « ne peut exister que sur une obligation valable » ; « Néanmoins, celui qui se porte caution d’une personne physique dont il savait qu’elle n’avait pas la capacité de contracter est tenu de son engagement » (article 2293, alinéas 1er et 2). L’obligation de la caution s’éteint « par suite de l’extinction de l’obligation garantie » (article 2313, alinéa 2) (la définition de Pothier).

Le contrôle de la Cour de cassation

Le cautionnement est une notion de droit : la Cour de cassation en définit le contrat, l’engagement personnel, l’obligation subsidiaire et le caractère accessoire ; les juges du fond interprètent les actes. Sous l’ancien article 2011, elle casse pour violation de la loi l’arrêt qui traite comme un cautionnement l’hypothèque consentie par des cautions « simplement hypothécaires » : cette sûreté réelle, n’impliquant aucun engagement personnel, n’est pas un cautionnement (Cass. com., 2 juin 2021, n° 20-12.908). Sous l’article 2288, dans sa rédaction de 2006, elle approuve la cour d’appel qui « a exactement déduit » qu’un cessionnaire qui s’était substitué une société, demeuré « codébiteur solidaire », ne s’était pas engagé à payer la dette d’autrui, de sorte que son engagement « ne revêtait pas un caractère accessoire » (Cass. com., 8 juin 2017, n° 15-28.438). Les deux arrêts exercent un contrôle lourd. Restent au pourvoi la dénaturation des actes et le manque de base légale (l’intensité du contrôle).

Les effets de la qualification

  • La caution doit ce que doit le débiteur, et rien de plus. Elle peut opposer « toutes les exceptions, personnelles ou inhérentes à la dette, qui appartiennent au débiteur, sous réserve des dispositions du deuxième alinéa de l’article 2293 ». Elle ne peut toutefois se prévaloir des « mesures légales ou judiciaires dont bénéficie le débiteur en conséquence de sa défaillance, sauf disposition spéciale contraire » (article 2298, alinéas 1er et 2).
  • Le créancier ne peut pas toujours s’adresser d’abord à la caution. Celle-ci peut, par le bénéfice de discussion, « obliger le créancier à poursuivre d’abord le débiteur principal ». Ce bénéfice est refusé à la caution tenue solidairement avec le débiteur, à celle qui y a renoncé et à la caution judiciaire (article 2305).
  • La caution qui a payé la dette d’autrui n’en supporte pas la charge définitive. Elle dispose d’un recours personnel contre le débiteur « tant pour les sommes qu’elle a payées que pour les intérêts et les frais ». Les intérêts courent de plein droit du jour du paiement, et « ne sont restituables que les frais postérieurs à la dénonciation, faite par la caution au débiteur, des poursuites dirigées contre elle » (article 2308, alinéas 1er à 3).

Les enjeux de la qualification

La qualification décide d’abord des exceptions : la caution peut opposer celles qui appartiennent au débiteur, sous les réserves de l’article 2298, quand le garant autonome ne peut opposer « aucune exception tenant à l’obligation garantie » (article 2321). Elle décide ensuite de l’assiette des poursuites : contre celui qui a seulement affecté un bien à la dette d’autrui, le créancier n’a d’action que sur ce bien, certaines règles du cautionnement lui restant applicables (article 2325, alinéa 2).

Ne pas confondre avec

La garantie autonome. Le garant autonome s’oblige à verser une somme sans pouvoir opposer aucune exception tenant à l’obligation garantie (article 2321), et un engagement « ne peut être qualifié de garantie autonome que s’il n’a pas pour objet la dette du débiteur principal et comporte une stipulation de l’inopposabilité des exceptions » ().

La sûreté réelle pour autrui. Celui qui affecte un bien à la dette d’un tiers ne promet pas de payer : sa sûreté, « n’impliquant aucun engagement personnel à satisfaire à l’obligation d’autrui », n’était pas un cautionnement sous le droit antérieur à 2006 () ; aujourd’hui, le créancier n’a d’action que sur le bien affecté (article 2325).

L’aval. L’aval garantit notamment le paiement d’une lettre de change ou d’un billet à ordre ; son engagement vaut « alors même que l’obligation qu’il a garantie serait nulle pour toute cause autre qu’un vice de forme » (articles L. 511-21 et L. 512-4 du code de commerce).

Le porte-fort. Le porte-fort promet le fait d’un tiers et, si ce fait n’est pas accompli, « peut être condamné à des dommages et intérêts » (article 1204), quand la caution promet de payer la dette même du débiteur.

Adage. Accessorium sequitur principale : le cautionnement est le contrat accessoire par excellence : depuis le 1er janvier 2022, il se mesure sur l’obligation garantie et s’éteint avec elle (articles 2296 et 2313).

Adage. Fraus omnia corrumpit : la caution qui a elle-même détourné le formalisme protecteur ne peut s’en prévaloir.

Adage. Nemo contra se subrogasse censetur : la caution qui a payé en partie est subrogée, mais ne peut nuire au créancier qui n’est pas entièrement désintéressé.

Adage. Quae temporalia sunt ad agendum, perpetua sunt ad excipiendum : la caution qui n’a rien exécuté peut opposer la nullité de son engagement à l’action en paiement ; l’inscription d’une hypothèque sur son bien la lui ferme.

Jurisprudence citée 2 décisions

1 cassation1 rejet2 au Bulletin2005 → 2026
2005RejetCass. ch. mixte, 2 déc. 2005, n° 03-18.210Bulletincité 2×
formationchambre mixte
date2 décembre 2005
attaquéeCour d'appel de Limoges, 2003-06-25, 25 juin 2003
Une sûreté réelle consentie pour garantir la dette d'un tiers n'impliquant aucun engagement personnel à satisfaire à l'obligation d'autrui et n'étant pas dès lors un cautionnement, lequel ne se présume pas, la cour d'appel a exactement retenu que l'article 1415 du Code civil n'était pas applicable à un nantissement de valeurs mobilières donné en garantie de la dette d'un tiers.
Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouché
courdecassation.fr ↗dans le texte : ↑1 ↑2
2026CassationCass. com., 11 mars 2026, n° 24-18.780Bulletincité 2×
ENTREPRISE EN DIFFICULTE (loi du 26 juillet 2005) › Liquidation judiciaire › Jugement › Effets
formationchambre commerciale, formation restreinte
date11 mars 2026
attaquéeCour d'appel de Versailles A3, 16 mai 2024
Il résulte de la combinaison de l'article L. 622-21, I, du code de commerce, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance n° 2021-1193 du 15 septembre 2021, auquel renvoie l'article L. 641-3 du même code en matière de liquidation judiciaire, de l'article L. 622-23 du même code et de l'article 345, alinéas 1 et 2, du code des douanes, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2016-1918 du 29 décembre 2016, que l'action aux fins d'annulation d'un avis de mise en recouvrement, lequel constitue un titre exécutoire, engagée par le redevable d'une dette douanière ne tend pas à la condamnation de celui-ci au paiement d'une somme d'argent et ouvre une instance dans laquelle l'administration a qualité de défenderesse, de sorte que cette action n'est pas soumise aux dispositions des articles L. 622-21, L. 622-22 et L. 641-3 du code du commerce
Sommaire publié par la Cour, base Judilibre — texte non retouché
courdecassation.fr ↗dans le texte : ↑1 ↑2
Décisions de la Cour de cassation, rattachées par le numéro de pourvoi, la date et la chambre.

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